ITW Michael Jones on the web
Propos recueillis et retranscrits par Ludovic Lorenzi en exclusivité pour "Michael Jones on the web"



Ludovic Lorenzi : Le questionnaire est en deux parties. La première partie sera sur le passé avant 1983 et la deuxième partie sera sur l'actualité depuis 1999. On commence en 1971, date de votre arrivée en France, et là, c'est la rencontre déterminante puisque c'est Hubert Travert. Alors, comment l'avez-vous rencontré ?

Michael Jones : En fait, je l'ai rencontré pendant les vacances 71. Ça doit être juillet-août, je ne me rappelle plus exactement... Juillet, je crois. J'étais avec mes parents en vacances et je m'ennuyais gravement. J'ai rencontré ces musiciens dans le village où j'étais en vacances. On a sympathisé, j'ai fait le bœuf avec eux. Après, j'ai passé toutes mes vacances avec eux. Et à la fin de mes vacances, je suis rentré chez moi et ils m'ont dit, "Ecoute, l'année prochaine, si tu veux, nous on veut prendre un autre musicien avec nous. Viens jouer avec nous". Je suis revenu le 13 novembre 1971 - vendredi 13 novembre - pour faire une année sabbatique. Parce que je venais de terminer mes études et je me suis dis "Tiens, je vais faire de la musique pendant un an pour me marrer". Et je ne suis jamais rentré.


Ludovic Lorenzi : Donc, finalement, vous êtes resté cinq ans avec eux. Qu'est-ce que vous pensez de Hubert Travert, personnellement ?

Michael Jones : C'est un mec qui a énormément de talent, qui est extrêmement doué et qui n'a jamais pris la musique au sérieux. C'est-à-dire que la musique pour lui, c'est le fun. C'est s'amuser, donc, comme il ne l'a jamais priss au sérieux, il n'a jamais étudié à fond aucun instrument. Il ne joue que sur son talent. C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui est très talentueux, et donc, il prend n'importe quel instrument et il en joue, plus ou moins. Mais il n'a jamais pris la peine de l'étudier.


Ludovic Lorenzi : Qu'est ce que ça vous a fait de le retrouver pour ses soixante ans ?

Michael Jones : C'était bien de les retrouver tous, c'était génial. Il en manquait un, qui est mort il y a quelques années. On s'est retrouvé il y a pas très longtemps, on a rejoué ensemble il y a un mois. Donc, on le fait régulièrement maintenant.


Ludovic Lorenzi : Justement, les concerts actuels, qui ont eu lieu avec Hubert Travert... Les chansons étaient en majorité des reprises. On a notamment des reprises des Beatles, on a des classiques comme "Heartbreak hotel"... Est-ce que c'était déjà le répertoire de l'époque ?

Michael Jones : C'était le répertoire de l'époque. Et nous, il fallait qu'on ait un spectacle avec le moins de répétitions possibles, pour les concerts que l'on fait maintenant. On n'a repris que des trucs qu'on faisait à l'époque. C'était vraiment un flash-back de ce qu'on faisait à cette époque-là.


Ludovic Lorenzi : Sinon, il y a deux chansons originales qui s'appelaient "Charter sous la mer" et "World's going mad". C'était un 45 tours que vous aviez enregistré à l'époque. Pourquoi vous n'avez pas fait plus de disques ?

Michael Jones : Pas le temps, pas la volonté de le faire... Je ne sais pas... On avait fait ça... C'est une expérience encore pour le fun. On a fait le disque, après, Yves qui était le guitariste-chanteur du groupe, avec moi, a pété un peu les plombs, donc... Voilà.


Ludovic Lorenzi : Vous étiez beaucoup pris par vos tournées ? Vous viviez essentiellement de ça ?

Michael Jones : Ha, oui, oui, bien sûr. On bossait beaucoup. On tournait beaucoup.


Ludovic Lorenzi : Par la suite, au bout de cinq ans, vous avez rejoint Taï Phong. Alors, est-ce que ça allait moins bien avec Hubert Travert ou vous recherchiez de nouvelles expériences ? Ou est-ce que c'était une opportunité ?

Michael Jones : On continuait avec Hubert pendant l'époque Taï Phong. Il y a le clavier d'Hubert Travert, Noël, qui était venu aussi. Mais il n'a pas du tout aimé l'esprit et il est reparti. Moi, je faisais les deux en même temps pendant un moment. Je continuais avec Hubert pour gagner ma vie et je faisais Taï Phong en semaine. On ne faisait que des disques de toute façon, avec Tai Phong. On a fait trois dates. C'est tout. On n'a jamais fait de scène. Donc, je faisais de la scène avec Hubert Travert et je faisais les disques avec Taï Phong.


Ludovic Lorenzi : Pour en revenir à Taï Phong, quel souvenir gardez-vous de cette période ?


Michael Jones : Très instructive. C'étaient vraiment les premières expériences dans les grands studios professionnels. Le disque avec Hubert, on l'avait fait avec un petit huit pistes. Et là, on se retrouvait avec des gros 24 pistes, avec vraiment les conditions possibles pour travailler. C'est là où j'ai appris comment on fait les arrangements, comment on fait la structure d'une chanson, etc.


Ludovic Lorenzi : Avant de revenir sur les disques, je voudrais juste poser une question. Ce n'était pas trop dur, vocalement, de remplacer Jean- Jacques Goldman qui chantait quand même très haut à l'époque ? Je parle des concerts.

Michael Jones : On a à peu près la même tessiture. Jean-Jacques chantait un tout petit peu plus haut que moi mais pas beaucoup. "Sister Jane", j'arrivais à le faire sans problème. Non, non, non, ce n'était pas très très difficile.


Ludovic Lorenzi : Sur trois concerts, on ne peut peut-être pas juger.

Michael Jones : Non, mais même, on a pratiquement la même tessiture, Jean- Jacques et moi. Ça se sent un peu moins parce que Jean-Jacques a une pointe d'aigu, plus dans la voix même. Mais au niveau des notes, ce sont les mêmes.


Ludovic Lorenzi : En ce qui concerne les disques, le premier sur lequel vous avez posé votre voix, c'était celui-là. La face B d'un titre qui s'appelle "Back again", la chanson s'appelle "Cherry". Comment se fait- il que Khanh, qui avait écrit la chanson, vous l'ait proposé ? Comment se fait-il que vous l'ayez chanté, en fait ?

Michael Jones : C'était une idée de Jean Mareska, parce qu'il trouvait que nos deux voix se mariaient bien. Cette fameuse chanson est le premier duo entre Jean-Jacques Goldman et moi.


Ludovic Lorenzi : Au début, il était question que vous remplaciez simplement Jean-Jacques pour la scène. Est-ce que c'était prévu dès le départ que vous soyez là pour les disques ? Ou est-ce que ce sont les circonstances qui ont fait que, justement, quelques musiciens étaient partis...

Michael Jones : Non, moi j'étais entré dans le groupe pour remplacer Jean- Jacques sur scène, mais pour rester dans le groupe quand même. Et, il se trouve qu'au moment où on a enregistré le troisième album, Taï est parti. Mais il était là à l'époque du single. Et il est parti entre le single et l'album, donc je l'ai remplacé à la basse. C'était parce qu'il fallait que quelqu'un joue de la basse et c'est moi qui ai joué.


Ludovic Lorenzi : On dit que c'est avec ce 45 tours là, le jour où vous vous êtes réunis que vous avez rencontré Jean-Jacques pour la première fois. C'est vrai ?

Michael Jones : Oui. On s'était réuni pour écouter des chansons. J'en avais proposé moi aussi. Et c'est là où Jean-Jacques a dit qu'il voulait chanter "Cherry" avec moi.


Ludovic Lorenzi : Toujours en ce qui concerne Taï Phong, quand vous dites que l'ambiance musicale était catastrophique à l'époque, qu'est-ce que vous voulez dire ?

Michael Jones : Pas au début. Elle était catastrophique à la fin. Parce qu'on partait tous dans des directions différentes. Sauf Jean-Jacques et moi qui étions... Je me souviens qu'à la fin, Jean-Jacques et moi, on écoutait AC/DC, et Khanh et Taï, eux, ils écoutaient Pink Floyd, Genesis, tout ça. Nous, on était restés dans le rock, le blues.


Ludovic Lorenzi : Taï Phong s'est reformé il n'y a pas longtemps. Ils ont ressorti un disque, un nouvel album. Est-ce que vous l'avez écouté ?

Michael Jones : Non.


Ludovic Lorenzi : Non ? Il paraît que Stéphane Caussarieu vous avait proposé de venir chanter sur l'album. C'est vrai ?

Michael Jones : Stéphane m'a appelé. Il m'avait demandé si je voulais chanter sur une chanson qu'ils m'ont fait écouter mais... Je trouvais que ça ne servait à rien. C'est Khanh qui la chantait, je trouvais que c'était très bien avec la voix de Khanh. Je ne voyais pas ce que j'allais faire dedans qui apporterait quoi que ce soit de bien. Je trouvais que c'était...


Ludovic Lorenzi : … Pas nécessaire ?

Michael Jones : Je ne suis pas trop pour faire marche arrière dans des projets musicaux. Ce n'est plus ma musique. Je ne fais plus ce genre de musique.


Ludovic Lorenzi : Revenons en 79. 1979, donc, vous enregistrez "Last flight" avec Taï Phong, mais aussi un album avec Week-end millionnaire qui s'appelle "French music par excellence". Donc, là, une autre rencontre : Jean-François Gauthier, Lance Dixon. Combien de temps est-ce que vous êtes restés avec Week-end millionnaire ?

Michael Jones : Deux ans, je crois. A peu près... J'ai quitté le groupe à l'enregistrement du deuxième album. Parce qu'Alain Thomas, celui qui est au milieu, sur la pochette de l'album, voulait absolument que je joue d'une certaine façon... En fait, il voulait que je joue comme lui mais en mieux. Et je n'avais pas envie de jouer comme ça. Et en plus, je n'aimais pas du tout la direction que prenait le groupe, musicalement, et donc, un jour, en pleine séance, j'ai dit "Ecoutez, les mecs, je peux pas faire cette musique-là, je n'ai pas envie, je m'en vais..." Et je suis parti.


Ludovic Lorenzi : Vous faisiez les tournées avec eux aussi ?

Michael Jones : Oui, j'ai fait pas mal de dates avec eux.


Ludovic Lorenzi : Pendant le même période, il y a eu d'autres expériences. Je ne sais pas s'il y a beaucoup de gens qui connaissent ça : Claude Ogiz, toujours avec Lance Dixon et Jean-François Gauthier. Il y a Claude Ogiz qui est l'auteur, qui a écrit les textes, les musiques. Aux arrangements, il y a Lance Dixon, aussi aux claviers et au saxophone. Vous, vous êtes aux guitares et aux banjos. A la basse, on a quelqu'un qui s'appelle Michel Valy. A la batterie, Jean-François Gauthier. Est-ce que vous pouvez nous parler de Claude Ogiz ? L'album s'appelle "Les banlieues de l'univers". C'était en quelle année et comment ?

Michael Jones : En fait, Claude Ogiz était un ami de Jean-François Gauthier, puisqu'ils habitaient tous les deux dans le Périgord. Et il avait ce projet, donc, il nous a invités chez lui pour écouter la musique, et il nous a demandé de faire les arrangements. On l'a fait plutôt par sympathie pour le personnage qu'autre chose, parce que les chansons, ce n'était pas vraiment notre style. Mais l'expérience était rigolote, et Michel Valy était le bassiste d'Alan Stivell, à l'époque.


Ludovic Lorenzi : Claude Ogiz, c'était en quelle année ?

Michael Jones : [hésitation] Ça doit être soixante... non, c'est les années quatre-vingt. 79, 80, je ne sais plus exactement.


Ludovic Lorenzi : Ensuite, toujours avec les mêmes personnes... On va parler de Gulfstream. Vous en parlez souvent comme une mauvaise expérience. Il n'y a pas eu de suite au premier disque. C'était un album ou un single ?

Michael Jones : C'était un single, produit par William Sheller. On est tombés sur des producteurs qui étaient très showbizz. Ils voulaient nous coiffer, nous habiller... Et nous, on n'était pas d'accord. Ils m'ont dégoûté. Ils m'ont dégoûté de tout. Et c'est là où j'ai dit "J'arrête tout, je m'en vais". Je n'en pouvais plus.


Ludovic Lorenzi : Par la suite, vous êtes allé avec Jean-Jacques. Est-ce qu'il vous a appelé longtemps après Gulfstream ou est-ce que ça s'est enchaîné ?

Michael Jones : Jean-Jacques et moi, on avait gardé le contact. On se faisait écouter chacun nos trucs. Je me rappelle que Jean-Jacques m'avait rappelé quand il a entendu le disque de Gulfstream. Il m'a appelé pour me féliciter. Et moi, j'en avais tellement marre de tout, je ne l'ai même pas rappelé. J'étais dégoûté complètement, je ne voulais plus avoir de contact avec qui que ce soit. Après, je l'ai rappelé pour m'excuser. Je lui ai dit que j'étais mal, que je n'étais pas bien, que je n'avais pas envie d'en parler... On a gardé le contact, on se voyait pour bouffer, pour se faire écouter ce qu'on faisait. Il m'a rappelé en 83 pour que j'aille jouer avec lui.


Ludovic Lorenzi : La suite, on la connaît. Donc, on va sauter jusqu'en 1999. L'actualité... Je dirais "l'après Goldman"... ou plutôt "l'entre- deux Goldman", puisque bientôt vous allez repartir. Parlons des tournées de 1999 à maintenant. J'ai vu qu'il y avait eu beaucoup de dates. Est-ce que vous n'envisager pas la sortie ou l'édition d'un disque live ?

Michael Jones : Je l'envisageais pendant un moment mais je n'ai jamais trouvé la salle qui était propice à ça. Donc, tant pis. Là, je pars sur un autre projet d'album d'abord, et on fera peut-être un live après.


Ludovic Lorenzi : Parlons justement de ce prochain album. Comment se présente-t-il, ce prochain album ?

Michael Jones : Hé bien, le prochain album... J'ai les chansons. Il ne me reste plus qu'à les enregistrer. Il y aura pas mal de duos.


Ludovic Lorenzi : Et avec qui travaillez-vous en particulier ?

Michael Jones : C'est-à-dire... pour les duos ?


Ludovic Lorenzi : Sur l'album, quelle équipe ?

Michael Jones : Pour le moment, tout seul. Après, je verrai, suivant les morceaux, qui je vais prendre pour les enregistrer. Pour le moment, je travaille tout seul.

Ludovic Lorenzi : En ce qui concerne les auteurs-compositeurs, qui sont- ils ?

Michael Jones : Il y a Murray Head, Jean-Jacques Goldman, Gildas Arzel, Jacky Mascarel, moi-même... Comme auteur, il y a Frédéric Kocourek. Pour le moment, c'est tout.


Ludovic Lorenzi : Et Jimmy Kapler ?

Michael Jones : Non. Robert ne m'a rien proposé qui m'ait plu.


Ludovic Lorenzi : En ce qui concerne Jean-Marie Bigard. Il vous a demandé de réaliser son tube de l'été "La la la". Dans quelles circonstances cela s'est-il fait ?

Michael Jones : Jean-Marie m'a demandé de venir le voir en spectacle. Il me dit "Michael, viens écouter ça. Qu'est-que tu en penses ? J'ai envie de le faire en gag en français". Donc, je dis, "Oui, je trouve le titre super". Sauf que je ne me sentais pas capable de le faire seul parce que je suis pas très dance. Ce n'est pas vraiment ma musique, donc j'ai embringué deux amis dedans : Jean-Louis Pujade et Mario, du groupe Images, et on l'a fait dans leur studio à Toulouse. En fait, ce sont surtout eux qui ont fait la réalisation.


Ludovic Lorenzi : Il y a aussi une jeune fille que vous avez essayé de produire, qui s'appelle Audrey Sara. Qu'en est-il maintenant du projet ?

Michael Jones : Le projet ? Moi, j'ai laissé tomber parce que ça prenait une direction que je n'aimais plus. Il y avait une équipe qui, déjà, marchait très bien, donc je me suis effacé. Je n'avais plus envie d'aller dans cette direction, et voilà. C'est tout.


Ludovic Lorenzi : Dans le travail récent, on note aussi une participation au dernier album de Liane Foly. Est-ce que vous pouvez nous en toucher un mot ?

Michael Jones : C'est Liane qui m'a appelé. Elle me dit "Salut Michael, je veux que tu viennes jouer sur un titre sur mon album". J'ai demandé d'abord qu'elle m'envoie le titre, et en écoutant le titre, j'ai dit "Il me semble que l'instrument qui serait bien là dedans, ce serait un instrument à cordes doublées". En fait, j'ai joué du Bouzouki. J'avais amené aussi une guitare électrique, au cas où... Et finalement, ils m'ont demandé de faire une guitare électrique sur un autre titre. Voilà, j'ai joué sur deux titres. Liane, je la connaissais depuis longtemps, puisque je l'ai connue quand elle était à Lyon. Elle m'avais demandé de travailler avec elle sur des textes. Donc, je suis allé à Londres et on a bossé pas mal de temps sur des chansons. J'en fais encore, là. Mais je ne fais que des adaptations. J'ai co-écrit quatre titres avec elle, pour son album. Et les autres, je fais des adaptations de titres qu'elle a déjà faits, qui étaient ses textes et deux textes de Maxime Le Forestier.


Ludovic Lorenzi : On va rester dans les textes. Il y a une chanson de Natacha St-Pier qui a représenté l'Eurovision. Est-ce qu'il vous semblait logique qu'on vous demande de faire l'adaptation en anglais ? En fait, vous ne l'avez pas faite seul. Vous l'avez faite avec Robert Goldman.

Michael Jones : Robert m'a envoyé la chanson. Il m'a dit "Je veux un texte en anglais". Donc, j'ai fait un texte en anglais. Et après, Robert m'a appelé en disant "On peut pas plutôt dire ci, on peut pas plutôt dire ça..." En fait, à la fin, la seule partie qui restait que j'avais écrite, c'est le dernier couplet. Tout le reste, il a changé, parce qu'il voulait que ça soit comme ça. Moi, ça ne me plaisait pas trop, mais bon, c'est comme ça.


Ludovic Lorenzi : Le 11 juin 2001, a eu lieu le concert "Autour du blues". Comment est-ce que vous en êtes arrivé à co-organiser ce concert avec Denys Lable et comment s'est fait le choix des invités ?

Michael Jones : En fait, je n'ai pas co-organisé avec Denys Lable. L'organisation a été faite par Eric Basset. Et Denys Lable et moi-même, nous nous sommes occupés du côté artistique. J'ai beaucoup moins travaillé que Denys. Denys a fait un boulot énorme. D'ailleurs, c'est lui qui a pratiquement fait tout le boulot à la fin, au niveau du mix et tout ça... Moi, je suis venu un jour faire un peu le ménage, parce que j'ai pris des décisions qu'il n'osait pas prendre. Sinon, c'est vraiment essentiellement le boulot de Denys.


Ludovic Lorenzi : Et comment s'est fait le choix des invités ?

Michael Jones : On s'est fait une liste... tous. Parce qu'on était plusieurs aux réunions. Il y avait aussi Michel Haumont. On a essayé de n'oublier personne. Ceux qu'on a pu contacter et qui ont accepté étaient là. Il y en a d'autres qu'on a contacté mais qui ne pouvaient pas venir.


Ludovic Lorenzi : Bertignac était prévu au départ, non ?

Michael Jones : Oui, il y avait Bertignac. Il y avait d'autres personnes que j'aurais aimé avoir... Comment il s'appelle, le guitariste de Bill Deraime... Son nom m'échappe. Il y a plusieurs autres personnes qu'on aurait aimé avoir mais... Ce sont les gens qui ont accepté.


Ludovic Lorenzi : Pour rester dans les concerts, a eu lieu à Douvres-la- Délivrande dans le Calvados, le 20 juillet dernier, un concert dans le cadre d'un soutien et d'un parrainage autour de la chanson francophone. Pourquoi avoir soutenu cette action ?

Michael Jones : J'ai travaillé pendant sept ans dans une école de musique et je sais que les gens rament. Là, c'est une école intercommunale qui fait vraiment beaucoup d'efforts pour promouvoir la musique et pour aider les jeunes. Ils travaillaient dans des locaux vraiment impossibles. C'est une école de musique qui n'est absolument pas sectaire. Il y a de tout : du classique, de la variété, du jazz... Ils voulaient trouver les fonds pour pouvoir inciter la mairie à participer. C'était surtout ça le but, parce que nous, on a fait ce concert, on a fait 150 000 francs de bénéfices. Ce qui a permis de dire "Bon, nous, on a ça. Qu'est-ce que vous nous apportez ?" Et c'était surtout pour forcer la main aux municipalités pour qu'elles mettent un petit peu la main dans le tiroir caisse pour qu'on commence à construire la première partie de cette nouvelle école. Leurs locaux, c'étaient les anciens préfabriqués d'après la guerre, des trucs horribles... avec un chauffage dangereux, ça peut prendre feu à n'importe que moment. C'est terrible.


Ludovic Lorenzi : Est-ce que vous pensez qu'avec ce genre d'association, on peut aboutir un jour à la création d'enseignement de la chanson dans les écoles, voire la création d'écoles elles-mêmes ?

Michael Jones : Non. Le problème, c'est que les écoles sont un circuit fermé. C'est-à-dire que les écoles de musique sont des écoles privées, souvent subventionnées par les mairies ou des trucs comme ça... Mais dans les écoles, c'est l'enseignement publique qui décide, c'est-à-dire le rectorat. Ça ne les intéresse pas d'avoir des gens qui ne sont pas diplômés d'État. Il ne suffit pas d'avoir un prix de conservatoire, il faut aussi avoir au moins un diplôme de professeur des écoles. Il y en a très très peu qui font de la musique. Donc ce sont des profs qui font de la musique comme passe-temps, qui enseignent la musique. Il n'y aura jamais, dans ces conditions-là, de la musique à l'école.


Ludovic Lorenzi : Donc, il faudrait, avant, créer un diplôme de variété française, en fait ?

Michael Jones : Non, il faudrait d'abord permettre aux professionnels de la musique de venir enseigner dans les écoles. Et pas les professeurs qui ont appris à apprendre l'histoire-géo, les maths ou un truc comme ça, et qui, par hasard, connaissent un peu la musique. Ça, c'est ridicule.


Ludovic Lorenzi : Est-ce que vous êtes de ceux qui pensent que la chanson francophone a besoin de nouveaux artistes, en ce moment ?

Michael Jones : Il n'y a pas de nouveaux artistes. Oui, bien sûr. Pas la chanson francophone, la chanson en générale. Il est vrai qu'en France, il y a très très peu d'artistes qui sont apparus depuis l'avènement 81 où il y a eu les débuts des radios libres, où il y a eu une espèce de boum musical monstrueux en France. C'est parce que, tout à coup, on s'est rendu compte qu'il se passait un tas de trucs ailleurs. Et dès que les radios sont devenues des radios commerciales, on a perdu cet atout qui était... des vrais radios libres qui avaient une liberté de choix, qui sont devenues des radios commerciales avec la course aux auditeurs. D'où la création des réseaux, etc... parce que c'était les plus forts qui emportaient et qui ramassaient le plus de pub. Ils sont tombés dans le même panneau que les grandes périphériques style RTL, Europe 1. Et maintenant, il n'y a plus de radio qui passe des nouveautés, ou il y a les spécialisés qui passent leur musique. Il n'y a pas de vrai radio, aujourd'hui, à vocation promotion de nouveaux artistes. RFM a essayé pendant un moment... Et voilà, c'est comme ça. Les nouveaux artistes, il y en a plein mais il n'ont pas de airplay. On entend très peu de gens comme Sinclair ou M... qui sont vraiment de la nouvelle génération. De Palmas a eu un coup de pot monstrueux. Son premier album est passé, son deuxième album est passé totalement inaperçu. Et là, il revient avec un album qui cartonne. Tant mieux. Il y a énormément de jeunes artistes qui ont un potentiel énorme. Je pense à des gens comme Laam, etc... Mais on ne les entend pas beaucoup.