| [Je te donne] Valérie Alamo : Jean-Jacques Goldman, Michael Jones, "Je te donne", c’était en 1985. On est en 1996, 11 ans après, Michael Jones est là, en direct dans les studios de Radio France Drôme. Bonjour Michael, et merci d’être venu ! Michael Jones : Bonjour ! Valérie Alamo : Vous avez répondu présent à notre invitation. Vous êtes venu soutenir Thibaud Couturier, vous avez écouté son disque "De vague en vague". Je voudrais savoir ce que vous pensez de ce talent- là ? Michael Jones : Je suis toujours très admiratif face aux gens qui font des choses très simples mais avec beaucoup de cœur, et des textes qui veulent dire beaucoup. Je commence à tenter l’expérience de faire quelques textes en français : c’est très difficile parce que je n’ai pas la culture nécessaire derrière. Quand je vois comment les Français – en tous cas certains auteurs de grand talent - arrivent à jouer avec les mots en français, je reste toujours très admiratif, et Thibaud sait le faire. Valérie Alamo : Donc là vous allez jouer avec lui, c’est important pour un artiste confirmé d’aider les petits jeunes qui arrivent ? Michael Jones : Je ne sais pas si c’est une question d’aider les jeunes qui arrivent, c’est plutôt que de temps en temps on écoute quelque chose, et on se dit "Ah, voilà !" Pour moi, ce n’est pas quelqu’un qui débute, c’est un grand talent qu’il faut… ce n’est même pas une question d’"aider", c’est juste donner quelques conseils, parce que nous on a vécu ça avant, et on espère qu’eux pourront faire l’impasse sur quelques erreurs qu’on a faites nous. Valérie Alamo : Et quel genre de conseils par exemple puisque Thibaud est là et qu’il vous écoute ? Michael Jones : Il n’a pas besoin de beaucoup de conseils en fait ! Valérie Alamo : Ah, il s’en tire bien [rires], ça c’est une pirouette ! Alors vous nous parliez tout à l’heure de l’amour que vous avez pour la langue française, vous évoquiez un album et des écritures, c’est-à-dire que vous allez sortir un album en solo ? Fini le trio Goldman, Fredericks, Jones ? Michael Jones : Non, le trio n’est pas fini, il est en vacances. Valérie Alamo : En vacances, entre parenthèses… Michael Jones : La tournée s’est terminée au mois de juillet l’année dernière, et Jean-Jacques est entré dans une phase d’écriture, mais il est très demandé en ce moment - il vient de terminer l’album de Céline Dion - et son passe-temps favori c’est écrire pour les autres. Il a toujours voulu faire ça, donc on s’est mis d’accord au sein du groupe, qu’on n’allait rien faire pendant au moins trois ans. Donc moi, pendant trois ans, je ne peux pas rester à me tourner les pouces. Au début, j’avais envie de faire un album de reprises des chansons qui m’avaient marqué quand j’avais débuté, ou même avant, et avec cette histoire de quota, ça a tué un peu le projet dans l’œuf, parce que ça aurait été en anglais, et donc je n’avais pas envie de donner aux autres le fouet pour me frapper. Alors je me suis dit "Puisqu’il faut faire des chansons en français, autant faire des chansons originales". Valérie Alamo : Donc c’est vous qui allez les écrire ces chansons, ou vous allez faire appel à des auteurs ? Michael Jones : Je suis obligé de faire appel à des auteurs ! Je peux, sur un album, faire peut-être deux textes, parce qu’il me faut énormément de temps. En plus, je suis obligé de les écrire d’abord en anglais, et après essayer de faire une adaptation en français, donc c’est assez long. Je ne suis pas quelqu’un qui dit "Il faut absolument que je fasse un album où il n’y ait que des chansons de moi, des textes de moi". Si quelqu’un me présente une chanson qui, je trouve, me va, et qui me plaît, je suis toujours d’accord pour la faire ! Je préfère faire un album avec dix bonnes chansons qu’un album avec uniquement des chansons de moi, mais juste deux bonnes et les autres médiocres. Valérie Alamo : Et de quoi avez-vous envie de parler ? Michael Jones : J’ai envie de parler de plein de choses, mais de rien de très particulier non plus. Je fais partie d’une génération où on est plutôt musicien qu’auteur, et c’est la musique qui donne la couleur au départ, et à partir de cette couleur on trouve des idées de texte. Mais j’ai besoin de parler de beaucoup de choses… J’ai fait un texte en français sur l’extasie par exemple. Un jour, j’ai rencontré un flic qui travaille dans les stups, et qui m’a parlé de l’utilisation de la musique aujourd’hui pour vendre de la drogue, et ça m’a outré ! Moi, je suis musicien avant tout, et quand on utilise quelque chose que j’aime profondément pour faire une espèce de marché sordide, ça me met hors de moi. Donc j’avais envie d’en parler, et surtout, le fait que j’ai des enfants maintenant qui ont 16-18 ans, et qui risquent de tomber dans ce piège… Ça me gêne un peu. Valérie Alamo : La chanson comme dénonciation de faits de société, vous avez envie de parler de ça ? Michael Jones : Je ne pense pas que ce soit toujours à nous de dénoncer ça, mais moi, ce qui m’avait choqué dans cette histoire de drogue, c’est qu’on a fait le procès de quelques sportifs pour un petit pétard, et je trouve que ce qui se passe dans les boîtes de nuit est beaucoup plus grave, et on n’en parle pas. Donc je me suis dit que si personne n’en parlait, il fallait qu’un jour quelqu’un commence… Valérie Alamo : Donc vous allez commencer, il sortira quand cet album ? Michael Jones : Je croise les doigts, j’espère pouvoir le finir pour la fin de l’année. Valérie Alamo : Thibaud va vous aider ! Thibaud Couturier : Je ne le lui ai pas demandé encore, mais j’y pensais ! Michael Jones : Quand tu veux ! Quand tu veux ! ! Valérie Alamo : C’est l’occasion ou jamais ! En tout cas, vous nous faites l’amitié d’être là tous les deux en direct sur Radio France Drôme, et vous allez faire mieux que ça, vous allez jouer et chanter pour nous. Michael Jones, Thibaud Couturier, "Sarbacane", de Francis Cabrel. [Michael Jones / Thibaud Couturier : Sarbacane] |