Radio Maguelonne
Retranscription de Géraldine Gauthier


Géraldine : Bonsoir Michaël.

Michaël Jones : Bonsoir.


Géraldine : Michaël Bernard Eiffian Jones Lalleman est né le 28 janvier 1952 d'une rencontre quelque peu surprenante…

Michaël Jones : Lalleman ça n'existe pas en fait. Lalleman c'est le nom de jeune fille de ma maman et c'est parce que, comme il y a beaucoup de Michaël Jones dans le monde, il a fallu que je rajoute le nom de jeune fille de ma mère pour la SACEM.


Géraldine : Mais alors que s'est-il passé en juin 1944 ?

Michaël Jones : Mon papa est venu en France, en vacances… voyage gratos sur les plages de Normandie. Voilà.


Géraldine : Le débarquement, quoi !

Michaël Jones : Ouais, ouais. Il est venu comme ça voir les Françaises.


Géraldine : Et il a rencontré ta maman. Voilà !

Géraldine : En 1963 tu commences à jouer de la guitare. Comment est né ce désir ?

Michaël Jones : Je ne sais pas si c'était en 63. Je ne m'en rappelle plus de l'année maintenant. Mais ça doit être quelque chose comme ça, ouais. La guitare ? Je peux vraiment répondre ? Bon, alors au début je voulais faire de la batterie et je me suis rendu compte que la guitare ça plaisait beaucoup plus aux filles. Voilà. (NDG : Michaël regarde Christophe Deschamps qui se trouve à côté) Ça a changé depuis !


Géraldine : Quelles sont les musiques qui t'ont bercé au Pays de Galle, dans ton enfance ?

Michaël Jones : C'était surtout de la musique folklorique celte. Je n'ai eu pratiquement que ça jusqu'à l'âge de 12-13 ans.


Géraldine : Et après, l'influence ?

Michaël Jones : Après il y a les Beatles. Les Shadows et les Beatles. Voilà.


Géraldine : Quand est-ce que tu as commencé à chanter et à écrire des chansons, des musiques ?

Michaël Jones : Alors à chanter c'était tout petit. Ça a commencé dès que j'étais à la maternelle. Mais c'était pas les chansons "gnognotes" qu'on apprend aux enfants en France, c'était vraiment déjà le folklore gallois. C'était pas les berceuses, quoi. Et la musique, en même temps grosso modo. Et j'ai du écrire ma première chanson,… je ne sais pas. Mais mon premier poème j'ai du l'écrire quand j'avais 11 ans.


Géraldine : Des poèmes !

Michaël Jones : Ça commence comme ça des chansons, non ? Je ne sais pas… Ouais ! Moi ça a commencé par des poèmes.


Géraldine : Tu les as gardés ?

Michaël Jones : Non. Mon premier poème c'était… En fait ça a été terrible pour moi parce que j'avais fini de l'écrire et le prof l'a vu et le lendemain… En Grande-Bretagne disons que tous les matins il y a une assemblée à l'école. Et elle m'a fait lire mon poème à l'assemblée, ce qu'on pourrait penser "Génial !" Mais, en fait, ça m'a fait au moins dix bagarres après parce que tout le monde me prenait pour une gonzesse quoi. Parce que les garçons n'écrivent pas de poème. Voilà. Donc après j'ai mis un temps fou recommencer. J'ai mis au moins cinq ans. Ça m'avait dégoûté.


Géraldine : Et tes premières musiques ?

Michaël Jones : Ça doit être à peu près à la même époque.


Géraldine : Quand t'as commencé à gratouiller quoi !

Michaël Jones : Ouais, ouais. Voilà. Euh ! Non ! Disons que c'était trois ans après.


Géraldine : Tu as rencontré des personnages qui t'ont influencé dans le fait de te lancer artistiquement, de trouver des groupes, etc. ?

Michaël Jones : On est influencé par tout le monde un peu. Disons que mes premières influences, les Shadows, je les ai jamais rencontrés. Les Beatles, je ne les ai jamais rencontrés. Les Rollings Stones, je ne les ai jamais rencontrés, je les ai vus. J'ai rencontré d'autres artistes qui m'ont influencé par la suite. Des gens comme Sting, des grands musiciens que j'ai rencontrés depuis, si. On a fait des plateaux télé ensemble ou des shows ensemble, mais… Oui, ça fait bizarre.


Géraldine : Et ensuite tu montes ton premier groupe "Urban District Council Dib Dob Band", puis en 71 tu viens passer tes vacances à Caen dans la famille de ta mère et là…

Michaël Jones : Pas à Caen.


Géraldine : Pas à Caen ?

Michaël Jones : Non. Dans un village qui s'appelle Villebaudon dans la Manche en fait. Mon père a débarqué dans la région de Caen mais ma mère, elle, est de la Manche, du côté de Saint-Lô.


Géraldine : A ce moment-là s'ouvrent à toi de nouvelles perspectives…

Michaël Jones : Oui, oui. Je rencontre un groupe qui s'appelait à l'époque "Hubert et les traversins" et qui est redevenu après "Travers et compagnie". Des gens que je vois toujours, d'ailleurs. Et je suis venu jouer en France avec eux, après.


Géraldine : En fait, tu avais passé un BTS avant de venir en vacances.

Michaël Jones : Ouais.


Géraldine : Un BTS pour devenir cadre chez Ford.

Michaël Jones : Voilà.


Géraldine : Quand tu as passé ce BTS est-ce que tu ne pensais réellement pas pouvoir réussir dans la musique ?

Michaël Jones : Ça n'a jamais été mon objectif. Moi, je faisais de la musique parce que ça me plaisait. J'allais travailler comme tout le monde et là, je rencontre ces musiciens qui m'ont dit : "L'année prochaine, si tu veux, tu viens jouer avec nous." Alors moi, à la fin de mes études j'ai dit : "Tiens, je peux me prendre une année sabbatique et partir à l'aventure un an." Surtout que c'était très bien payé. Donc j'ai dit : "J'vais partir un an en France." Et 2 ans, et 3 ans, et 4 ans… Et je suis toujours là !


Géraldine : Quand est-ce que tu as commencé à envisager sérieusement à vivre de ta musique, en fait ? C'est à ce moment-là ?

Michaël Jones : J'ai jamais envisagé. Je me suis toujours dit que ça prendrait fin un jour.


Géraldine : Après, donc, l'aventure du rythm'n blues s'arrête à un moment, c'est quand tu vas passer une audition, suite à une petite annonce dans une revue spécialisée rock. Tu vas passer une audition avec 200 personnes pour participer…

Michaël Jones : Au groupe Taï Phong, oui. En fait, non. J'ai fait les deux pendant un bout de temps parce que Taï Phong était un groupe amateur donc il fallait manger. Donc j'ai fait les deux pendant un bout de temps.


Géraldine : Ça a duré longtemps ?

Michaël Jones : Deux ans.


Géraldine : Et l'aventure, enfin, l'audition Taï Phong, tu t'en rappelles ? Tu as des souvenirs de ça ou… ?

Michaël Jones : Oui ! C'était pas très sympa au départ. C'était Khan et Taï qui faisaient les auditions. C'était pas vraiment des gens très très gentils. Je veux dire qu'une fois qu'on les connaît, ils sont gentils, mais là, ils étaient très durs. C'était pas facile.


Géraldine : Parallèlement Jean Mareska, le producteur de Taï Phong, te propose de participer à un groupe qui s'appelle Week-end Millionnaire et où il y a Gérard Bikialo - qu'on retrouve avec Francis Cabrel, maintenant -, Jean-François Gauthier et Lance Dixon. Jean-François Gauthier et Lance Dixon ont fait partie de l'orchestre de Goldman.

Michaël Jones : Voilà.


Géraldine : Comment s'est passée cette aventure ?

Michaël Jones : Ça a commencé très bien parce que le groupe Week-end Millionnaire c'était une musique assez aventureuse. Pour l'époque c'était "west coast américain", un peu californien, avec des chœurs et tout. Pendant trois ans j'ai trouvé l'aventure assez bien et est arrivé un jour en studio où j'ai pas aimé la direction qu'ils prenaient et je suis parti.


Géraldine : Et le groupe s'est dissolu face à ça ou il est resté encore un peu ?

Michaël Jones : Le groupe a continué à exister. Moi j'étais musicien du groupe. Je ne faisais pas vraiment partie du groupe. C'était trois chanteurs, le groupe. Mais on était toute une équipe et moi j'ai quitté le groupe parce que je trouvais que la direction n'était pas bonne. Et le groupe est mort de sa propre mort. Ce qui prouve que j'avais raison.


Géraldine : En 1980 c'est la fin de Taï Phong. Tu fais partie de Gulfstream, un disque sort et il est produit par William Scheller. Cette aventure a été très courte. Pourquoi ?

Michaël Jones : Parce que le disque n'a pas marché. Tout simplement !


Géraldine : A partir de 83 l'aventure avec Jean-Jacques reprend puisque vous vous étiez promis de vous retrouver quand vous auriez du succès…

Michaël Jones : Quand on serait grand, oui.


Géraldine : Donc, Jean-Jacques Goldman a du succès, il fait des concerts et il pense à toi pour l'accompagner sur sa tournée. Tu acceptes. Donc à partir de là, tu vas participer sur de nombreux albums à des enregistrements ainsi que sur toutes les tournées. Vous vous entendez bien et Jean-Jacques t'écrit un premier titre, je crois, qui s'appelle "Viens" en 85…

Michaël Jones : Oui.


Géraldine : Et ensuite c'est le duo "Je te donne".

Michaël Jones : Non. Ensuite c'est une chanson qui s'appelle "Guita…" Ah non ! C'est "Je te donne" et c'est après "Guitar man", ouais, tu as raison.


Géraldine : Comment tu as composé les paroles en anglais de "Je te donne" ? Est-ce que Jean-Jacques Goldman avait déjà les paroles en français ? Ou est-ce que vous avez collaboré ensemble ? Comment ça s'est fait ?

Michaël Jones : Il y avait déjà la partie française.


Géraldine : Et tu as trouvé l'inspiration facilement ?

Michaël Jones : C'était extrêmement facile. On avait le sujet et fallait créer un parallèle en anglais. Donc c'était facile. C'était pas très difficile.


Géraldine : "Je te donne", en fait, ce n'est pas votre premier duo. Si on regarde bien, c'est votre deuxième duo. Le premier duo c'était "Cherry".

Michaël Jones : C'est le troisième.


Géraldine : Le troisième ?!

Michaël Jones : Oui.


Géraldine : Il y en avait eu un autre à part "Cherry" ?

Michaël Jones : Il y avait "Rain".


Géraldine : Exact ! Oui. Et, à l'époque, "Cherry", c'est un titre très doux, très langoureux…

Michaël Jones : C'est une face B d'un single de Taï Phong, ouais.


Géraldine : C'est une belle chanson langoureuse, c'est étonnant qu'elle n'ait pas marché, qu'elle n'ait pas eu plus de succès que ça.

Michaël Jones : Ouis. Ça oui ! Si on savait pourquoi les trucs marchent ou marchent pas, on serait millionnaires.


Géraldine : Jean-Jacques Goldman a dit, dans une interview, à l'époque, en 1984, que tu es autant un musicien de scène qu'un musicien de studio, ce qui est très rare. Est-ce que tu penses travailler dans cette optique-là ou est-ce que tu penses que c'est naturel chez toi ?

Michaël Jones : En fait, non. Je suis un musicien spontané et j'ai la faculté d'apprendre assez vite. C'est ce qui est le truc propre d'un musicien de studio. C'est-à-dire qu'un artiste, il n'a pas envie qu'on perde du temps en studio. Donc, on arrive et il faut comprendre très vite ce que veut l'artiste et le faire. Bon, il se trouve qu'avec Jean-Jacques c'est facile aussi parce qu'il choisit toujours les musiciens par rapport à ce qu'il veut. C'est-à-dire que s'il veut un truc un peu planant il va tout de suite appeler Patrice Tison, il ne va pas m'appeler moi. C'est normal. Je pense que la séquence de "On ira", par exemple, a du durer un quart d'heure, une demie heure maximum et il n'était même pas là. Il a dit : "J'ai autre chose à faire. Je te laisse." Et quand il est revenu il a dit : "Ah bah oui ! C'est ça que je voulais."


Géraldine : Ensuite, en 86 sort "Guitar man". En 87, "Michaël Jones and the Swinglers"…

Michaël Jones : Oui.


Géraldine : Tu as des souvenirs de ça ou ?…

Michaël Jones : Ouais, c'était sympa. Une aventure sympa. Bon, ça n'a pas marché non plus. Pourtant, il y avait de jolies chansons sur cet album. Ouais. Mais bon ! Qu'est-ce que tu veux.


Géraldine : En 88 il y a "L'Union Sacrée" et Goldman écrit la musique avec Roland Romanelli et il te demande un titre "Brother" pour Carole Fredericks. C'est à ce moment-là que, je crois, naît l'idée du trio ?

Michaël Jones : Exactement.


Géraldine : Comment ça s'est passé ?

Michaël Jones : Ça s'est fait tout seul. C'était logique.


Géraldine : Ensuite, il y a eu "Pacific Palisade" en 1990, par Bernard Schmitt. Naissance officielle du trio. En 93 tu sors un best of "83-93" où, dessus, il y a 3 inédits. Et dans ces 3 inédits on trouve un texte de Gildas Arzel où tu fais la musique…

Michaël Jones : On trouve une musique de Gildas Arzel et un texte de moi ! (rires).


Géraldine : Et cela s'appelle "La voix", c'est ça ?

Michaël Jones : "The Voice", oui.


Géraldine : Comment s'est passée la rencontre avec Gildas Arzel, Jacques Veneruzo, les ex de Canada qui sont aussi sur ton album "A consommer sans modération" ?

Michaël Jones : Ça s'est passé à l'Olympia pour une soirée des Beatles. Il y avait un anniversaire des Beatles à l'Olympia mais c'était à l'époque de "Mourir les sirènes". Ils sont venus faire une chanson des Beatles à l'Olympia et on s'est rencontré. On s'est tout de suite branché musique et on a vu qu'on avait des goûts similaires. Et, après, moi j'avais proposé à Jean-Jacques de prendre le groupe Canada en première partie pour la tournée d'été. Et là, les liens sont devenus assez forts et, depuis, on ne s'est plus quittés.


Géraldine : Vous êtes très liés et l'aventure continue.

Michaël Jones : Ouais. Musicalement très liés. Mais même amicalement maintenant. C'est la famille maintenant.


Géraldine : Il y a eu Céline Dion, l'album "D'Eux" qui a eu beaucoup de succès avec "Pour que tu m'aimes encore" et on t'a proposé, pour l'adaptation en anglaise, de faire plusieurs versions ?

Michaël Jones : On m'a demandé de faire des adaptations mais elles n'ont pas été prises.


Géraldine : En 96, tu devais sortir un album de reprises en anglais et, finalement, cela ne s'est pas fait. Il y a des rumeurs qui disent que Jean-Jacques Goldman t'en aurait dissuadé.

Michaël Jones : Ah non ! Jean-Jacques m'avait encouragé ! Jean-Jacques m'a dit : "Si tu fais un album en français, tu prends un énorme risque"." Et, en fait, ce qu'il s'est passé, c'est que, en faisant les adaptations, je me suis rendu compte que j'avais des chansons originales qui allaient passer à la trappe. Et faire des adaptations, je peux le faire n'importe quand dans ma carrière. C'est pas un problème. Donc je peux le faire plus tard. Donc, en fait, j'ai mis ça de côté. Il y a juste une chanson qui est sortie sur un album de guitares qui s'appelle "Guitar Attitude" qui est une chanson de Sam Cooke "Bring it on home to me". Et la deuxième chanson qu'on a enregistré, je l'ai mise sur l'album et j'ai fait une adaptation en français c'est "Vivre pour Mourir".


Géraldine : En 97 sort l'album tant attendu "A consommer sans modération - 12% blues".

Michaël Jones : Oui.


Géraldine : Nous sommes déjà venu dessus sur une interview précédente. En 98, maintenant, tu as eu plusieurs projets. C'est-à-dire Carole Fredericks, une musique pour son album…

Michaël Jones : En fait, il y a eu entre la tournée et mon album, une musique de film. J'ai travaillé sur une musique de film pour "un amour de sorcière" et là, je suis en tournée, je fais une chanson qui est sur le prochain album de Carole et qui s'appelle "Ecope", avec Frédéric Kocourek qui a beaucoup travaillé avec moi sur mon album. Et je suis sur un projet de musique de film au mois de février. Mais je ne peux rien dire de plus pour le moment.


Géraldine : Et ton projet pour toi, "Vole", ça en est où ?

Michaël Jones : Pour le moment, c'est au point mort parce que j'ai pas le temps.


Géraldine : Donc on l'aura peut-être en 99 ?

Michaël Jones : Peut-être. Ou quelqu'un d'autre peut-être. Je ne sais pas.


Géraldine : Près de Grenoble, tu as dit dans une interview qui date de décembre 97, t'avais dit que près de Grenoble t'allais souvent jouer pour une association de jeunes de "E.D.F. énergie - emploi"…

Michaël Jones : Ouais.


Géraldine : Et que tu trouvais que c'était un beau projet. Est-ce que tu peux nous en parler un peu et savoir où est-ce que ça en est ?

Michaël Jones : Le projet… Il y a eu, en fait, un seul concert parce que le problème avec "énergie - emploi" c'est que "énergie - emploi" continue de travailler mais pour organiser un concert c'est fastidieux parce que ce sont des fonctionnaires. Ils n'ont pas l'habitude de faire des trucs comme ça où il faut aller de l'avant très très vite. Ils ont l'habitude de la lenteur administrative habituelle. J'ai fait ça il y a deux ans et y'a pas eu d'autres concerts depuis donc y'a pas eu de suite parce qu'ils sont trop lents. Et si il n'y a pas quelqu'un derrière pour les pousser, ça n'avance pas trop. Là, on est reparti sur un projet pour l'année prochaine et c'est tout ce que je sais pour le moment. En tous cas, ils arrivent à faire travailler les gens par contre. Ce qui est le but, au départ.


Géraldine : Noël approche. Le plus cadeau possible ?

Michaël Jones : Pour moi ? La santé.


Géraldine : En dehors de toute raison professionnelle, est-ce que vous vous voyez souvent avec Jean-Jacques et Carole ?

Michaël Jones : Avec Jean-Jacques, ouais. Mais avec Carole non, pas trop.


Géraldine : Elle est préoccupée par sa promotion…

Michaël Jones : C'est pas ça. C'est une femme. Donc, disons que les occupations qu'on peut avoir avec une femme, faut vivre en couple. Mais en dehors de ça c'est franchement chiant. Aller faire les magasins, tout ça (rires). Que avec Jean-Jacques on peut aller au ski, on peut aller jouer ensemble à un autre sport, on peut jouer au foot. On joue des instruments, donc on peut faire de la musique. Ce n'est pas pareil. Entre mecs, il y a plein de choses qu'on peut faire en plus. Alors qu'avec une femme, sauf la vie avec une femme, c'est limité.


Géraldine : Qu'est-ce qui est prévu pour le 31 décembre 1999 ?

Michaël Jones : Qu'est-ce que j'ai prévu ? Réveillon !


Géraldine : Comment ? Famille, amis, particulier ?

Michaël Jones : Famille amis. En général c'est famille amis. Pas de sortie, non. En général, quand on peut, on le fait à la montagne. Donc c'est plutôt Tartiflette, Raclette.


Géraldine : Tu peux te retrouver autour d'une table avec 3 personnages historiques vivants ou disparus. Lesquels choisirais-tu ?

Michaël Jones : Le premier c'est Churchill sans discussion. C'était un grand bonhomme, c'était un artiste, c'était un clairvoyant. C'était un mec qui était censé être de droite mais, en fait, c'était un mec très humaniste. Un peu comme De Gaulle en fait. Oui, je pense que Churchill a eu une image d'humaniste. Même si, pour être humaniste, parfois, il faut être dur aussi. C'était quelqu'un qui avait une vue juste des choses et, pour moi, c'est un grand homme de l'histoire. Un autre personnage d'histoire que j'aurais aimé rencontrer ? C'est terrible ce que je vais dire parce que c'est encore un homme politique britannique. C'est Lloyd Georges, probablement. Parce que c'est un malin. C'était un grand homme politique gallois et c'était quelqu'un qui arrivait toujours à tourner la situation en sa faveur. C'était quelqu'un d'étonnant. C'était un malin donc c'était quelqu'un d'extrêmement intelligent. Oui, je pense que ce serait ces deux-là.

Géraldine : Un troisième ?

Michaël Jones : Il en faut trois ? Alors peut-être Saint-Exupéry.


Géraldine : "Le petit Prince" ?

Michaël Jones : Pas "le petit prince". Le pilote - écrivain. Je suis pilote d'avion et je suis passionné d'aviation et lui c'était les deux. C'était le passionné de l'aviation. Un équivalent pour moi c'est peut-être Howard Hughes qui était l'homme le plus riche du monde mais c'était quand même un grand innovateur au niveau de l'aviation. C'était quelqu'un qui a fait plein de choses de bien.


Géraldine : Si tu étais une femme ?

Michaël Jones : Si j'étais une femme, je serais homosexuelle.


Géraldine : Si tu étais un pays ?

Michaël Jones : La France.


Géraldine : Tu as complètement adopté la France ?

Michaël Jones : Non. Ce n'est pas que j'ai adopté la France. C'est quand même le plus pays d'Europe ! C'est le seul pays où on a pratiquement tous les climats d'Europe en un seul pays.


Géraldine : Si tu étais une ville ?

Michaël Jones : Française ? Annecy. C'est la plus belle ville de France. Ou Aix-en-Provence, mais bon… Plutôt Annecy.


Géraldine : Si tu étais un livre ?

Michaël Jones : Plus dur ! Si j'étais un livre… Il y a tellement de livres qui m'ont passionné ! Je n'ai pas de livre de chevet. Je crois que ce serait "Les mémoires de Churchill" mais c'est 12 volumes.


Géraldine : Si tu étais un film ?

Michaël Jones : Ça c'est difficile. Alors il y a un film, là, ça va faire marrer beaucoup de monde parce qu'il y a Alain Delon dedans, mais c'est "Un homme dans la ville". Je crois que c'est le premier film qui m'a fait pleurer. A la fin, quand il se fait couper la tête, j'ai pleuré. Et, malheureusement, la justice française est restée pareille. C'est un grand film. On dit qu'Alain Delon n'a fait que des navets, je ne suis pas d'accord.


Géraldine : Si tu étais un plat ?

Michaël Jones : Ah ! Ça c'est dur ! J'ai le droit à un seul plat ? Plein ? Alors la Tartiflette pour la montagne et parce que c'est bon. Le gigot à la menthe parce que ça vient de chez moi et que c'est très bon. Et des spare ribs, c'est des travers de porc à l'américaine.


Géraldine : Une boisson ?

Michaël Jones : La bière.


Géraldine : Avant le vin ?

Michaël Jones : C'est plus conviviale que le vin parce que le vin est plus cher. Mais un bon vin, je ne suis pas contre.


Géraldine : Un animal ?

Michaël Jones : Je ne sais pas. Franchement. J'aimerais pas vraiment être un animal. Non. Posséder un animal non plus. Renard, peut-être…


Géraldine : Un événement ?

Michaël Jones : Si j'étais un événement ? bof. Je ne sais pas si, vraiment, il y a des événements qui m'ont marqué tellement. Parce que, les événements, en général, ils ont toujours une connotation politique. Donc ils sont plus ou moins provoqués. Je ne sais pas si il y a des événements spontanés. Je ne sais pas si ça existe vraiment. Non. Ah si ! Un événements qui était vraiment bien c'est la vache folle. Là, c'est un événement qui est venu à cause de l'homme mais malgré l'homme. Et c'est la nature qui a remis les choses au point. Ca, c'est bien.


Géraldine : Une chanson ?

Michaël Jones : Alors "Love me do" des Beatles parce que c'est la chanson qui a changé ma vie musicale. C'est quand j'ai découvert les Beatles que j'ai eu envie de faire autre chose que le folklore celte.


Géraldine : Si tu étais un instrument de musique autre que la guitare ?

Michaël Jones : La cornemuse.


Géraldine : Si tu étais un mot ?

Michaël Jones : Amour.


Géraldine : Si tu étais un proverbe ?

Michaël Jones : Alors… Un proverbe ? Ça n'existe pas en français parce que le français pense que c'est ce qui blesse le plus mais c'est : "Ships and stones can break my bones but words can't hurt me". En fait, c'est pas vrai mais j'aime bien ce proverbe. Ça veut dire : "Des bateaux et des pierres peuvent briser mes os mais vos paroles ne peuvent me blesser."


Géraldine : Si tu étais dans une pièce avec Pinochet : Comment réagirais-tu ? Que lui dirais-tu ?

Michaël Jones : Je n'ai rien à lui dire. Je lui mettrais peut-être un pain. Non, je n'ai rien à lui dire. C'est quelqu'un que je n'aimerais pas rencontrer. Je ne dirais pas la même chose de Franco ! Franco a été créé par la situation. Pas Pinochet. Pinochet s'est créé lui-même. C'est-à-dire que Pinochet s'est battu contre un parlement démocratiquement élu. Franco s'est battu pour une cause contre le communisme. Ce qui n'est pas la même chose. Et quand on sait ce qu'il s'est passé du côté communiste en Espagne, à l'époque, c'est-à-dire que c'était des assassinats en série pour éliminer des hommes politiques. C'était un mal de droite contre un mal de gauche. Donc on ne peut pas dire que Franco était un tyran. Il a tenu sa place. Il n'est pas tombé dans le piège de la deuxième guerre mondiale. C'est-à-dire que Dieu sait qu'il était redevable à Hitler et Mussolini et il n'a pas attiré son pays dans ce piège. Donc, pour moi, c'était un bonhomme d'état malgré le fait que c'était un dictateur. Il y a eu des bons dictateurs. Oliver Cromwell était un bon dictateur en Angleterre. Ce n'était pas un mauvais. Mais Franco a quand même tenu parole. C'est-à-dire qu'il a instauré une démocratie, même si c'est une démocratie royaliste. C'est pas grave. La démocratie anglaise a toujours été royaliste et c'était la première démocratie du monde. Ça date du 12-13ème siècle, Magna Carta. Le problème c'est que y'avait pas beaucoup de monde qui avait le droit de vote. Mais bon. Donc on ne peut pas comparer. Je crois qu'il y avait des choses à dire à Franco. Pinochet, non.


Géraldine : Jean-Jacques t'apprend qu'il va chanter pour le prochain congrès du Front National. Ta réaction ?

Michaël Jones : Je croirai que c'est une blague.


Géraldine : Tu peux te réincarner en une chanteuse célèbre. Quel est ton choix parmi Mireille Matthieu, Chantal Goya ou Sheila ?

Michaël Jones : (silence) Ah c'est terrible comme question ! Je crois Sheila parce que c'est une authentique star de la chanson française des années 60. Mireille Matthieu aussi, mais bon… Disons, musicalement, je serais plus proche de Sheila. Mais bon, c'est vraiment… Je ne sais pas, moi. On m'aurait proposé Aretha Franklin ou… tu vois ? J'aurais préféré une vraie chanteuse, une chanteuse qui m'a marqué. Je ne veux pas dénigrer les autres. Je veux dire, Chantal Goya, ça n'a jamais été une vraie chanteuse. C'est une fille qui fait des choses pour les enfants. Pour moi, Sheila et Mireille Matthieu c'est des authentiques chanteuses. Mais c'est pas des musiques qui m'ont influencé. Pour moi, si il y a une chanteuse qui m'a influencé, c'est Aretha Franklin. Sans hésitation. Elle a changé la musique pour nous.


Géraldine : Merci beaucoup Michaël et puis, en cette fin de tournée on espère que ça se passe bien.

Michaël Jones : Oui, ça se passe très bien.


Géraldine : Près à partir à l'étranger ?

Michaël Jones : Ouais ! Mais je serais près à retourner en France moi ! il n'y pas de problème.

Géraldine : A bientôt, de retour avec ton prochain album ?

Michaël Jones : J'espère, oui.


Géraldine : Et bien merci beaucoup…

Michaël Jones : Il n'y a pas de quoi.


Géraldine : …et au plaisir de te revoir.

Michaël Jones : Au revoir.


Géraldine : Au revoir.