| Christelle Pitard : Bonjour ! Nous sommes venus parler de votre métier en tant que musicien et chanteur. Pourriez-vous tout d'abord nous en dire un peu plus sur votre emploi du temps ? Par exemple, pour vous, qu'est-ce qu'une journée type ?
Michael Jones : En général, les journées sont trop courtes. On a souvent l'impression que les artistes sont des gens qui font la grasse matinée tous les jours, qui dorment jusqu'à midi, une heure de l'après midi. Mais en fait, moi je me lève en général entre 7h30 et 8h. Il y a énormément de déplacements, donc je passe beaucoup de temps dans les trains, dans les avions. Pour donner un exemple, dans une semaine, je serai à Genève pour une répétition avec Phil Collins, après je pars à Reims faire de la promotion en radio et je reviens faire un concert à Lausanne. Après je repars à Villars-sur-Ollon pour un autre concert, et le lendemain je descends à Avignon pour un autre concert... Sinon je travaille beaucoup chez moi en studio aussi. En général je me lève le matin, je m'occupe de tout ce qui est rendez-vous, téléphone, etc... , ça me prend pratiquement toujours toute la matinée, et l'après-midi je commence à travailler dans le studio, en général jusqu'à au moins 20h. Après, je mange, et très souvent après, j'essaie de m'occuper un petit peu de mes mails et de tout ça. Sinon, par exemple aujourd'hui, dans les voyages, quand je suis en train surtout, je réponds à mon courrier. Christelle Pitard : Est-ce que votre studio c'est au même endroit que là où vous habitez, ou... ? Michael Jones : oui, oui, c'est chez moi, mais bon, je travaille. Mais je travaille dans d'autres studios aussi. Tout ce qui est post- production etc... ça je le fais à la maison. Je me suis rendu compte, sur mon dernier album, que je perdais beaucoup beaucoup de temps en studio, à faire ce que je pouvais faire chez moi si j'avais le matériel. Donc j'ai acheté le matériel pour le faire. Christelle Pitard : Parce que vous n'habitez pas en région parisienne en fait ? Michael Jones : Non, j'habite à Lyon. Christelle Pitard : D'accord. Parce que j'ai entendu dire qu'avant vous habitiez à Caen, et comme il y a des Caennaises... Michael Jones : J'ai vécu 13 ans à Caen. Honnêtement, c'était très très difficile. Il faut moins de temps pour faire Lyon-Paris que Caen- Paris. Christelle Pitard : Oui. Vincent Chérel : Et vous Claude, c'est un peu pareil, vous êtes assez chargé ? Claude Le Péron : Disons que Michaël, lui, en ce moment a un peu de promo pour son album. Moi, je ne suis que musicien. On a des emplois du temps, en tant que musicien, ça n'a rien à voir par rapport à Michaël. Mais sans ça, le reste du temps je mène ma petit vie. Non, je mène une vie normale, comme tout le monde. Je travaille peut-être plus quand je suis chez moi que quand je suis en tournée. Mais ce que dit Michaël c'est que le temps qu'on passe dans le train, les avions ou la voiture, c'est long. Il y a quinze jours, j'étais à Caen, j'ai fait Nantes-Caen en voiture, je suis revenu le lendemain. La semaine dernière, j'ai fait Nantes-Paris, Paris-Metz, Metz-Lyon et Lyon- Valence. Après Valence, Nantes. Là, je suis venu en voiture... Vincent Chérel : Par exemple, un concert comme aujourd'hui, c'est deux jours pour vous. Enfin, ça nous prend deux jours... Claude Le Péron : Oui, c'est ça, deux heures sur scène, ça me prend deux jours. Le matin, je me lève à 6h30, je prends le train et je reviens le lendemain. J'arrive chez moi, il est plus de 20 h. Je suis resté 36 h absent. C'est vrai, ce sont surtout les voyages qui prennent du temps, parce qu'un concert, ça ne dure que deux heures. Ce sont les à-côtés en fait les plus longs. Vincent Chérel : Sinon, vous avez fait un BTS ? Vous avez suivi une formation en rapport avec la musique ? Michael Jones : J'ai appris la musique à l'école. C'est un sujet obligatoire jusqu'à l'âge de 14 ans en Grande-Bretagne et donc j'ai appris le solfège à l'école. Christelle Pitard : Et pouvoir faire de la musique, être chanteur, ça a toujours été quelque chose que vous vouliez faire depuis tout petit ou c'est venu petit à petit ? Michael Jones : Je n'ai jamais pensé que je ferais ça comme métier. Moi, la musique, j'ai fait ça parce que j'aimais ça. Comme n'importe qui peut faire n'importe quelle autre passion. Je pense que 80% des jeunes garçons qui jouent au foot rêvent de jouer comme Zidane, ils ne pensent absolument pas faire une carrière comme ça ni même faire une carrière professionnelle. Donc moi j'ai fait de la musique parce que j'aimais ça. Il se trouve qu'un jour, il a fallu que je fasse un choix. Sinon, je pensais continuer à travailler comme Monsieur tout le monde et faire de la musique le week-end avec mes potes. Christelle Pitard : Et vous vouliez faire quoi, sans indiscrétion, si vous n'aviez pas fait de la musique ? Vous seriez parti sur quoi ? Michael Jones : Je devais faire de l'assistance mécanique sur les rallyes. Christelle Pitard : Sinon, vous avez rencontré de grosses difficultés sur votre parcours ? Michael Jones : On n'a que ça. Déjà, apprendre un instrument, c'est affronter tout le temps des difficultés. Apprendre un instrument, c'est des paliers à franchir tout le temps, c'est-à-dire qu'on a l'impression qu'on progresse et, tout à coup, on se bute contre quelque chose, et là, on a l'impression de ne plus progresser. Et ça prend alors un bout de temps pour franchir cette barrière, et tout à coup, on se trouve devant une difficulté et il faut chaque fois donner un énorme effort pour aller au-delà de cette difficulté. On fait, entre guillemets, un métier qui est la "dernière roue du carrosse" [sic], c'est-à-dire que dès qu'il y a une difficulté économique quelconque, la première chose que les gens n'achètent pas, c'est la musique... le savon et le shampooing, c'est des nécessités, la nourriture, c'est une nécessité, mais la musique n'est pas une nécessité. Et d'ailleurs, la plupart des gens ont des disques chez eux, et s'ils n'ont pas les moyens d'acheter des disques d'untel ou d'untel, tant pis, ils ont quand même d'autres disques, donc ils se rabattent là-dessus. On ne fournit pas un produit, entre guillemets, "de nécessité", même si les maisons de disques le pensent. Le gros problème de notre métier, aujourd'hui, il est là. C'est-à-dire que les maisons de disque ont décidé de vendre la musique comme n'importe quel autre produit. Sauf que ce n'est pas n'importe quel autre produit. Et c'est pour ça qu'il y a un problème de baisse de vente, ça n'a rien à voir avec le téléchargement. C'est leur système de marketing qui n'est pas en phase avec le produit. Claude Le Péron : Ce ne sont plus des passionnés. Le gars, il est ingénieur, il a fait HEC ou un truc comme ça, il va se retrouver directeur chez Danone, chez Sony, ou directeur du Club Med. Tu vois, ce sont des requins de la finance. Eddie Barclay, tu vois, Eddie Barclay, quand il parlait de ses artistes, il parlait de ses artistes... Maintenant, ils ne parlent plus de leurs artistes, ils parlent de leurs produits. Michaël Jones : Voilà, et tout a changé le jour où les grandes maisons de disques ont décidé de rentrer dans le "mass-marketing". Parce qu'avant, c'étaient les disquaires qui vendaient nos disques. Aujourd'hui on est un produit de mass marketing, on est vendus en grande surface par les centrales d'achat. On n'a plus aucun regard sur la mise en place du produit. C'est-à-dire que maintenant il n'y a plus de suivi, c'est-à-dire de chef de rayon qui s'occupe des disques. Aujourd'hui vous allez dans n'importe quel magasin de disque demander un truc, un disque quelconque, mais le vendeur ne sait même pas de quoi on parle. Moi ça m'arrive des fois d'aller à la FNAC demander un... Par exemple, sur mon dernier album, il y a une chanson qui s'appelle "Marcher dans Menphis" qui est une reprise d'une chanson de Marc Cohn, "Walking in Memphis" qui a été un énorme tube mondial. Et bien je suis allé à la FNAC, ils n'en n'ont jamais entendu parler ! On pouvait aller dans le temps chez n'importe quel disquaire, le mec disait "mais oui, c'est ça !". Claude Le Péron : Oui, quand on allait chez les disquaires dans le temps - parce que Michael et moi, enfin tous les musiciens, on a tous fait du bal il y a une vingtaine d'années - quand on y allait, je me rappelle, le mardi, chez le disquaire, c'est le disquaire qui venait nous voir en disant "tiens écoute ça, ça vient de sortir". Eux ils étaient vraiment au courant de tout, eux ils disaient "dans dix jours il y a le nouveau...". Christelle Pitard : Ce sont est eux qui disaient... Claude Le Péron : Il y a le nouvel Hendrix qui sort ou dans quinze jours il y a... ou un truc qui vient de sortir, c'est génial... et aussi... ils vendaient vraiment les artistes. Michael Jones : La tendance aujourd'hui, c'est par exemple quelqu'un, un môme qui va acheter un disque dans un supermarché, il va surtout pour acheter un disque. S'il ne trouve pas le disque qu'il veut, il va aller dans un autre rayon et il va acheter un jeu vidéo. Quand on allait chez le disquaire dans le temps, ça m'est arrivé souvent, j'allais chez le disquaire, je voulais un truc, "ah ben je ne l'ai pas, je peux l'avoir la semaine prochaine, par contre, il faut écouter ça, c'est..." et on repartait avec un disque. Claude Le Péron : Et on découvrait quelque chose qu'on n'aurait jamais... Michael Jones : Mais, bon, des difficultés, on en a tout le temps, tout le temps, c'est-à-dire qu'on a tout le temps des difficultés à franchir... Je pense au métier de comédien. On fait partie de ceux qui n'ont aucune certitude. Nous, on fait un métier où on ne sait pas ce qu'il va se passer ! Il faut toujours se remettre en question, toujours se battre. Claude Le Péron : On pourrait travailler un instrument... Moi, j'ai une petite formule : pour la musique, c'est les dix premières années les plus dures et après c'est pire ! [rire général] Christelle Pitard : Et vous avez appris comment à jouer des instruments, vous avez pris des cours, vous avez appris tout seul ? Michael Jones : Ça n'existait pas à notre époque. Moi, j'ai appris la musique à l'école parce que le seul sujet qu'on devait apprendre c'était le solfège, mais pour l'instrument il n'y avait pas de professeur, ça n'existait pas. Aujourd'hui, un môme qui va chez un bon professeur de guitare peut apprendre en une année ce que j'ai appris en dix ans, sinon il est tout seul avec son instrument à essayer de piquer sur le disque. Il n'y avait pas de partition non plus. Il n'y avait rien. Nous, c'était de l'artisanat total, c'est-à-dire que c'était tout à l'oreille... Moi, le solfège m'a aidé parce que quand j'avais envie de faire un morceau avec mes potes, je retenais les morceaux et je leur donnais les partitions pour que ça aille plus vite. Le solfège ça ne sert qu'à ça : ça sert à communiquer la musique avec les autres. C'est un lien énorme, voilà. Mais bon, ce n'est pas une obligation : je connais plein de super musiciens qui ne savent pas lire une note. Vincent Chérel : Merci. Christelle Pitard : Au niveau des difficultés, de la vie familiale, des problèmes de transports où vous perdez beaucoup de temps... Je pense que vous avez des enfants : est-ce que c'est embêtant ? Michael Jones : C'est extrêmement simple : moi, mes deux grandes filles, je ne les ai pas vues, voila. J'en profite un peu plus avec la dernière mais bon, il n'y a pas que dans la musique. Avec les grands chefs d'entreprise, c'est pareil. Il y a un moment où on fait un métier où la famille ne peut pas compter. C'est-à-dire qu'il faut prévenir les gens au départ, les gens qu'on côtoie, les gens avec qui on vit : ils faut qu'ils sachent au départ que ça va être très très dur pour eux car on n'est jamais là. On se voit pendant les vacances... Mais bon... Quand on arrive à un certain niveau... C'est ce que font des gens comme Jean-Jacques ou comme Francis Cabrel : Francis Cabrel ne tourne jamais pendant les vacances scolaires, Jean-Jacques non plus. Il n'a jamais tourné pendant les vacances scolaires. Le seul problème, c'est qu'en France, personne n'a les mêmes vacances scolaires. Moi, je n'ai jamais pu partir en vacances scolaires avec mes mômes parce que je n'habitais pas Paris. Les zones ne correspondaient jamais. Mais bon, qu'est-ce que vous voulez, c'est comme ça ! Mais si l'on n'a pas cette renommée là, si on n'est pas un Jean-Jacques Goldman, un Johnny Hallyday ou un Francis Cabrel, on ne peut pas imposer ça. C'est très très difficile. Donc, si j'ai un conseil à vous donner Mademoiselle, ne vous mettez pas avec un musicien. [rires] Christelle Pitard : Je voudrais vous parler un petit peu de Jean- Jacques Goldman. En fait, moi je vous ai découvert tous les deux quand j'étais venue au concert de Jean-Jacques Goldman et je voudrais savoir comment s'est faite cette rencontre et comment est venue cette volonté de vouloir travailler ensemble, de chanter ensemble... Michael Jones : Et bien c'est simple, c'est extrêmement simple. On était dans le même groupe. Christelle Pitard : Oui, dans Tai Phong. Michael Jones : Je suis rentré dans Taï Phong pour le remplacer. Jean- Jacques ne voulait tout simplement pas tourner. Je suis parti sur la route sur la tournée Tai Phong à sa place et après, on s'est rencontrés quand on faisait les maquettes pour l'album suivant. En fait, au début c'était pour un single, le single s'appelait "Cherry". Un single double face à l'époque. On faisait des singles double. Il y avait deux titres, les deux faces étaient potentiellement single. Et c'est notre premier duo. Donc, on a présenté nos chansons à la maison de disques, et on s'est rencontrés. Ça c'est fait tout de suite. Claude Le Péron : Moi, Jean-Jacques, je l'ai rencontré sur un plateau, sur le plateau de Champs-Elysées. D'ailleurs, l'émission est repassée il y a pas longtemps. A l'époque, je jouais avec Alain Souchon. Vincent Chéral : Vous avez d'abord connu Michael ? Claude Le Péron : Non, non, j'ai d'abord rencontré Jean-Jacques. Michael Jones : Et après, Claude, je suis allé le chercher à Villars- Bocage pour qu'on aille répéter chez moi pour la tournée de Jean- Jacques. Christelle Pitard : Et avec Carole Fredericks... Michael Jones : Ah ! Carole c'est autre chose... On était en spectacle à Paris avec un groupe de gospel qui venait de New York. Et à l'époque, la production de la tournée de Jean-Jacques disait qu'il était impossible financièrement d'amener un groupe de gospel en tournée partout en France, ce qui est archi-faux ! La tournée marchait tellement bien qu'on pouvait le faire ! Le producteur était un peu... passons ! Et donc Jean-Jacques nous a dit : "Voilà, j'aimerais avoir une fille qui peut remplacer le gospel, qui prend la place sur scène" - je ne parle pas physiquement, mais artistiquement. Et tout le monde, que ce soit Claude, Philippe, tout le monde connaissait Carole et disait, "c'est Carole". Ils disaient, "la fille à prendre, c'est Carole Fredericks". Claude Le Péron : J'étais là en 1979, Carole ne parlait pas un mot de français. Michael Jones : Et donc, en fait, ça se passe toujours comme ça, dans les groupes, avec des artistes. En général, ce sont les autres musiciens qui disent "c'est untel qu'il faut prendre, ça sera bien avec le groupe, etc". Et c'est comme ça que Carole est entrée dans le groupe. Claude Le Péron : C'est souvent le hasard des rencontres. Sinon, je n'aurais jamais rencontré Jean-Jacques sans cela. Il avait écouté mon petit disque d'un groupe avec lequel j'étais à Nantes, et donc on s'est mis à parler de ça et puis voilà. Michael Jones : C'est toujours comme ça que ça se passe : le bouche à oreille, toujours. Claude Le Péron : La chance. Bon il y a la technique musicale qui représente 20 % et la chance qui représente 80 %. Michael Jones : Oui, c'est sûr. Claude Le Péron : C'est énorme ! Si tu n'as pas la chance avec toi... Michael Jones : C'est d'être au bon endroit au bon moment. Claude Le Péron : ...Tu restes chez toi. C'est clair. Vincent Chérel : Et vous appréciez autant de faire des sorties dans des petites villes seuls que des concerts avec Jean-Jacques ? Claude Le Péron : C'est partout pareil. Michaël Jones : La seule différence c'est la taille de la salle, et la seule différence aussi, c'est que, dès que c'est plus gros, c'est plus dur. Les gens peuvent penser que c'est fantastique de jouer dans des grandes salles... Ça demande énormément de concentration parce que c'est physiquement très difficile. Plus il y a de monde dans une salle, plus c'est physiquement difficile parce que plus il y a de puissance. Et c'est quelque chose de... Plus la salle est petite, moins c'est physiquement difficile... et plus il y a de contact avec les gens. Christelle Pitard : Est-ce que vous préférez tourner pour vous-même, comme aujourd'hui, ou accompagner Jean-Jacques ? Michael Jones : Ah, question difficile ! C'est plus facile de tourner avec Jean-Jacques parce que je me retrouve dans une position de subordonné. Même si je chante beaucoup sur le spectacle de Jean- Jacques, je n'ai pas de responsabilités directes avec le public, c'est-à-dire que nous on peut se marrer avec le public, s'amuser avec le public quand on est "subordonné", quand on n'est pas l'artiste en tête d'affiche. A partir du moment où on est un artiste en tête d'affiche, on ne peut pas laisser passer le moindre truc avec le public, c'est-à-dire qu'il faut être hyper attentif, très très très attentif, ça demande une concentration folle. Tourner tout seul, j'adore ça. Je ne suis pas tout seul [rires] parce ce que je suis avec Jacky, Claude, Michel et les techniciens. On est quand même une équipe, donc c'est un boulot d'équipe mais ça me demande plus de concentration. Quand on est en tournée avec Jean-Jacques c'est les vacances pour nous. Claude Le Péron : Comme les vacances, comme les vacances ! Michaël Jones : On est totalement pris en charge, on arrive, on est dans des grands hôtels, on a des systèmes de déplacement, des super bus de luxe, on est choyés comme c'est pas possible. Alors là c'est le bonheur pour un musicien d'être en tournée, c'est la seule fois où on n'a pas à se dire "qu'est ce qu'on va faire demain ?". On le sait ! C'est la seule fois ou on travaille comme n'importe quel salarié, dans n'importe quelle boutique. Claude Le Péron : Super boutique, oui mais attends, ils nous prennent au saut du lit en fait, ils nous mettent dans le bus, ils nous amènent à l'hôtel où on va dormir le soir, on pose nos valises, ils nous disent : "bon, dans 20 minutes on est là", ils nous appellent, "allo, on vous attend". On t'attend souvent, quand même. Michael Jones : On est totalement pris en charge. Claude Le Péron : On remonte dans le bus, ils nous amènent à la salle, on fait notre balance, on mange, on fait nos concerts et on remonte dans le bus, on va au restaurant, ils nous remettent dans le bus, on va à l'hôtel et puis voilà . Michael Jones : Là, avec moi, c'est beaucoup plus artisanal parce qu'on ne joue pas tous les jours, donc on n'est pas en tournée et comme tout le monde habite dans les quatre coins de la France, c'est beaucoup plus difficile pour se réunir, donc on voyage rarement ensemble. Là, il se trouve qu'on était trois à voyager ensemble aujourd'hui. Claude, comme c'était le seul du coin, il est venu tout seul, enfin presque... [rires] Christelle Pitard : Moi, ce qui m'a vraiment surprise quand je suis venue au concert, c'est que je pensais que les gens ne venaient vraiment que pour Jean-Jacques et je me suis aperçue qu'ils venaient voir un groupe... Michael Jones : Ça fait un bout de temps qu'on est ensemble, quand même ! Les gens, à force, nous connaissent. Quand je fais les Enfoirés, par exemple, souvent, quand j'entre sur scène, je suis plus applaudi que certains artistes très connus. Même sur les tournées de Jean-Jacques. Claude, par exemple, "La digue du cul"... [rire général] Christelle Pitard : On voulait savoir : qu'est-ce qui t'a poussé à accepter de participer à la Star Academy ? Michael Jones : En fait, au cours de mes interviews radio et télé, j'avais émis des critiques à propos de la Star Academy, et quand ils m'ont appelé, ils ont cité les critiques que j'avais faites, et ils m'ont dit, "voilà, on cherche quelqu'un pour nous dire ça". C'est facile ! Je déteste les gens qui critiquent bêtement sans proposer une solution. Alors, soit j'acceptais et j'essayais de remédier à ça. Soit je disais non et je fermais ma gueule, mais à ce moment là, je n'ai plus le droit de critiquer. J'y suis allé, j'ai encore le droit de critiquer. Sauf que j'étais un peu naïf en y allant, parce qu'il y avait des paramètres que je ne connaissais pas, qui sont entre autres le paramètre de faire un hebdomadaire. C'est-à-dire qu'il faut faire une nouvelle émission toutes les semaines, avec des paramètres qui sont très difficiles à saisir, parce qu'il y a des artistes qui changent à la dernière minute, il y a des chansons qui changent. Il nous est arrivé de commencer la répétition pour le spectacle, pour le prime, le mercredi matin et qu'il y ait un changement total de tout le programme le mercredi soir. Ce qui fait qu'il nous restait que le jeudi. On n'avait pas la moitié des élèves parce qu'ils étaient déjà en train de bosser la danse sur place, sur le plateau. Parfois, c'était l'enfer. C'est-à-dire que j'ai critiqué souvent le fait que les élèves interprétaient bêtement la chanson comme la version originale. Mais parfois, on n'a pas le choix parce qu'on n'a pas le temps. Et c'est là qu'on voit la force d'une Hoda ou d'un Greg qui arrivaient - malgré le peu de temps - à travailler, à entrer dans le truc et à faire quelque chose de différent. On a joué avec Hoda, il n'y a pas très longtemps, ça fracasse ! Christelle Pitard : si c'était à refaire, vous le referiez ? Michael Jones : [silence puis hésitation] Je ne sais pas, parce qu'on ne me l'a pas encore proposé. Mais, bon, le problème c'est que la télévision, ce sont des boîtes de production et tout est dans l'urgence chez elles. Là, pour le moment, c'est la Première Compagnie, parce que c'est la même production : La Ferme, Star Ac, Première Compagnie... c'est la même boîte. Et donc, une fois qu'ils auront fini la Première Compagnie et la Ferme 2 s'il y en a une, ils vont commencer enfin à penser à la Star Académy 5 et donc ils vont recommencer à nous téléphoner en nous disant : "bon, voilà, on fait la Star Académy". "Ah bah non, c'est trop tard. Je suis pris". C'est ce genre de chose, quoi. Donc je ne sais pas pour le moment, en tout cas j'ai demandé avant de partir, la dernière fois, j'ai dit : "je ne le ferai pas dans les mêmes conditions, en tout cas je voudrais plus de pouvoirs artistiques". Donc cela risque de les freiner un peu parce que j'ai quand même donné quelques coups de pieds dans la fourmilière et il y en a qui se sont fait piquer. Vincent Chéral : Les deux derniers sont assez formatés. Michael Jones : Ce n'est pas formaté parce qu'ils veulent que ce soit formaté, c'est formaté parce qu'on n'a pas le temps de faire autrement souvent, et même, je trouve que c'est moins formaté sur le prime que sur le disque ! Moi, ce qui est pire pour moi dans la Star Académy, c'est le disque. Je trouve cela vraiment très très mal fait. Là, c'est formaté total ! Christelle Pitard : C'est dans l'urgence des dernières semaines. Michael Jones : Non, mais le disque se fait dans la même urgence que le reste, c'est-à-dire que nous, parfois, quand on veut répéter avec les mômes, on ne peut pas car ils sont en train d'enregistrer. Ils font quand même trois albums en l'espace de quatre mois, c'est énorme ! Moi, j'ai mis deux ans pour faire le mien, je ne comprends pas comment ils font. |