Le Progrès
Propos recueillis par Pierre Chamussy



Du blues et du bon pour Michaël Jones avec des textes aux accents goldmaniens. Du trad contemporain avec Pain d'Épices. Le festival d'Iguerande, en Saône-et-Loire, est un succès.

Dans les coulisses, les racks de guitares attendent. La salle est comble, plus de six cents personnes. Le ton est donné, le concert peut commencer Les lumières de la salle s'éteignent, projos sur la scène, fumées. Il est là, grand type émacié, tout de gris et de noir vêtu, lunettes noires rondes. Michaël Jones arbore un look très John Lennon. Guitare acoustique en bandoulière, ses musiciens s'installent de front sur la scène, assis, le batteur à l'arrière, ambiance umplugged. Premières notes tirées très fluides de sa guitare, première chanson, "Le temps fait mentir". Si la première partie du concert est acoustique, vient ensuite le mordant des guitares électriques. Jones est un bon, un excellent guitariste. Le blues, il le connaît par coeur. Avec un "dobro" (guitare acoustique à résonateur), le bootleneck au doigt de la main gauche (tube de verre) il connaît le métier à fond. Même aisance sur son électrique, une bonne "Fender Tele". Un gros son, comme on aime. Des compos, des reprises, des chansons anglaises et françaises avec des accents très goldmaniens. On sent que leur étroite collaboration a laissé son empreinte. Un peu trop pour certains. Beaucoup de commentaires, de toute évidence Michael Jones aime s'adresser au public, au risque de casser l'homogénéité de son concert. Dommage, car lorsqu'il se lance à fond, servi par sa belle voix haute légèrement voilée, on accroche.

À la mode trad'contemporaine

Pain d'Épices réunit cinq musiciens de la région Rhône-Alpes : Tony Canton, violon, Didier Pourrat, sax et chant, Quentin Allemand aux percussions, Jacques Tribuiani, cistre, et Vincent Sachello à la basse. Leur répertoire puise dans les traditions bretonnes, irlandaises, auvergnates le tout agrémenté d'un savant dosage d'apports extérieurs. En bref, c'est de la musique du monde comme on dit. Ajoutez à cela des influences jazz et contemporaines vous obtenez un Pain d'Épices à la mode trad'contemporaine. Des musiciens aguerris, précis, adeptes des breaks et de la mise en place. Petit bémol, cela devient presque un exercice de style au détriment de la musicalité. C'est d'ailleurs à la fin de leur set qu'ils emportent le morceau avec des musiques plus homogènes. Simplifier n'est pas un défaut en soi.

Michaël Jones : "Je me démarque de Goldman"

Le guitariste gallois ami-collaborateur de Jean-Jacques Goldman parraine désormais l'association Plaisirs en Brionnais. Il se démarque de l'image Goldman-Jones. C'est ce qu'il affirme.

Pierre Chamussy : Michael, à la lecture de votre discographie, vous avez enregistré plusieurs albums et pourtant vos disques sont introuvables dans les bacs des disquaires, pourquoi ?

Michael Jones : Je me suis fâché avec la maison de disques. J'ai retiré tous mes disques de la vente. Je n'ai donc rien à vendre lors de ce concert. Je ne viens pas faire de commerce mais en tant qu'ami de Louis Chandon qui tire sa révérence, et parce que j'ai été choisi comme parrain de l'association Plaisir en Brionnais.


Pierre Chamussy : Pour le public, vous êtes avant tout le guitariste de Jean-Jacques Goldman. N'est ce pas une difficulté pour imposer votre image d'auteur-compositeur ?

Michael Jones : Ce n'est pas difficile pour moi de me démarquer de l'image de Goldman. Mon répertoire puise dans le blues, le rock et les musiques traditionnelles irlandaises. Dans mes concerts, il y a bien sûr quelques clins d'oeil "ironiques" à Jean-Jacques, mais je joue ma musique.


Pierre Chamussy : Quels sont vos projets : une tournée, un disque ?

Michael Jones : Je n'ai pas de tournée en vue car je travaille sur un prochain album, "Prises et reprises", avec des compos et des reprises comme le titre l'indique. J'aurai des invités, Goldman, Murray Head pour ne citer qu'eux. Enfin, mon album "Autour du blues II" devrait sortir en septembre chez Virgin.