| Fleur Delorme : Noms et prénoms de ta mère et de ton père.
Michael Jones : Ma mère s'appelle Simone Lalleman. Sans D. [Fleur Delorme écrit le nom de la mère de Michael Jones sur un papier] Fleur Delorme : Comme ça ? Michael Jones : Exactement. Fleur Delorme : Ton papa ? [Michael Jones écrit le nom de son père sur un papier : John Merick Jones] Michael Jones : Voilà, c'est plus facile comme ça. Fleur Delorme : Ils habitaient dans quelle ville avant de se rencontrer ? Michael Jones : Mon père habitait sur le golf de Welshpool, mais qui n'est pas à Welshpool. [rires] Fleur Delorme : J'adore ! Donc comme explication, ça donne quoi ? Michael Jones : Le golf est à Castle Caereinion, qui est à côté de Llanfair Caereinion. Fleur Delorme : On va prendre la carte ! [Michael Jones se penche sur la carte et désigne les villes du doigt] Michael Jones : Welshpool, Llanfair Caereinion, au milieu il y a Castle Caereinion, et le golf est au-dessus, en allant vers la mer. C'est à peu près à six ou sept kilomètres de Welshpool en allant vers la mer. Fleur Delorme : Peux-tu nous parler de l'arrivée de ton papa en France et nous raconter la rencontre de tes parents ? Michael Jones : Non, ils n'en ont jamais parlé et personne ne pourra le dire. C'était un sujet qui n'était jamais abordé. C'étais un sujet tabou. Michel Drucker qui a su trouver les mots juste a cette explication : en fait, ils avaient tout simplement honte d'avoir survécu à la guerre, donc il n'ont jamais parlé de ça. Fleur Delorme : Est-ce un sujet dont ils parlaient facilement, car c'est arrivé dans des circonstances un peu particulières, puisque liées au débarquement ? Michael Jones : Non, jamais, toujours pour les mêmes raisons. Mon père a eu comme ordre d'aller libérer la France, et il a exécuté sa tâche. il n'était pas combattant dans l'âme comme certains soldats qui ont débarqué. Fleur Delorme : Ton papa était il militaire de carrière ? Et a-t-il continué à faire partie de l'armée après le débarquement ? Michael Jones : Il était volontaire, il avait signé pour sept ans. Françoise Rauzier : Donc ton père était volontaire en Allemagne. Michael Jones : Oui. Fleur Delorme : Et avant, il avait une activité professionnelle ? Michael Jones : Mon père était un golfeur invétéré, et aussi menuisier. Menuisier-charpentier, parce qu'il faisait les deux. Il aurait pu m'appeler Jésus, mais bon il a été assez intelligent pour ne pas le faire. [rires] Fleur Delorme : Jesus Jones, ça aurait fait un J.J., encore ! On peut supposer que ton papa était fier d'avoir contribué à libérer la France, est-ce que c'était le cas ? Tu viens de me dire qu'il n'en parlait pas. Michael Jones : Il n'en parlait pas, à mon avis il l'a fait parce qu'il fallait le faire, voilà. Je ne pense pas qu'il était fier d'avoir fait la guerre, pas du tout. Fleur Delorme : Ta mère n'a pas eu trop de mal à abandonner la France pour le Pays de Galles ? Michael Jones : A mon avis, elle n'a pas abandonné la France pour le Pays de Galles parce que je pense qu'au début, ils sont restés en Allemagne pas mal de temps. Comme mon père était volontaire, il a signé pour neuf ans. Donc il a été basé en Allemagne pas mal de temps, c'est pour ça que j'ai été élevé par ma grand-mère au club house de Welshpool. J'étais avec mon frère. Fleur Delorme : Mais toi, tu es né… au Pays de Galles ? Michael Jones : Moi, je suis né au Pays de Galles, oui. Fleur Delorme : Donc ils étaient remontés au Pays de Galles et après ils sont partis ? Michael Jones : Ma mère, quand elle était enceinte, est restée chez ma grand-mère. Une fois que je suis né et sevré un peu, elle est repartie voir mon père. Mon père étant militaire, ils n'avaient pas le droit d'avoir des enfants. C'est-à-dire qu'ils avaient le droit d'avoir des enfants mais pas de les amener au camp. Fleur Delorme : Ta maman savait-elle parler un peu l'anglais ou pas du tout ? Michael Jones : Je me demande si elle sait encore. Ma mère a eu beaucoup de difficultés avec l'anglais. Fleur Delorme : Et ton père, lui, parlait français ? Michael Jones : Mon père parlait français. Mon père, pendant la campagne de France, a appris le français. Fleur Delorme : As-tu le souvenir d'avoir beaucoup côtoyé tes grands- parents paternels ? Michael Jones : Mes grands-parents paternels, oui bien sûr, énormément. Mes grands-parents maternels, très peu. Mon grand-père maternel, je ne l'ai jamais connu. Je crois qu'il est mort avant que je sois né, ou dans ces eaux-là. Ma grand-mère maternelle, je l'ai connue, mais très peu. Fleur Delorme : Tes grands-parents paternels étaient-ils très proches de toi, ont-ils été très présents dans ton éducation ? Michael Jones : Oui, ma grand-mère. Fleur Delorme : Ils étaient déjà à la retraite ? Michael Jones : Non. Quand je les ai connus, ils étaient en activité parce que ma grand-mère était gérante du club de golf et mon grand- père était le green keeper. Fleur Delorme : On comprend pourquoi tu aimes le golf ! Michael Jones : Gérant du club de golf, c'était très peu de choses à l'époque : elle tenait le bar, et elle faisait à manger. Fleur Delorme : Comment as-tu vécu la séparation avec ta maman ? Tu as été élevé par ta grand-mère paternelle. Ça ne t'a pas manqué d'avoir... ? Michael Jones : Ce qui m'a manqué, c'est la séparation d'avec ma grand-mère. Fleur Delorme : Après ? Michael Jones : Non, avant. J'ai été élevé au tout début par ma grand- mère et ça a été difficile quand je l'ai quittée pour retourner chez mes parents. Fleur Delorme : Mais à ce moment-là, quand tu étais avec ta grand- mère, tes parents ne te manquaient pas ? Michael Jones : Non. On ne peut pas s'imaginer comme on peut s'éclater quand on est môme sur un terrain de golf. On est bien. Françoise Rauzier : Et tes parents t'ont récupéré à quel âge ? Michael Jones : Franchement, je ne sais pas. Quand on est môme, on n'a pas franchement la notion du temps. Fleur Delorme : Tu étais scolarisé ? Tu ne te rappelles pas à peu près ? Michael Jones : Non, je n'ai pas d'idée de date. Je me rappelle que ma mère m'a amené le premier jour à l'école, c'est tout ce dont je me rappelle. Donc, elle était revenue à ce moment là, mais bon, les dates, je n'en ai pas de souvenir. Fleur Delorme : Peux-tu nous décrire l'éducation que tu as reçue ? Michael Jones : Je viens d'un pays où l'éducation n'est pas de la seule responsabilité des parents. Plus de 80 % de l'éducation qu'on reçoit, c'est à l'école. Ce qui n'est pas le cas de la France et c'est dommage d'ailleurs ! A partir du moment où l'on prône l'intégration, on ne peut pas demander aux parents qui ne sont pas intégrés d'éduquer leurs enfants, ce n'est pas possible. Il faut que quelqu'un d'autre prenne le relais. Mais bon, en France, on met tout sur le dos des parents. On donne beaucoup trop de responsabilités aux parents en France. Fleur Delorme : Tes parents étaient-ils sévères ? Michael Jones : Mon père, oui. Fleur Delorme : Tes grands-parents étaient par contre assez cool, eux. Michael Jones : Disons que des coups, j'en ai pris... Fleur Delorme : Comment as-tu vécu le mélange des deux cultures ? Michael Jones : Je n'ai pas vécu le mélange des deux cultures. Fleur Delorme : Mais quand tu es reparti, quand ta mère t'a récupéré ? Michael Jones : Il faut savoir que c'était à l'époque où les femmes n'avaient pas grand chose à dire. Elles se sont émancipées depuis. Mais bon, à l'époque, une femme au foyer s'occupait de la maison et elle fermait sa gueule. C'était comme ça. Fleur Delorme : As-tu des frères et sœurs plus jeunes ou plus âgés que toi ? Michael Jones : J'ai deux frères plus jeunes que moi. Je suis l'aîné. Fleur Delorme :Et ils ont quel âge ? Vous avez combien de différence ? Michael Jones : Mon premier frère, Claude, a dix-huit mois de moins que moi. Mon deuxième frère, Alain, a six ans de moins que moi. Fleur Delorme : Et vous avez été élevés de la même façon ? Michael Jones : Non, Claude et moi, on a été élevés à la dure. Alain était le chouchou car c'était le petit dernier, c'est comme ça. Fleur Delorme : Comment étaient vos relations avec tes frères ? Michael Jones : Avec Claude, jusqu'à ce que je commence à faire de la musique, nous étions assez proches. C'est la musique qui nous a séparés, parce que lui n'était vraiment pas doué. Avec Alain, il y avait trop de différence d'âge pour qu'on soit assez proches. C'était plutôt le petit con qui me faisait chier la vie. Fleur Delorme : Et en plus, c'était le chouchou... Michael Jones : A chaque fois que lui faisait une connerie, c'était notre faute. Donc, quand tu es môme, c'est difficile à avaler. Fleur Delorme : Peux-tu nous parler de ta scolarité ? Etais-tu bon élève, appliqué ou pas du tout ? Michael Jones : J'étais banalement moyen. Fleur Delorme : L'élève classique... Michael Jones : Banalement moyen, en tout cas en début de scolarité. Mais par contre, je m'étonne aujourd'hui de me rendre compte à quel point j'ai beaucoup appris. Fleur Delorme : Tu ne pensais pas avoir autant appris ? Michael Jones : Quand je compare l'éducation que j'ai eue avec celle qu'ont eue mes enfants, je suis ahuri de voir à quel point l'éducation que j'ai eue moi est nettement supérieure. Fleur Delorme : Mais ça, toutes les personnes le disent. Mes parents ont les mêmes réflexions... Michael Jones : Par exemple, tout ce que j'ai appris à l'école, ça étonne les gens lorsque j'en parle aujourd'hui. Par exemple, quand je suis arrivé en France, en 1971, le truc qui m'a choqué le plus, c'est d'arriver dans un pays qui est soi-disant le pays de la gastronomie et d'aussi mal bouffer. Je n'ai jamais aussi mal bouffé que dans les cantines et dans les facs en France. Moi, à l'école, je me régalais, à la cantine. C'était délicieux, c'était génial la bouffe ! Même les trucs qu'on n'aimait pas, on arrivait à les aimer ! Mais par contre, tous les légumes que l'on mangeait étaient faits sur place : c'est nous qui les faisions, en cours, on apprenait à faire du jardinage. C'était un cours qui avait été mis en place par Churchill, pendant la guerre, parce qu'il fallait que les gens sachent se faire à manger. Donc nous, à l'école, c'était une discipline obligatoire : savoir se faire ses légumes, et on les mangeait. Il y avait je ne sais combien d'hectares de jardin, énorme, des patates, des haricots. On les faisait, nous, les élèves. Fleur Delorme : Etais-tu du genre bagarreur à la récré, ou coureur de jupons ? Michael Jones : Le problème c'est que quand tu as une mère française qui parle très très peu la langue et qui t'amène à l'école en disant que tu t'appelles Michel, tu n'as plus le choix, tu te bats, parce que "Michelle", en Grande Bretagne, c'est un prénom de fille. Fleur Delorme : Pourquoi Michel ? Même si c'est prononcé à la française ça fait Michaël, pas Michel ! Michael Jones : Ma mère refusait de dire Michaël. Ça n'existait pas à l'époque dans le langage français. Michael, en français, c'était Michel. Françoise Rauzier : Et Claude ou Alain, c'est pareil ? Fleur Delorme : Mais Claude et Alain sont des prénoms français ! Françoise Rauzier : Mais ce sont des prénoms qui ont été francisés. Michael Jones : C'est pareil. Claude, ça n'existait pas chez nous. C'est un prénom français. Mais c'est un prénom de garçon. Fleur Delorme : Ben alors, les filles à cette époque… Michael Jones : Oui, mais pas en Grande-Bretagne. Françoise Rauzier : Et Alain, c'était vraiment Alain ou c'était Alan ? Michael Jones : C'était Alain, à la française : A, L, A, I, N. Fleur Delorme : Donc, il n'y a que toi qui a hérité d'un prénom anglophone ? Michael Jones : Mon père avait bien compris qu'il ne fallait pas qu'il m'appelle Michel en Grande Bretagne, mais ma mère n'avait pas percuté. Quand elle m'a emmené à l'école, elle a dit Michel. Donc, pendant toute mon éducation, ça été un calvaire, ça a été une croix à porter. Evidemment, tu es obligé de te battre, oui : pas bagarreur, mais je n'avais pas le choix. J'étais obligé de me battre. Pas bagarreur, mais je me suis battu, oui. Fleur Delorme : Et tu gagnais ? Michael Jones : Pas toujours. Fleur Delorme : Peux-tu nous parler de tes dimanche et vacances scolaires ? Qu'est-ce que tu faisais ? Michael Jones : Pourquoi le dimanche ? Fleur Delorme : Le dimanche, ce n'est pas le jour du Seigneur ? Michael Jones : Non. Le dimanche n'a jamais été le jour du Seigneur. Ça, c'est une espèce de connerie catholique. Le dimanche, même dans la Bible, n'a jamais été le jour du Seigneur. Le jour du Seigneur est le samedi, c'est le Saba. Le dimanche est le premier jour de la semaine. Ça n'a jamais été le lundi. Donc, en Grande-Bretagne, on ne travaille pas le samedi, jamais. Fleur Delorme : Mais en France, c'est bien un dimanche ? Michael Jones : Oui, mais ça, ça été instauré par l'église catholique qui n'a rien à voir avec la religion, rien à voir avec la Genèse : le septième jour de la semaine, c'est le samedi. Le premier jour de la semaine, c'est le dimanche. Fleur Delorme : Alors, qu'est-ce que tu faisais le samedi et pendant tes vacances ? Michael Jones : Le samedi, en général, on faisait du sport, on jouait au foot. Il faut savoir qu'en Grande-Bretagne, on fait beaucoup de sport à l'école, énormément de sport, et il y a des compétitions entre les écoles. Je courais, je faisais du hockey, jusqu'à ce que je décide de faire de la musique où après, j'allais faire des bals. Fleur Delorme : Et pendant les vacances ? Michael Jones : Quelles vacances ? Fleur Delorme : Il n'y avait pas de vacances scolaires ? Michael Jones : Pendant les vacances scolaires, on s'emmerdait [rires]. Donc, en fait, c'est pour ça que je faisais de la musique avec mes potes parce que si on ne faisait pas ça, on devenait voyou. Fleur Delorme : Oui, mais avant de faire de la musique, quand vous étiez plus petit… Michael Jones : J'ai commencé la musique quand je suis né. Je suis tombé dedans, j'ai toujours été entouré de musique. J'ai passé la plupart de mes vacances chez ma grand-mère paternelle, à la ferme. Voilà. Jusqu'à ce que ma grand-mère aille habiter chez ma tante, la sœur de mon père. Ensuite, j'allais passer mes vacances d'été, avec mon cousin qui avait 14 ans, chez la sœur de mon père - elle s'était mariée avec un fermier anglais - et on faisait beaucoup de cheval. Fleur Delorme : Le goût pour la musique est arrivé vers quel âge ? Michael Jones : Au pays de Galles, tu n'as pas le choix, c'est la première chose que tu apprends. On est entourés perpétuellement de chansons, de musique. J'ai toujours été entouré de musique, ça faisait partie de notre culture. Fleur Delorme : As-tu des souvenirs d'enfance, des bêtises marquantes à nous raconter ? Michael Jones : Non ! C'est banalement banal… ! Ah si, j'en ai une ! Mais ce n'était pas en France, j'étais ado. Avec mon groupe Urban District Council Dib Dob Band, on a été en effet énormément aidé par le curé qui avait acheté une remorque, pour mettre le matériel dedans. Il nous prêtait sa voiture pour aller faire les bals, les galas. Un jour, on jouait pas très loin, à 5 km de Welshpool, à Berwyn. C'était toujours le grand frère ou le copain qui avait le permis qui nous emmenait. Mais là, ce jour-là, le mec qui nous emmenait s'est trouvé une gonzesse pendant la soirée et s'est barré avec. Nous, on s'est retrouvés comme des cons avec la voiture, la remorque et le matériel. Au bout d'un moment, je me suis dit, "ça me gave, on ne va pas attendre toute la nuit, on se casse". J'ai pris la voiture et j'ai conduit jusqu'à Welshpool. Manque de pot, à l'entrée de Welshpool, barrage de flics. Ils m'arrêtent : - "Bonjour, Vous avez les papiers du véhicule ?" - "Non !" - "Vous avez votre permis ?" - "Non ! Je suis désolé c'est la voiture de Father Earle, il me l'a prêtée pour aller faire un concert à Berwyn". Je raconte la vérité, sauf que je n'avais pas dit que je n'avais pas mon permis. Je n'avais que 16 ans ! Dès qu'il a entendu le mot Father Earle, il a dit, "Allez, circulez !" Il aurait dû me donner un papier pour présenter le permis sous les trois jours, mais il ne l'a pas fait. Il m'a laissé passer et je suis passé à travers parce que là, j'aurais été interdit de permis pendant quelques années ! Mais c'est la seule vraie bêtise que j'ai faite ! Fleur Delorme : Un vrai petit ange : une petite auréole sur la tête et des petites ailes dans le dos. Michael Jones : Non, on n'était pas une génération de voyous ! Fleur Delorme : Oui, mais quand on est gamin, ados, on fait toujours les 400 coups, on fait toujours des conneries ! Michael Jones : Non, nous, ça ne nous excitait pas. Ce qui nous excitait, c'était de jouer au foot, faire de la musique, mais faire des conneries, ça ne nous excitait pas. Il n'y avait aucune raison, on n'a pas été élevés comme ça. Fleur Delorme : Justement, les gamins, ils n'ont plus rien à faire alors ils font des conneries. Ils n'ont rien qui les motive ! Michael Jones : Ils n'ont rien qui les motivent, pourquoi ? Parce qu'ils sont scotchés devant la télé toute la journée. Nous, on n'avait pas la télé, il fallait bien qu'on fasse autre chose ! Fleur Delorme : Quel impact a eu ce prêtre sur ta vie pour que tu lui rendes un tel hommage à travers la chanson ? Michael Jones : Je n'aurais jamais pu faire mon premier groupe s'il n'avait pas été là. Il a eu une idée géniale au moment où il y avait une vraie désertification du catéchisme - il faut savoir qu'au pays de Galles les catholiques sont minoritaires - donc pendant que tous les autres allaient s'amuser, nous on faisait du caté. C'était un peu rébarbatif, on n'avait pas envie de le faire, lui, il a bien compris ça. Il nous a dit : - "si vous veniez au catéchisme, qu'est ce que vous auriez envie de faire ?" - "nous, on veut faire de la musique !" Il nous a acheté le matériel – nous, on n'avait pas les moyens d'acheter les amplis. Il a tout acheté. C'est lui qui a tout permis. Il nous a donné une pièce, qui était l'ancienne sacristie, pour faire de la musique. Nous, en contrepartie, il a fallu tout refaire de A à Z. Du sol jusqu'au toit, on a tout refait, installé les chiottes, tout, à l'âge de 12 ans. Fleur Delorme : Oui, mais vous étiez motivés pour quelque chose, vous aviez un but. Michael Jones : Oui, mais on l'a fait. Fleur Delorme : Que reste-t-il aujourd'hui de ton éducation religieuse et es-tu croyant ? Michael Jones [silence] : Joker. Fleur Delorme : Attention, il reste deux pages. Michael Jones : Non, mon éducation religieuse, c'est la même qu'une éducation banale, catéchisme comme tout le monde, sauf que j'ai fait aussi l'école anglicane et pour ne pas faire de maths, j'ai fait "structure". "Structure", c'est Théologie, dans l'école anglicane. On essaie d'expliquer tout ce qu'il y a dans le Livre. On ne dit pas qu'un miracle, c'est forcément un miracle. Par exemple, l'histoire du partage du pain, on apprend que Jésus a peut-être effectivement partagé le pain pour donner à manger à tout le monde, mais ça donne une idée à tous les autres et tout le monde s'est partagé le pain, mais ce n'est pas forcément un miracle. Il y a un tas de trucs comme ça où on a eu des explications plausibles des miracles. Donc je connais les trois religions monothéistes. J'ai appris les trois religions monothéistes. Ce qui veut dire que la moitié des choses qu'on nous raconte, je ne peux pas y croire. Si tu veux, je donne un exemple typique : les musulmans ne mangent pas de porc parce que les juifs ne mangent pas de porc, parce que les juifs ont décrété qu'il ne fallait pas manger de porc. C'est compréhensible dans un pays désertique chaud, où le porc est un animal qui donne une viande qui pourrit très vite, qui porte la maladie. Maintenant, qu'on dise que c'est parce que les porcs mangent de tout, à ce moment-là, pourquoi ils mangent du poulet ? Parce que le poulet est aussi omnivore, donc ça ne tient pas debout. Donc c'était pour moi une question d'hygiène, mais va expliquer ça à un Suédois ou le porc est la seule viande qui se garde en hiver. C'est une question de climat, ça n'a rien à voir avec la religion. Fleur Delorme : Le Pays de Galles est connu pour ses superbes paysages, ses monuments et sa musique celte. Qu'as-tu gardé en mémoire comme souvenir marquant de tout ça ? Michael Jones : Tout. J'ai commencé la musique avec la musique celte. J'ai commencé avec la danse celtique. Fleur Delorme : Oui, ça tu nous as fait une démonstration à Valras. Michael Jones : Voilà, je faisais ce qu'on appelle des "Eistethfod". Ce sont des grosses fêtes celtiques qu'il y a partout où il y a des menhirs. Et donc je garde un super souvenir de ça. C'était quoi le reste de la question ? Fleur Delorme : Le paysage, les monuments ? Michael Jones : Alors le paysage, tout dépend où on habite au Pays de Galles parce qu'il y a des coins, c'est nul. Il y a des coins du sud ou du nord où c'est totalement minier, c'est pas ce qu'il y a de plus beau. Par contre, les deux parcs nationaux, que ce soit Brecon Beacons ou Snowdonia, c'est magnifique. Ça vaut le coup de prendre une voiture et d'aller faire le tour du Pays de Galles parce que c'est une bonne leçon d'humilité, c'est vraiment bien. Au niveau des monuments, la ville où je suis né possède un des plus beaux châteaux d'Europe, qui n'a jamais été détruit, qui n'a jamais été reconstruit. Il est tel quel avec tout ce qui est dedans qui date de la première personne qui y a habité jusqu'à aujourd'hui. C'est un château qui est vivant. Fleur Delorme : Et on peut le visiter ? Il s'appelle comment ? Michael Jones : Powys, ce qui est le nom de la région. On peut le visiter parce que après Clive Of India, le fils de Clive Of India n'avait pas les moyens de payer les taxes sur le décès sans tout éparpiller, donc il a fait don aux beaux-arts. Le fait de faire don aux beaux-arts d'un domaine en Grande-Bretagne permet au propriétaire de garder l'usufruit mais il a obligation de faire visiter. C'est aussi un des plus beaux jardins d'Europe. Fleur Delorme : Venais-tu souvent chez tes grands-parents en Normandie ? Michael Jones : Une fois tous les deux, trois ans. On ne pouvait pas venir souvent parce que c'était trop cher. A l'époque en Grande- Bretagne, on avait une semaine de vacances par an, c'était pas facile. Déjà quand tu as trois jours de voyage, tu restes trois jours sur place et il faut repartir. Fleur Delorme : Comment a été le passage de l'adolescence ? Peux-tu nous en parler ? L'adolescence, en général, c'est toujours une période difficile. Michael Jones : Pour moi, difficile. J'ai eu une puberté très tardive et donc, le nom, plus la puberté tardive, c'est encore pire. Fleur Delorme : Micheeeeel... Michael Jones : C'est pas ça, c'est surtout quand tu fais du sport, et que tu prends des douches en commun, c'est difficile... Voilà... C'est pas une histoire de poils, mais bon, vraiment, c'est chiant... Françoise Rauzier : Sans parler de ta prestation chorégraphique à l'âge de sept ans, quand as-tu vraiment su que tu voulais faire de la musique ton métier ? Michael Jones : Je ne l'ai jamais su, je n'ai jamais voulu faire de la musique mon métier. Ça n'a jamais été une idée dans ma tête, c'est venu par accident. Fleur Delorme : Par accident ? Françoise Rauzier : Tu as appris parce que c'était dans la culture du Pays de Galles. C'est venu... Michael Jones : …De toute façon, ce qui s'est passé, c'est extrêmement simple. Je suis venu en vacances en 71 avec mes parents, j'ai rencontré un groupe, avec qui j'ai fait le bœuf. Comme, à 17 ans, on s'emmerde avec ses parents en vacances, franchement... Fleur Delorme : Oui, mais avant, tu faisais bien de la musique, déjà ? Michael Jones : Oui, mais pour le fun, parce que j'aimais ça. C'est vrai ! Tu as beaucoup plus de chances quand tu n'es pas très beau, de ramener une fille quand tu joues de la guitare que quand tu ne joues pas ! Fleur Delorme : Super ! Quoique... Michael Jones : C'est incroyable, le fait de chanter et de jouer de la guitare, à quel point ça peut attirer les regards. Fleur Delorme : Et la musique, tu l'as apprise tout seul ou tu prenais des cours ? Michael Jones : J'ai appris la musique à l'école... Fleur Delorme : Ah oui, on en revient toujours à son truc... Michael Jones : C'est obligatoire, à l'école, la musique. On apprend à lire la musique. Enfin ceux qui veulent... Ceux qui ne veulent pas, ils restent au fond de la classe, ils font les cons... Fleur Delorme : Donc tu n'as jamais fait d'autres études, genre études musicales, à part à l'école ? Michael Jones : Non... Fleur Delorme : OK ! Bon, peux-tu nous donner ton parcours exact avec le nom des diplômes, en anglais, que tu as eus ? Alors comme école déjà, tu as fait quoi ? Michael Jones : J'ai quitté l'école à 15 ans ! Et je suis allé au collège. Il faut savoir que le collège en Grande-Bretagne, c'est après l'école. C'est l'inverse. Fleur Delorme : Chez nous aussi : école, collège... Michael Jones : Non, non ! Vous faites le collège et le lycée. Nous, le collège, c'est après le lycée. Fleur Delorme : Oui, mais nous, l'école, c'est l'école primaire, chez nous... Michael Jones : Nous, l'école c'est jusqu'à 18 ans. Après, tu vas soit en collège, soit en université. Fleur Delorme : Ah oui. Bon, tu es allé au collège. Et là, il y avait des spécialités ? Michael Jones : J'ai fait un BTS, c'est l'équivalent en français d'un BTS mécanique. Fleur Delorme : Et en anglais, ça s'appelle ... ? Michael Jones : Advanced Technician je ne me rappelle plus... Fleur Delorme : Mais tu vas te rappeler... Michael Jones : Mais je ne me rappelle plus... Fleur Delorme : Et tes diplômes par exemple, tu les as encore ? Michael Jones : Je ne les ai plus, parce qu'un jour, on m'a volé un attaché-case dans lequel j'avais tout. Ils m'ont cambriolé, on m'a tout volé. Je n'ai jamais retrouvé... Bon, tout ce que je peux dire, c'est que j'ai cinq lettres derrière mon nom... Je m'appelle Michael Jones, A.M.I.M.I. Associate Member of the Institute of the Motor Industry. Donc ça veut dire que j'ai fait un BTS et que j'ai fait une année de droit, voilà. Fleur Delorme : De droit en plus ? Michael Jones : Oui. Et pour avoir le "A.M.", il faut avoir exercé au moins un an une place de responsabilité, mais je l'avais déjà, cette place de responsabilité. Donc c'est devenu automatique. Françoise Rauzier : A quel age as-tu commencé à travailler, petits boulots, jobs d'été, qu'as-tu fait précisément ? Michael Jones : A l'age légal, c'est-à-dire 13 ans. Fleur Delorme : 13 ans ? Ah oui ! Michael Jones : Attention, l'âge légal pour les petits boulots ! Fleur Delorme : Tu faisais quoi ? Michael Jones : Il y a deux petits boulots qui sont permis aux enfants ici en Grande-Bretagne, c'est livrer les journaux, et les courses, les commissions pour les ménagères. C'est donc soit le vélo avec le panier... [Fleur Delorme imite le geste de jeter le journal] Michael Jones : Ah non non, les journaux, chez nous, on les mettait dans les boites aux lettres, on ne les jetait pas comme aux Etats- Unis... Françoise Rauzier : Comment ont réagi tes parents en 71 quand tu... Fleur Delorme : Attends, il n'a pas répondu, cet homme-là ! Qu'est-ce qu'il a fait comme petits boulots d'été ? Françoise Rauzier : Ben si ! Fleur Delorme: Qu'est-ce que tu as fait comme petits boulots ? Michael Jones : Je faisais les deux ! Le matin, je livrais les journaux et le soir je livrais les commissions pour pouvoir acheter ma première guitare. Fleur Delorme : Jusqu'à quel âge ? Michael Jones : Jusqu'à ce qu'on commence à gagner un peu d'argent avec les galas. Fleur Delorme: Et après, pour gagner un peu de sous, tu ne faisais rien d'autre que de la musique ? Michael Jones : Voilà. Au début, c'est un boulot qui s'achète et qui se revend : tu achètes ta place. Tu donnes de l'argent, sinon on va la proposer à quelqu'un d'autre qui la prend. C'est tellement difficile à avoir… Fleur Delorme : C'est pire que le piston ! Michael Jones : C'est comme les places de portiers, comme ça se faisait dans le temps dans les grands restaurants ou les grands casinos : ce sont des places où on gagne de l'argent avec les pourboires, alors quand ils s'en vont, ils vendent leur place. Maintenant, on a des machines à sous mais à l'époque, en pourboire, certains laissaient des places à la sortie ! Françoise Rauzier : Comment ont réagi tes parents en 1971 quand ils ont su que tu voulais aller rejoindre Travert et Compagnie et que tu voulais faire de la musique ? Michael Jones : Pour moi, comme pour mes parents, j'étais parti passer une année sabbatique pour faire de la musique. Je n'ai jamais eu l'intention d'en faire mon métier ! Je venais de terminer mes études, j'avais cette occasion d'aller jouer avec un groupe en Normandie, je me suis dit que j'allais m'éclater pendant un an et qu'après j'irais bosser. Françoise Rauzier : Et quand, au bout d'un an, tu leur as dit que tu n'allais pas bosser, que tu allais continuer dans la musique ? Michael Jones : Je n'avais pas de compte à leur rendre, j'avais 18 ans ! Françoise Rauzier : Donc tu faisais partie du groupe Urban District Council Dib Dob Band, vous jouiez dans les bals, tu avais quel âge ? Michael Jones : 14 ans. Françoise Rauzier : Combien étiez-vous, que chantiez-vous et à quelle fréquence jouiez-vous ? Michael Jones : On était quatre : guitare, basse, batterie et chanteur. Ce n'était pas moi le chanteur, même si on chantait tous. Françoise Rauzier : Pour toi, les bals, c'était la meilleure école ? Michael Jones : Oui, franchement, c'est une école fabuleuse. Françoise Rauzier : Regrettes-tu aujourd'hui qu'il y ait moins d'orchestres de bal et que la musique soit souvent diffusée par un DJ dans les bals ? Michael Jones : Je regrette aujourd'hui qu'il n'y ait pas d'endroit où les musiciens puissent s'exprimer. Ce qui m'a énervé, à l'époque, c'est que le DJ prenne la place des musiciens. Mais aujourd'hui, il a une place à part, ce n'est pas la même chose. Un DJ aujourd'hui, c'est autre chose, il fait quand même un peu de création, ce qu'il ne faisait pas à l'époque, où il passait des disques tels quels. Mais c'est aussi la faute aux orchestres de bal qui n'ont pas su se mettre à la hauteur. Ce n'est pas uniquement la faute aux Djs si les orchestres ont disparu, eux-mêmes y sont pour beaucoup. Nous, à l'époque, avec Michel, qui est mon batteur aujourd'hui, on continuait à beaucoup travailler, on avait même un disco qui tournait avec nous ! Mais il fallait être aussi bon que les discos quand tu passais derrière… Françoise Rauzier : Il y a une époque où, où qu'on aille, on ne voyait plus que des discomobiles, il n'y avait plus d'orchestre… Michael Jones : Oui, mais c'est parce que les orchestres n'ont jamais su fidéliser leur public. C'est la faute des orchestres, pas celle des discomobiles ! Le mec qui faisait disco, il y avait de l'argent à prendre, il le faisait ! Nous, on avait un public fidèle. On pouvait mettre un discomobile à côté de nous, les gens venaient nous voir nous ! C'est un truc que beaucoup d'artistes, beaucoup de musiciens n'ont jamais compris : savoir fidéliser un public, c'est un truc très important. Françoise Rauzier : Est-ce que tu peux nous parler de l'été 1971, ces vacances en Normandie et de ta rencontre avec Hubert Travert et son groupe ? Michael Jones : C'est extrêmement simple, c'était dans le village de Villebaudon… J'étais à Villebaudon, il y avait une fête qui s'appelait la Sainte-Anne, la fête du village. L'orchestre qui jouait s'appelait "Hubert Travert et les Traversins". Françoise Rauzier : Alors est-ce que tu es rentré au Pays de Galles cet été là, ou pas ? Michael Jones : Oui, oui. Françoise Rauzier : Oui, tu es rentré pour décider de ton année sabbatique. Michael Jones : Ah oui, j'ai oublié… Je n'ai pas fini. Ce qui s'est passé, c'est que je les ai rencontrés, on a sympathisé, j'avais ma voiture - puisqu'à 17 ans j'avais mon permis - donc je pouvais conduire. Et donc, j'ai passé mes vacances avec eux. Je ne suis pas resté enfermé à m'emmerder à Villebaudon. Avec mon frère, on les a suivis partout. Ils tournaient beaucoup à l'époque. Les orchestres tournaient beaucoup en été, ils tournaient tous les jours. Après, à la fin de mes vacances, je suis rentré chez moi. Je n'avais pas encore les résultats de mes examens. Françoise Rauzier : J'ai lu moi dans une interview que la date précise de ton retour c'est le 13 novembre 1971. Tu t'en rappelles… Précisément ? Michael Jones : Le 13 novembre… Le vendredi 13 novembre 1971. Françoise Rauzier : Vendredi… Fleur Delorme : Hou là là !! Pourquoi tu t'en rappelles autant ? Michael Jones : C'était un vendredi 13. Le vendredi 13 novembre 1971, c'est la date à laquelle je suis venu définitivement en France. Françoise Rauzier : Peut-on avoir de ta part - ça va peut-être être laborieux - un récit précis de ton parcours musical de 1971 à 1977. Fleur Delorme : Est-ce qu'il y a eu plusieurs groupes dans ton pays ou une histoire ? Michael Jones : Alors quand je suis arrivé en France, Hubert Travert ne pouvait pas me prendre parce que, par rapport au tarif du groupe, il fallait un certain chiffre. Quand je suis entré dans le groupe, ils prenaient plus cher parce qu'il y avait un mec en plus. Donc il y a eu un temps de battement entre le moment où je suis arrivé en France et le moment où je suis allé chez Hubert Travert. Et pendant ce moment de battement, j'ai joué avec un orchestre de Caen qui s'appelait les Maps. Fleur Delorme : On ne l'a pas, celui-là, dans la liste. Michael Jones : Le chef d'orchestre s'appelait Pierre Dutot, qui a été longtemps professeur de trompette à Lyon et qui est maintenant à Bordeaux. Et moi, véritablement, avec Hubert j'ai commencé à tourner en 1972. Fleur Delorme : Après, il faut aller jusqu'en 1977. Michael Jones : Après j'ai tourné avec Hubert Travert. Hubert, au bout d'un moment, a arrêté, l'orchestre a été pris en main par le trompettiste qui s'appelait Jean-Pierre Hervieu, et là ça s'appelait Captain S I. Fleur Delorme : Ça, j'ai. Michael Jones : Captain S.I. C'était un jeu de mots : "Captain S.I.", ça donnait "Cap Tennessee". C'était un jeu de mots. Il ne faut pas oublier qu'avec Travert, on avait quand même sorti un disque qui s'appelait "Charter sous la mer". Françoise Dauzier : Oui, ça on l'a. Michael Jones : Et "World's goin' mad" pour la face B que j'ai écrit avec Popaul [Jean-Paul Thiland]. Et là, on a tourné pendant pas mal d'années. Il faut dire qu'entre temps est venue la mort de d'Yves Botomisy, qui était le guitariste qui jouait avec nous, qui était un musicien fabuleux, qui est mort. Et après… Pendant ce temps-là, j'avais monté un groupe avec des musiciens de Caen dont Jean-Claude Givone qui est venu souvent après jouer avec Jean-Jacques sur la tournée "Gris clair". Le groupe s'appelait "Ailleurs". Fleur Delorme : Celui-là non plus, je ne l'ai pas. "Ailleurs", vraiment… Michael Jones : On a fait des chansons qui n'ont absolument rien donné, on a fait quelques concerts, et ça, ça marchait super bien. Fleur Delorme : Ça, ça a duré… C'était à peu près à quelle époque ? Michael Jones : Alors "Ailleurs", c'était un groupe un peu bizarre. Il y avait un Gallois à la guitare et au chant, un Français qui s'appelait - peut-être au clavier - à la batterie, Jean-Claude Givone et à la basse un Hollandais qui s'appelait Pim Bautz et au chant ma première femme qui s'appelait Martine. Fleur Delorme : Et c'était en quelle année ? Michael Jones : Je n'en ai aucune idée. C'était avant 1977. Cela devait être en 1973, 1974, je n'en sais rien. C'était avant 77, avant la naissance de Jennifer. Fleur Delorme : D'accord, avec cela pour m'y retrouver cela va être un vrai puzzle. Donc là on arrive en 1977 normalement ? Michael Jones : Oui. Fleur Delorme : Tu ne nous as pas parlé de Budy C. Michael Jones : C'était après. Fleur Delorme : En quelle année et dans quelles circonstances as-tu rencontré ta première femme Martine ? Michael Jones : Elle était musicienne dans les Maps. On avait gardé le contact et voilà. Fleur Delorme : Quand et où a eu lieu le mariage ? Michael Jones : A Caen. Fleur Delorme : Et quand ? Michael Jones : Je ne me rappelle plus. Fleur Delorme : Il faisait froid, il faisait chaud ? Michael Jones : Je ne m'en rappelle plus, franchement, c'est trop vieux. Fleur Delorme : Tu sais, il y a un livret de famille, c'est marqué dessus. Michael Jones : Mais je ne l'ai pas le livret de famille. Elle l'a gardé avec le divorce. Fleur Delorme : Avec les sous [rires]. Etait-ce un grand mariage ou un mariage intime ? Michael Jones : Un mariage familial. Il y avait ma mère et mon frère. Voilà, cela s'arrêtait là de mon côté et il y avait la famille de Martine. Fleur Delorme : Ton père est décédé quand ? Michael Jones : Oh ! Oui, oui, il y avait mon père. Il y avait mes parents et mon frère. Fleur Delorme : Pas les deux ? Michael Jones : Non, juste le grand. Le petit, il n'a pas voulu venir. Fleur Delorme : Ce mariage a donné naissance à Jennifer et Joana. En quelle année sont-elles nées ? Michael Jones : Jennifer en 1977, Joana en 1980. Fleur Delorme : Ton statut de père de famille a-t-il impliqué des changements dans ta vie ? Michael Jones : Non. Je m'occupais d'elles. Je changeais les couches, je faisais à manger. Comme tout le monde. Je participais. Fleur Delorme : Parlons de l'annonce qui t'a conduit à rencontrer Jean-Jacques. Michael Jones : J'étais abonné à un journal anglais qui s'appelait le Melody Maker. Un jour, j'ai feuilleté des annonces, il y avait toujours des groupes qui cherchait un truc. Là, il y avait un groupe français avec contractice qui cherchait un guitariste qui chantait anglais. Donc j'ai fait une audition - ce qu'on appelle un casting aujourd'hui - et c'est moi qui ai été retenu pour remplacer Jean- Jacques. Fleur Delorme : Comment as-tu ressenti cette première rencontre sur le moment avec Jean-Jacques ? Michael Jones : C'était difficile parce que moi je venais d'un monde où on bossait la musique et je me suis trouvé - parce que je n'ai pas rencontré Jean-Jacques tout de suite - avec Khanh et Tai. C'était difficile parce que c'étaient des mélodistes assez exceptionnels mais qui ne connaissaient pas du tout la musique. C'est-à-dire qu'ils ne pouvaient pas m'expliquer, musicalement, ce qu'ils voulaient. Ils ne savaient pas écrire une partition, ils ne savaient rien faire du tout. Je suis tombé dans une espèce de truc où il y avait des mecs avec des idées géniales mais qui ne savaient pas les exprimer en dehors de l'enregistrement. Ils ne pouvaient pas me faire une grille ou écrire une partie ou rien du tout. Fleur Delorme : Tu n'étais pas habitué à ce genre de musique… Michael Jones : Moi, j'étais habitué à travailler vite et à ce que ça aille vite, qu'on apprenne vite et eux, c'était laborieux, comme boulot. Fleur Delorme : Quels étaient les autres membres du Taï Phong ? Michael Jones : J'en ai vu un paquet passer. Je ne me rappelle même plus de tous les noms. Il y avait notamment un des membres qui était guitariste à l'époque et maintenant qui est bassiste qui s'appelait… Avec qui je l'ai vu sur scène dernièrement ? Marc ? Marc quelque chose... Le premier batteur de Jean-Jacques sur son premier album [Clément Bailly] est passé par Taï Phong aussi. Il y en a eu un paquet. Noël Letertre et Jean-Claude Givone ont régulièrement joué avec Taï Phong. Fleur Delorme : Vois-tu encore des membres du groupe Taï Phong ? Michael Jones : J'ai vu dernièrement Khanh. J'ai bossé un peu avec Stéphane. En dehors de Taï Phong, on avait fait pas mal de trucs ensemble. Stéphane Caussarieu. Fleur Delorme : Vous avez fait des trucs genre ? Michael Jones : On faisait des séances, on jouait à droite et à gauche, on a fait pas mal de trucs ensemble. Fleur Delorme : On a parlé de manque d'homogénéité dans le groupe. Vous étiez 7 en 1979, qu'en penses-tu ? Ça faisait pas un peu beaucoup ? Michael Jones : On n'était pas 7 ! Fleur Delorme : Si je te le dis… Michael Jones : Non ! Fleur Delorme : On a trouvé sur le site de Taï Phong. Françoise Rauzier : Sur le site de Taï… Michael Jones : En 79 ? Mais, je n'y étais déjà plus ! [rires] Fleur Delorme : 79, tu n'y étais pas encore ! Michael Jones : Il y avait, Jean-Jacques, Khan, Stéphane… Fleur Delorme : Il y a des photos où vous êtes 7 dessus. Françoise Rauzier : Ah oui il y a une photo où vous êtes 7. Fleur Delorme : Ah, je te jure, il y a une photo où vous êtes 7 ! Michael Jones : Attends, Jean-Jacques, Khanh, Stéphane, Pascal et moi. On est 5. Fleur Delorme : Il y a deux gugusses en plus ! Michael Jones : Il n'y a pas 7 mecs sur la photo de Taï Phong. C'est pas possible. Sur la photo de l'avion là ? Fleur Delorme : Non, pas sur celle-là. Françoise Rauzier : Non, une photo qui est sur le site de Taï Phong. Michael Jones : Nous on n'y est déjà plus Jean-Jacques et moi. Fleur Delorme : Tu es sur la photo. Ils vous ont appelé pour faire la photo. Je te montrerai la photo. Michael Jones : Peu importe. Fleur Delorme : "Last fly" était donc un titre significatif puisque que c'était le "dernier vol", la fin de Taï Phong. Michael Jones : Oui. C'était la fin. Fleur Delorme : Mais ça a été écrit un peu dans ce sens là ou c'est… ? Michael Jones : Non, c'est parce qu'on s'est rendu compte que quand on cherchait un titre, c'était la fin. On partait tous dans des directions différentes. C'est-à-dire que Jean-Jacques et moi, on a écouté du rock et il y en a qui allait vers le Jazz Rock. Khanh qui est toujours resté dans sa direction musique symphonique, rock symphonique. Fleur Delorme : Il y est encore. Michael Jones : Il y est toujours. D'ailleurs, quand on écoute le dernier album de Taï Phong, c'est qu'il n'a rien trouvé mieux que de trouver un mec qui chante exactement comme Jean-Jacques. Et qui chante beaucoup moins bien en anglais. C'est qu'il est resté… Il n'a jamais pu partir de là. C'est pour ça que le groupe n'évolue pas. Françoise Rauzier : Vous arrivez donc dans le groupe après le succès de "Sister Jane". Est-ce que tu le regrettes ? Michael Jones : Non. [rires] Françoise Rauzier : Tu retiens quoi de positif, de marquant dans la période Taï Phong ? Michael Jones : C'est là où j'ai appris tout ce qui se fait en studio. C'est là où j'ai appris à bosser en studio. Parce qu'avant, on bossait avec des petits, petits moyens. Là, pour la première fois, je me suis retrouvé dans un grand studio professionnel avec un 24 pistes, ce qui était énorme pour l'époque. C'est là où j'ai appris à travailler sérieusement en studio. Fleur Delorme : Et que tu as rencontré Jean-Jacques. Michael Jones : Et oui, j'ai rencontré Jean-Jacques. Françoise Rauzier : A quel moment as-tu ressenti la fin du groupe éminente ? Est-ce que tu l'as sentie venir ? Apparemment oui. Michael Jones : Si tu veux vraiment savoir, à mon avis quand je suis rentré, c'était déjà fini. Il n'y avait déjà plus d'entente. C'était extrêmement difficile de se retrouver tous ensemble. C'était un calvaire. Je me rappelle des répétitions, ce n'était pas une ambiance de groupe du tout. Quand on faisait une chanson de Stéphane, il y avait Stéphane, Pascal et moi, il n'y avait personne d'autre. On bossait tous les trois. Ceux qui ont bossé avec tout le monde, c'est Pascal et moi. Et peut-être Stéphane un peu à la batterie. Mais quand on faisait un morceau de Jean-Jacques, Khanh n'était pas là. Françoise Rauzier : C'est ça alors, le manque d'homogénéité. Michael Jones : Oui il y avait un manque d'homogénéité. On se retrouvait en studio, mais sinon… Quand j'étais avec Did Dob Band, on avait une vraie vie sociale. On sortait ensemble, on buvait des coups ensemble. Mais là ce n'était pas possible, il n'y avait pas de vie sociale avec eux. Fleur Delorme : Oui, mais là, le groupe qui s'était formé, c'était une bande de copains. Michael Jones : Non, c'était pas une bande de copains. Fleur Delorme : Je te parle de l'ancien groupe. Michael Jones : Oui, c'est ça, un vrai groupe. Taï Phong n'était pas un vrai groupe. C'étaient des musiciens qui se sont mis ensemble pour faire de la musique. Fleur Delorme : Il y avait des auditions, mais après, ça peut ne pas coller. Michael Jones : Genesis, c'est pareil. Phil Collins est rentré dans Genesis par une audition. De toute façon, il n'y a pas de secret. Quand tu vois un groupe comme Téléphone, c'était un vrai groupe, parce qu'ils ont grandi ensemble. Tu vois Kyo, ce sont des mecs qui ont grandi ensemble. Ce sont de vrais groupes. Mais Taï Phong, ce n'était pas un vrai groupe, ce sont des mecs qui se sont mis ensemble pour faire de la musique. Ce sont des groupes qui ne durent jamais. Fleur Delorme : Peux-tu nous citer ton parcours musical d'après Taï Phong jusqu'à la première tournée avec Jean-Jacques ? Michael Jones : Le producteur de Taï Phong s'appelait Jean Mareska. Il m'a demandé si je voulais bien aller jouer avec un groupe de Toulouse qui s'appelait Week-end millionnaire. Donc j'ai fait Week-end millionnaire. Je suis resté avec eux un bout de temps. On a fait quelques tournées, un disque. Quand ils ont commencé à faire le troisième album, musicalement, ça ne me plaisait pas. Je me rappelle d'une séance où j'ai dit, "moi, je ne peux pas bosser dans cette direction. Ce n'est pas ma musique. Je m'en vais". Je suis parti et là, avec Lance Dixon et Jean-François Gautier, on a monté le groupe Gulfstream. On a sorti un titre qui était produit par William Sheller. C'était ma vraie première rencontre avec le show-bizz parisien. Je me suis rendu compte que ce n'était pas mon milieu. J'étais très mal à l'aise avec ces gens-là. J'ai tout laissé tomber du jour au lendemain. Je suis reparti en Normandie et c'est là où je suis entré dans le groupe Buddy C. Il y avait Michel Cousin à la batterie, Jojo [Joël Lecanu]à la basse, Philippe Reverseau à la guitare, et le pianiste s'appelait Noël Letertre, avec qui j'avais joué avec Hubert Travert et Taï Phong, et qui était chez Buddy C à ce moment-là. Noël a quitté Buddy C pour faire le tour du monde avec un groupe de cabaret, et je l'ai remplacé. Quand je suis rentré dans Buddy C., je leur ai tellement mis la pression qu'on est devenu le groupe vedette local. Demande à Michel, il te le dira ! En Normandie, personne ne pouvait rivaliser avec nous. On était les rois du pétrole ! Et donc, en 1983, Jean-Jacques m'appelle pour faire une tournée avec lui. On a cherché un remplaçant et c'est le frère de Noël qui est venu me remplacer - et ça n'a pas marché. Pendant quinze jours, j'ai fait la tournée avec Jean-Jacques - à l'époque où il y avait Manu Katché, Kamil Rustam, Jean-Yves d'Angelo, Guy Delacroix, Didier Makaga et Pinpin - et à la fin de la tournée, Jean-Jacques a viré tout le monde sauf Pinpin et moi, et il m'a demandé de monter un groupe. Et comme je savais qu'avec Jean-François et avec Lance Dixon, on avait déjà un bon truc, je les ai appelés, on a cherché un bassiste et on a trouvé Claude Le Péron. On n'a pas trouvé de bon pianiste, on a pris ce qu'on pouvait à l'époque. Phillipe Grandvoinet et Jacky sont venus après. Mais l'ossature de base, on l'avait, à ce moment-là. Les premières répétitions ont eu lieu chez moi en Normandie avec le matériel de Buddy C, et là, j'ai quitté Buddy C et c'est Jean-Claude Givone qui m'a remplacé à la guitare et au clavier (pourtant, il est batteur) et au chant. Fleur Delorme : Ça s'est arrêté là et toi, après, tu as fait Jean- Jacques... Michael Jones : Et après, je suis parti sur la route avec Jean- Jacques. Voilà. Fleur Delorme : Ça s'arrête là, c'est bon. Michael Jones : C'était pas mal, non ? |