| Fruit des amours d'un militaire britannique et d'une Normande, Michaël a jeté l'ancre à Lyon. A 45 ans, l'élément britannique du trio rock Fredericks-Goldman-Jones sort un second album solo, "A consommer sans modération" (CNR Music). Sur les traces de ses modèles, Johnny Winter et Peter Green, Michaël Jones chante le blues. Télé 7 jours : Pour la première fois, vous avez choisi de chanter en français. Pourquoi ? Michaël Jones : Tout simplement pour que les gens me comprennent. En France, (presque) tout le monde parle l'anglais, mais pas assez pour saisir les paroles d'une chanson. Il y a dix ans, mon premier album, "Guitar Man", était entièrement en anglais. A l'époque, je ne parlais pas suffisamment votre langue mais depuis les deux albums enregistrés en studio de Fredericks-Goldman-Jones, j'ai fait d'énormes progrès. Télé 7 Jours : D'où vient l'idée d'une canette de bière en guise de pochette ? Michael Jones : Pour moi, il y a deux boissons conviviales : le vin et la bière. J'ai choisi l'image d'une canette et je l'ai sous titrée "12% blues" en référence au vin. La seule ivresse que mon album, intitulé "A consommer sans modération", puisse produire ne rend pas malade. (rires) Télé 7 Jours : Pourquoi avoir choisi d'enregistrer un disque de blues ? Michael Jones : J'ai été élevé par ma grand-mère galloise, donc celte. Or le blues est très proche de cette culture. Mais ce n'est pas seulement une musique, c'est un état d'esprit. Le soir où j'ai écrit "Oublié", je regardais sur Planète un documentaire sur la guerre du Vietnam. Un journaliste recevait un ancien GI parti gâcher sa jeunesse dans cette guerre absurde ; au lieu de l'interviewer, il ne fit que l'enfoncer dans ses souvenirs. Télé 7 Jours : Jean-Jacques Goldman ne figure pas sur le disque, vous êtes fâchés ? Michael Jones : Pas du tout, j'ai confié à Jean-Jacques le soin de la première écoute afin qu'une oreille vierge puisse me dire ce qui devait être amélioré. En fait, cette année nous avons choisi de sortir un album chacun de notre côté. Carole Fredericks et moi avons terminé le nôtre et celui de Jean-Jacques ne devrait plus tarder. J'y reste d'ailleurs son guitariste. Télé 7 Jours : Vous avez d'autres projets en commun ? Michael Jones : A l'automne, nous partirons en tournée ensemble. En attendant, je chante dans des cafés-concerts. Ce sont des endroits formidables, qui survivent malgré d'énormes difficultés financières. Sans eux, les jeunes musiciens ne pourraient pas exprimer leur talent. Télé 7 Jours : Comment s'est produite la rencontre Jones-Goldman ? Michael Jones : C'était il y a plus de vingt ans, à l'époque de Taï Phong (le premier groupe connu de Jean-Jacques). J'étais en vacances en Normandie dans ma famille - Mon père était militaire de l'armée britannique et ma mère est normande. Nous avons commencé à jouer ensemble et, rapidement, j'ai dû choisir : devenir musicien professionnel ou finir mon BTS de mécanique du sport. La suite, vous la devinez. Télé 7 Jours : Aujourd'hui vous habitez à Lyon, pourquoi ? Michael Jones : C'est un hasard : ma femme y a été mutée. Mais je ne regrette rien. L'atmosphère y est bien meilleure qu'à Paris. Et de toute façon, par le TGV, je ne suis qu'à deux heures de la capitale. Télé 7 Jours : Comment avez-vous jugé la version de "Je te donne" par les Worlds Apart ? Michael Jones : C'est très flatteur d'être repris par un groupe populaire comme les Worlds Apart. Au départ, nous n'étions même pas au courant. Seul l'éditeur musical fut informé. Le boys band a respecté nos paroles et notre musique, et cette version a permis aux plus jeunes de découvrir une chanson qui a déjà treize ans. Télé 7 Jours : Comment est-elle née ? Michael Jones : C'est une chanson contre le racisme. Avec Jean-Jacques, nous l'avons écrite au lendemain de la poussée de l'extrême-droite aux élections européennes de 1984. Ensemble, nous avons aussi composé "Né en 17 à Leidenstadt", où nous posions la question autrement : vivant dans le contexte, aurions-nous été meilleur ou pire que ceux que nous dénonçons aujourd'hui ? |