| Michael Jones, le guitariste de Jean-Jacques Goldman
Pendant que Jean-Jacques Goldman assure la promotion de son 45 T "La vie par procuration" et celle de l'album "Gang" qu'il vient d'offrir à Johnny Hallyday, son guitariste gallois Michael Jones à qui Jean- Jacques Goldman doit une grande partie de son succès ("Je te donne"), en profite pour enregistrer ces jours-ci, à Toulouse, au Studio Condorcet, le premier album de sa vie. "C'est un disque que j'avais prévu après mes deux premiers 45 T ("Viens" et "Guitar Man") et qui ne contiendra – je travaille en tout cas pour cela – que des chansons superbes. En langue anglaise, parce que c'est ma langue natale et qu'en français ma voix perdrait tout son grain". Nous avons saisi l'occasion de son passage dans la ville rose pour lui demander, en tant qu'artiste anglo-saxon, son opinion sur la chanson française. Son point de vue, comme celui de Jacques Cardona, que nous avons récemment publié, pourrait peut-être lui aussi aider la chanson française à faire un pas en avant. Voici ses réflexions sur la chanson française (ses textes, sa musique, le disque, la télévision et la scène et ses comparaisons avec la chanson anglo-saxonne. Les textes "Je ne pense pas que la crise de la chanson française, s'il y a crise, vienne de là. Honnêtement, je crois qu'il n'y a crise que pour certains artistes dont les chansons ne plaisent pas ou pour tous ceux dont l'époque de gloire est passée parce qu'ils n'ont pas su évoluer avec le temps. Les textes de chansons sont peut-être plus faciles à écrire en anglais qu'en français parce qu'en anglais on peut raconter les choses de la vie avec quelques mots seulement (Bob Dylan en a donné l'exemple). Le français est plus nuancé, plus romantique, moins direct. Cela dit, on peut toujours faire de très belles chansons partout. Madonna et Cyndi Lauper le font en langue anglaise ; Jean- Jacques Goldman, Balavoine et beaucoup d'autres le font ou l'ont fait en France. Je sais aussi que beaucoup de gens souffrent de ne pouvoir exporter la chanson française l'étranger. Mais il faut peut-être ajouter à ce propos – et tant pis si je suis dur vis-à-vis de certains de mes confrères français – que lorsque l'on se penche sur le Top 50, on s'aperçoit trop souvent encore que quelques chanteurs et chanteuses ne sont pas tout à fait à leur place. On peut faire un disque et ne pas chanter juste mais dans ce cas, je crois qu'il ne faut pas rêver de faire un jour carrière. Et encore moins sur le plan international". La musique "Dans ce domaine-là, la France a beaucoup de retard. Pas les musiciens, qui ont beaucoup de talent. Mais ils n'ont pas les moyens suffisants de peaufiner leur musique. Des groupes comme "Duran Duran" peuvent se permettre de travailler huit jours dans un studio à raison de 20 000 francs la journée d'enregistrement. En France, les musiciens travaillent chez eux et quand ils sont en studio, plus de temps à perdre ! C'est un des graves problèmes de la production française". Le disque "Il y a eu un coup de fouet bénéfique au moment où sont nées les radios locales. Et puis l'Etat garde toujours son emprise sur les moyens de communication. Certes, les stations de radio ont beaucoup plus d'autonomie mais certaines ont pris tous les pouvoirs et personne n'a veillé à maintenir un certain équilibre qui aurait pu aider la chanson française". La scène "La grande différence avec les pays anglophones, c'est que chez nous, les gens hésitent moins à aller voir un spectacle, quel qu'il soit. Petit ou grand. Comme pour le football. Sinon, le public ne se déplace pas. En Angleterre, on va voir un spectacle parce qu'on a envie de danser sur un tempo, pas sur une chanson. En France, le public ne bouge pas pour aller écouter un tube. Et puis il y a les discomobiles. Elles ont envahi les salles et les orchestres de bals n'ont rien fait pour les arrêter. Plutôt que de continuer à jouer de bons vieux paso- dobles, ils auraient dû faire comme Gold : évoluer. Dire qu'il y a quinze ans, le France était le pays le plus riche d'Europe en orchestres de bal ! Et ce qui est grave, aujourd'hui, c'est qu'on laisse les gens s'enrichir, dans de magnifiques salles de fêtes, en y installant une simple platine et en faisant tourner des disques". La télévision "En Angleterre ou aux Etats-Unis, il y a énormément de shows pour énormément de styles de musique : du rhythm and blues, du rock, de la variété, de la musique country, etc. En France, on prend les gens du Top 50, et on fait revenir les "vieux de la vieille". Avec juste une chaîne musicale que l'on ne peut même pas regarder dans certains régions. Et puis il y a les spots publicitaires : en Angleterre ou aux Etats-Unis, on peut annoncer la sortie d'un disque par des messages publicitaires. Pas en France". Tu vis en France puis plus de quinze ans. Pourquoi as-tu choisi d'y rester ? Il y a quinze ans, on m'avait proposé de venir jouer dans un groupe du sud de la Manche, à Saint-Hilaire-du-Harcouët : le groupe "Travers et Compagnie". J'y suis resté cinq ans et j'y étais bien payé. Depuis, j'ai toujours bien gagné ma vie en France et j'y ai beaucoup d'amis. C'est devenu mon pays. |