ITW Michael Jones on the web
Retranscription de Joanna Shore et de Jean-Michel Fontaine



Joanna Shore : Pendant les premières tournées de Jean-Jacques, c'est- à-dire de 83 à 88, vous chantiez toujours une chanson personnelle. Est-ce que vous avez envisagé de répéter cette tradition pendant les dernières tournées ?

Michael Jones : Non, parce que à partir de FGJ, c'était devenu un trio, donc je chantais autant que Jean-Jacques, et à partir d'en Passant, je faisais toujours beaucoup de chansons avec Jean-Jacques, donc il n'y avait pas lieu à faire les chansons à moi. Le choix est tellement difficile, parce qu'il y a trop de répertoire maintenant, on ne peut pas rajouter une autre chanson en plus, c'est très difficile.


Joanna Shore : Et s'il y avait une chanson à toi, tu aurais une idée laquelle chanter ?

Michael Jones : Ça dépend. Il faudrait qu'il soit quelque chose qui rentre dans la lignée du spectacle. Là, il n'y avait pas de possibilité parce qu'il y avait déjà trop de chansons. On était obligés déjà d'éliminer des chansons de Jean-Jacques.


Joanna Shore : C'est donc pour ça qu'on n'a pas pu entendre "The Quo's in town tonite", "Les petits chapeaux...".

Michael Jones : Oui, "Les petits chapeaux" était très difficile parce qu'il aurait fallu une section de cuivres qu'on n'avait pas. On a failli faire "The Quo's in town tonite", mais il y avait besoin d'une chanson pour la scène qui se lève, et "Envole-moi" était beaucoup plus propice.


Joanna Shore : Alors l'idée de monter la scène est venue avant...

Michael Jones : Ah oui, bien sûr, oui oui.


Joanna Shore : C'était l'idée de Jean-Jacques...

Michael Jones : Oui.


Joanna Shore : A propos d'un hommage à Carole, est-ce que toi ou Jean- Jacques auraient l'idée éventuellement de composer une chanson pour Carole ?

Michael Jones : C'est en train de se faire, mais c'est ni Jean-Jacques ni moi qui faisons la chanson, c'est Jacques Veneruso. Je vais la chanter avec Jean-Jacques et Laam.


Joanna Shore : Donc ce serait éventuellement sur l'album de...

Michael Jones : Ce sera une chanson qui va sortir là, je ne sais pas quand...


Joanna Shore : Et quand tu chantes les paroles de Carole, dans "Nuit", en remplaçant les "I" par "she", est-ce que tu veux donner un nouveau sens à la chanson, ou juste simplement...

Michael Jones : D'abord, c'est moi qui avais le droit de les changer parce que c'est moi qui les ai écrites. Il fallait absolument que ce soit en troisième personne pour deux raisons : parce que c'est Carole qui avait chanté la version originale, et puis normalement, c'est une femme qui doit chanter ces textes, donc si je les avait chantées à la première personne, ça faisait un peu tendancieux, donc, ce n'était pas possible.


Joanna Shore : Pendant la tournée "En passant", la chanson du même nom était supprimée... Comment a-t-elle trouvé sa place dans cette tournée ? Pourquoi a-t-elle marché cette fois-ci ?

Michael Jones : Elle n'a pas trouvé sa place sur la tournée précédente parce qu'on n'a pas trouvé un endroit où ça passait bien. On avait répété, on avait fait la chanson, et chaque fois ça cassait le rythme. Mais là, avec la transition de la grande scène à la petite scène, elle a trouvé sa place.


Joanna Shore : Quand moi je l'ai entendue (lors de la tournée Ensemble), c'était difficile d'imaginer que ça n'aurait pas pu trouver sa place, c'était tellement parfait...

Michael Jones : Sur le début de la tournée "En passant", on la jouait, à chaque fois ça a cassé le spectacle.


Joanna Shore : Je n'avais pas la chance d'être là quand vous l'avez chantée pendant la précédente tournée...

Michael Jones : On ne l'a faite qu'à la Réunion, on ne l'a pas faite en France. La plupart des chansons d'ailleurs, les chansons sur cette dernière tournée qu'on a éliminées, on les a éliminées après la Réunion.


Joanna Shore : A propos d'Ensemble, quand on est musicien, comment peut-on ne pas rater un canon ?

Michael Jones : La seule solution, c'est de l'apprendre par coeur, et ne pas écouter les autres. Quand on fait un canon comme ça, il faut dire que moi je pars à tel moment, et on fait comme si le texte était comme ça, et on n'écoute pas les autres. Voilà. Par contre, il ne faut pas trop regarder les gens non plus, parce qu'eux ils chantent souvent la voix de quelqu'un d'autre. Ça, c'est très difficile. Mais bon, j'avais des mots clés sur les parties musicales. Par rapport à ce que je jouais, je savais quel mot il fallait que je chante.


Joanna Shore : D'où est venue l'idée des répétitions ?

Michael Jones : C'est Jean-Jacques qui a eu l'idée. Je ne sais pas s'il avait déjà vu ça dans un spectacle, mais en tout cas, il avait décidé de faire ça. Je ne sais pas d'où ça vient.


Joanna Shore : Pour "Petite fille" et les vieilles chansons que vous avez jouées, comment et pourquoi les avez-vous choisies ?

Michael Jones : On essaie toujours d'en faire quelques unes dans un spectacle, et là, "Petite fille", pour recommencer la partie électrique, était bien. C'est un choix de Jean-Jacques, c'est Jean- Jacques qui, avant les répétitions pour le spectacle, choisit une liste de chansons, et "Petite fille" était dedans. Après, il fallait trouver l'ordre. Il avait envie de refaire cette chanson, tout simplement.


Joanna Shore : Et pour "Né en 17", vous l'avez chantée en duo, et à l'origine c'était une chanson chantée à trois. Est-ce que tu penses que toutes les chansons qui étaient avant chantées à trois pourraient être chantées à deux ? Ou est-ce qu'il y a des chansons qui sont faites pour être chantée à trois ?

Michael Jones : En fait, il n'y avait pas tant de chansons que ça chantées à trois. Il y avait beaucoup de duos. "Né en 17" était une des chansons chantées à trois mais il n'y en avait pas beaucoup. Par exemple, "A nos actes manqués", c'était Jean-Jacques et moi... "Nuit", c'était Carole et Jean-Jacques. "Il part", c'était Carole. Il y avait très peu de chansons qu'on a chantées à trois. Là, c'est pareil, c'était difficile... Il n'y avait que Jean-Jacques qui pouvait chanter la voix de Carole sur "Né en 17", parce que c'est lui qui l'avait écrite.


Denis : A un moment, dans "Né en 17", Jean-Jacques dit, "Rien ne sera jamais comme avant", on dirait qu'il s'adresse à Carole...

Michael Jones : Oui oui, toutes les chansons qu'on a faites, où avant il y avait Carole, il fallait qu'il y ait quelque chose qui amène l'hommage, quand même.


Joanna : Je me souviens que, lors de la sortie de l'album "Pluriel", et le single "Peurs", Jean-Jacques avait dit dans une interview que c'était une chanson qu'il fallait chanter à trois. Pour moi ça aurait pu être un duo aussi...

Michael Jones : Plus difficilement. Par contre, elle pourrait être chantée par une seule personne. Mais le problème, c'est que c'est une conversation. A deux, je ne suis pas sur que ça le fait... Il faut que ce soit une seule personne qui la chante, ou que ce soit très large. Ça pourrait être chantée par trois, ou quatre, ou cinq personnes. Mais bon, je ne pense pas qu'on la refera...


Joanna Shore : Une tournée aux Antilles est prévue ?

Michael Jones : Non. On s'est rendu compte déjà la dernière fois qu'on ne fait pas leur musique. On peut aller à la Réunion parce qu'ils écoutent de la chanson française. Aux Antilles, ils ont leur propre musique qu'ils écoutent, et nous quand on vient, de toute façon, il n'y a que des métros qui viennent nous voir. Il y a très très peu d'Antillais qui viennent nous voir, ce n'est pas leur musique.


Denis : C'est un concert spécial pour les Français qui vivent sur place.

Michael Jones : Plus ou moins... On s'est rendu compte en allant là- bas que, de toute façon, on ne faisait la musique que pour les Français qui habitaient là-bas, mais pas pour les Antillais. A la Réunion, ce n'est pas le cas. A la Réunion, les Réunionnais viennent nous voir. Mais bon, se déplacer la-bas, pour faire un concert pour les Français, autant être en France.


Denis : Ça pourrait être pour ceux qui ne peuvent pas venir en France...

Michael Jones : Non, aller dans ces endroits là, c'est la perte. Ça nous coûte de l'argent, même si ça peut faire passer des bonnes vacances !


Joanna : Quel est ton moment préféré du concert ?

Michael Jones : Je ne pense pas avoir un moment préféré. Le moment le plus émouvant, c'était l'hommage à Carole. Mais je ne pense pas que j'avais un moment préféré, il y avait plein de moments.


Joanna Shore : Moi, ce que je préfère toujours dans les concerts, c'est quand Jean-Jacques change d'intonation par rapport aux versions studio, juste une phrase qui peut être différente... Par exemple, dans "On ira", quand il crie "On cherchera encore", qui sort de la mélodie...

Michael Jones : Ah oui, on le fait souvent, parce que c'est le but du jeu, on n'interprète jamais une chanson comme sur le disque.


Joanna Shore : En quoi consiste le travail de "post-production" pour lequel tu es crédité sur l'album live "Un tour ensemble" ?

Michael Jones : Aucun concert n'est parfait, il y a forcément des problèmes. Par exemple, une batterie ou une guitare qui saturent. Avant, on devait réenregistrer pas mal de choses en studio. Maintenant, grâce à l'informatique, je peux pratiquement tout faire tout seul. Mais parfois aussi, le micro enregistre le son du voisin ! Dans "Né en 17 à Leidenstadt", dans le micro de Christophe Nègre, on entend plus la batterie que la flûte ! Dans ces cas-là, on est obligés de rejouer la piste. Les concerts qui ont servi pour le live ont été enregistrés à Lille. Je n'étais pas d'accord parce que je savais qu'on allait avoir des problèmes de son. La salle de Lille a été mal conçue, on a été obligés de refaire plein de guitares à cause de ça. On devait enregistrer à Toulouse, mais on n'a pas pu à cause de la fermeture du Zénith. On aurait pu enregistrer le live à Toulouse en octobre, quand même : on aurait enregistré 4 jours et on aurait eu plus de choix. En enregistrant quatre mois plus tard qu'à Lille, on aurait eu toutes les nouvelles idées qui se sont ajoutées depuis le début de la tournée, comme l'introduction de "Et l'on n'y peut rien".


Joanna Shore : Il y a cinq ans, tu as décidé de reprendre "Say it ain't so, Joe". Est-ce qu'en général tu es sensible aux suggestions des fans ?

Michael Jones : Oui, bien sûr. D'ailleurs je le fais sur mon album. La chanson sera sur mon album en duo avec Murray Head. Et là je la fais ce soir.


Denis : Au même sujet justement, on avait écrit à Jean-Jacques pour que le CD et DVD soient intégraux. Est-ce que c'est pour ça qu'ils sont intégraux ?

Michael Jones : Pour deux raisons. D'abord oui, moi j'ai reçu, je crois, 150 courriers sur le web où les gens me demandaient que le DVD soit intégral, surtout. Parce que les disques ont toujours été intégraux.


Denis : Non... Parfois ils ont enlevé les parties où il parlait, il y en a un par exemple, "Je me suis réveillé c't'après midi, j'avais très mal dormi".

Michael Jones : Ça dépend, parce qu'il ne fait jamais toujours les mêmes textes tous les soirs. Souvent, c'est un problème de minutage, et donc il faut faire des coupures pour qu'on puisse rentrer tout, et après il faut choisir. Par exemple, sur cette tournée là, on a enlevé très peu. Mais on en a enlevé quand même un petit peu, parce qu'il le fallait. Parce qu'on trouvait que ce n'était pas de très bon goût, que ça ne servait à rien. Par exemple on a coupé le bruit des pas des danseurs dans "Et l'on n'y peut rien", parce qu'avoir deux minutes de bruit de pas sans voir les danseurs, ça ne sert à rien. Denis : Sur le DVD ce sera ? Michael Jones : Sur le DVD ce sera. Le DVD sera intégral.


Joanna Shore : Pareil pour "Les choses". Apparemment, avant il ne voulait pas chanter "Les choses" en concert... Et les fans ont envoyé une sorte de "pétition".

Michael Jones : Elle a toujours été prévue. Il se trouve que quand on a commencé les répétitions, "Les choses" n'était pas encore écrite. C'est la dernière chanson qu'il a faite. C'est tout. On l'a rajoutée en cours de route. Mais non, elle a toujours été prévue. Ce n'est pas une chanson qu'on a rajoutée à la dernière minute. C'est "Envole moi" qu'on a rajoutée à la dernière minute.


Joanna Shore : Quand vous faites des adaptations de chansons en anglais, est-ce que vous les faites dans le but de les exporter ?

Michael Jones : Les versions existent en anglais. On a fait un album qui est sorti aux Etats Unis, qui s'est bien vendu d'ailleurs, mais sur cet album, Carole et moi chantons en anglais, et Jean-Jacques continue de chanter en français. Jean-Jacques a refusé de chanter ses chansons en anglais, donc l'album est sorti aux Etats Unis avec Carole et moi chantant en anglais, et sur la pochette du disque, il y a les traductions en anglais.


Joanna Shore : Mais j'ai l'impression maintenant que Jean-Jacques est très fermé à l'idée d'exporter ses chansons...

Michael Jones : Ça ne l'intéresse pas beaucoup. Les adaptations existent déjà. J'ai pratiquement fait les adaptations de toutes les chansons de Jean-Jacques je crois, parce que il y a plein de gens qui ont demandé à faire des chansons de Jean-Jacques : des Américains, ou des Anglais, et donc elles existent. Mais ça ne l'intéresse pas trop.


Joanna Shore : Est-ce que cela a été naturel pour vous de faire les adaptations ? De trouver le rythme, par exemple… Michael Jones : Trouver le rythme, ça ne me pose pas de problème. Le truc c'est que pour faire une adaptation, il ne faut pas trahir la chanson. Mais le problème c'est qu'en français, les textes sont toujours beaucoup plus profonds, et en anglais, les gens ne veulent pas que ce soit profond. Il faut simplifier le texte pour faire l'adaptation, sans le trahir. Ce n'est pas évident. Il faut toujours simplifier parce que les gens ne veulent pas que les textes soient trop compliqués. D'ailleurs, quand on a fait la chanson pour Joe Cocker il y a deux ans, Joe à un moment a dit, "On a déjà tout dit, ce n'est pas la peine de rajouter ça...". Il a préféré répéter ce qu'on avait fait avant.