Musiques & danses
Propos recueillis et retranscrits par Ronan Lollier


Ronan Lollier : Comment cette passion pour la musique vous est-elle venue ?

Michael Jones : J'ai eu la chance d'être né au Pays de Galles. La musique est enseignée très tôt à l'école, ça chante tout le temps. J'ai par ailleurs grandi dans un univers où la musique était très présente. Mon père jouait du violon, ma grand-mère du piano. Le seul problème, c'est que j'avais choisi de jouer de la guitare et cet instrument n'était enseigné nulle part. Il a fallu se débrouiller, en adaptant la culture musicale que j'avais de l'école, à la guitare. Avec des copains, après les cours on écoutait des disques, on essayait de "piquer" les plans des autres.


Ronan Lollier : A quel moment vous êtes-vous installé en France ?

Michael Jones : Je suis arrivé en France le vendredi 13 novembre 1971. Après avoir terminé mes études, je suis venu en vacances en Normandie, région d'où ma mère est originaire. J'y ai rencontré des musiciens qui m'ont proposé de jouer avec eux l'année suivante. J'ai pris une année sabbatique, pour finalement ne jamais rentrer. Nous jouions la musique qui nous plaisait et j'ai beaucoup appris à leurs côtés. C'était un groupe "vedettes locales", ça marchait très bien. En 1977, j'ai rejoint le groupe Taï Phong. Ce groupe amateur ma proposé un poste de professeur dans une école de musique à Caen. Pendant cinq ans, j'ai enseigné la guitare et je n'avais plus besoin de faire des concerts pour vivre.


Ronan Lollier : Vous connaissez les enseignements musicaux gallois et français, peut-on établir des comparaisons ?

Michael Jones : Il n'y a pas de comparaisons. Chez nous, les structures musicales telles que nous les connaissons en France n'existaient pas, sauf les professeurs privés, mais il fallait être issu dune famille aisée, ce qui n'était pas mon cas. Je me suis donc débrouillé tout seul. Il n'y a pas de relais conservatoire comme cela existe en France. A l'époque où je suis arrivé, j'ai trouvé l'enseignement musical un peu élitiste. On commençait par tous les aspects intellectuels de la musique. Je pense qu'il fallait faire deux ans de solfège avant de pouvoir jouer d'un instrument. Cela aboutit à un tri qui n'est pas forcément le bon. Je trouve que ce n'est pas une bonne solution. L'avantage de l'éducation que j'ai reçue au Pays de Galles, c'est que l'on nous emmène très rapidement à la musique sans nous assommer avec le solfège. Il est tout de même enseigné même s'il reste très basique.


Ronan Lollier : Vous êtes intervenu à Trégunc dans la cadre d'une master-class, comment envisagez-vous un tel rendez-vous, que pouvez- vous apporter aux stagiaires ?

Michael Jones : Le principe dune master-class, pour moi, c'est un dialogue. Je n'ai pas envie qu'un stagiaire quitte le stage sans avoir appris quelque chose. C'est à eux de me diriger dans le sens dans lequel ils souhaitent aller. Dans les premières master-class auxquelles j'ai participé, j'étais surtout traducteur pour des musiciens américains. Au cours d'une d'entre elles, un guitariste de jazz-rock était venu faire une démonstration. Les élèves sont repartis sans rien comprendre, sans rien apprendre ; ce n'est pas ça une master-class. Ce même jour, Stuart Ham, le bassiste de Joe Satriani intervenait dans une autre master-class. Il commence par une démonstration de bass, slap, taping : "c'est ça que vous voulez faire ?" demande-t-il aux jeunes. "Alors on va commencer par un blues en mi !". On prend les bases et ensuite on progresse. C'est lui qui a raison. Pour moi, le but est d'apporter aux élèves un petit plus par rapport à ce que leurs enseignent leurs professeurs durant l'année. Avec Michel Aumont, Jean-Felix Lalanne et Manu Galvin, on est un peu la cerise sur le gâteau. C'est-à-dire des gens connus qui viennent leur parler, leur expliquer que l'on progresse en développant sa propre personnalité. En général après une master-class, on repart en ayant le sentiment d'avoir fait des rencontres enrichissantes. Chaque année je participe comme consultant au stage pour auteurs- compositeurs, organisé à Astaffort par Francis Cabrel. Je rencontre des gens qui écrivent de beaux textes, composent de belles chansons. Je les fais travailler. J'y ai découvert Frédéric Cocourec qui fait beaucoup de textes pour moi et qui maintenant travaille avec Robert et Jean-Jacques Goldman.


Ronan Lollier : Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui souhaiteraient embrasser une carrière d'artiste ?

Michael Jones : Le seul conseil que je peux donner franchement, c'est qu'il faut toujours faire de la musique par plaisir. En faire son métier devient de plus en plus difficile. Ce qui importe c'est d'avoir les bonnes bases, afin de pouvoir exprimer ce qu'on sent. Je ne sais pas sil faut des structures pour le faire ou si la personne doit être assez motivée pour s'en sortir. A notre époque, un magnétophone quatre pistes était déjà inaccessible. Aujourd'hui les ordinateurs, les logiciels permettent de réaliser des produits tout à fait écoutables. Cette simplification des moyens fait qu'il y a beaucoup plus de monde. Cela veut dire que celles et ceux qui sortent du lot ont vraiment quelque chose, soit d'original, soit de qualité.


Ronan Lollier : Quel est votre point de vue sur l'implication de la télévision dans la "découverte" de nouveaux artistes ?

Michael Jones : Le problème, c'est qu'il ne faut pas oublier que ce sont des émissions de télévision. Donc le but du jeu, n'est pas de créer des artistes, mais de faire beaucoup d'audience. Cela ne signifie pas que les gens qui sortent de ces émissions n'ont pas de talent. Emma, la finaliste de la dernière édition de Star Academy a fait la première partie d'un de mes concerts, il y a deux ou trois ans, et c'était vraiment bien. Je ne pense pas qu'ils arrivent là par hasard. Ce qui me fait peur, c'est qu'on ne fait rien pour développer le caractère, la personnalité de l'artiste. On essaie de les mettre dans un même moule. On en fait des "super-musiciens" de bals. La plupart de ces gens dans la star Academy ou tout ce qui y ressemble, sont des interprètes mais on ne leur apprend pas à interpréter, on leur apprend à copier. Et c'est ça qui me gène le plus. C'est un peu un miroir aux alouettes. Evidemment Nolwenn, si elle a les chansons, elle s'en sortira, les autres… J'ai un exemple typique : Joe Cocker a repris "With a little help from my friends", une chanson des Beatles extraite de l'album "Sergent Pepper's lonely hearts club band". En écoutant la version originale et celle de Joe Cocker, on s'aperçoit que ce dernier a fait une autre chanson. C'est ce qu'on appelle de la ré-interprétation.


Ronan Lollier : Comment percevez-vous le travail de composition ?

Michael Jones : La composition pour moi revêt deux aspects. Le premier est d'avoir l'idée de mélodie, puis il y a l'écriture de la chanson qui est autre chose. L'important, c'est de pouvoir trouver la trame de la chanson, afin que celle-ci ne soit jamais ennuyeuse, pour qu'elle transmette une émotion. On peut mettre six mois avant de trouver la solution pour une chanson. En général, ma musique reste très épurée, j'intègre très peu d'instruments. Par contre la trame des chansons reste très structurée. Quelques petits changements peuvent intervenir en studio, même si l'essentiel du travail est effectué avant. Mais je suis pour les enregistrements "live", je n'utilise les machines que pour les maquettes. Pour le dernier album de Jean-Jacques Goldman, il n'y a pratiquement pas de musiciens, c'est de la programmation. Moi, j'aime l'imperfection de l'humain.


Ronan Lollier : Outre vos activités, quels sont vos projets en cours ou à venir ?

Michael Jones : Je suis en train de faire mon album qui sortira quand je l'aurai fini. [rires]. Non, j'espère le finir pour le mois de mai, afin de le sortir en septembre. C'est en bonne voie !