Rencontre avec Michael Jones
Propos recueillis le 14 avril 2005 par Fleur Delorme et Françoise Rauzier


Françoise Rauzier : On a préparé une interview en plusieurs parties...

Michael Jones : Oui...


Françoise Rauzier : Donc là, moi, je vais te poser les questions qui concernent les titres de "Prises et reprises".

Michael Jones : Pose ! [rires]


Françoise Rauzier : Pour "Un dernier blues pour toi", crois-tu généralement qu'il y a quelque chose après la mort, que ceux qu'on a aimés restent vivants au travers de nous, qu'il reste un peu de leur âme sur Terre ?

Michael Jones : Je préfère ne pas me poser la question... Je pense que les gens qui sont partis restent vivants dans nos esprits, avant tout, c'est-à-dire qu'ils restent vivants grâce à nous, grâce aux souvenirs, grâce aux bons moments qu'on a passés ensemble : c'est cela qui fait qu'ils restent vivants. Quelqu'un qui "reste vivant" ou quelqu'un qui est encore là après la mort, c'est quelqu'un qui a fait ce qu'il fallait, quand il était vivant, pour qu'on garde le souvenir qui fait que, pour nous, il est encore là.


Françoise Rauzier : Pour "Le frère que j'ai choisi", on sait que c'est Jean-Jacques qui a écrit la chanson. En fait, on peut avoir la sensation qu'il a écrit cette chanson pour que tu parles de lui. Ne peut-on pas parler de double personnalité... ?

Michael Jones : [étonné] Non.


Françoise Rauzier : ...de schizophrénie ?

Michael Jones : Non !!! Jean-Jacques, quand il écrit une chanson pour quelqu'un, arrive à se mettre à la place de la personne. C'est ce qui fait qu'il est si fort. Quand il écrit une chanson pour Céline Dion ou qu'il écrit une chanson pour Lââm, pour Maurane ou pour n'importe qui, il arrive à se mettre à leur place. Je crois que là où ça s'est vu le plus, c'est pour Patricia Kaas. Pour Hallyday, quand il a écrit "Laura", on a l'impression que c'est Hallyday qui a écrit la chanson. Et c'est ça qui est fort chez Jean-Jacques, c'est qu'il arrive à se mettre à la place de la personne, à cerner la personne. Pour moi, c'était plus facile : ça fait 30 ans qu'il me cerne, donc c'était beaucoup plus facile...


Fleur Delorme : Oui mais j'ai l'impression qu'il écrit une chanson pour toi pour que tu parles de lui...

Michael Jones : Mais ça pourrait être l'inverse...


Fleur Delorme : Oui mais justement, ça pourrait être l'inverse mais...

Michael Jones : Ç'aurait pu être un duo, voilà... Parce qu'il y a une espèce de... Je trouve pas les mots... C'est pas net... Ç'aurait pu être l'un comme l'autre...


Françoise Rauzier : Ambigu ?

Michael Jones : Ambigu, voilà ! Il y a une ambiguïté dans cette chanson. Mais il a tout cerné, exactement comme si c'était moi qui avais écrit le texte. C'est la puissance de Jean-Jacques : il arrive à se mettre à la place de l'autre et à écrire à sa place. C'est pour ça qu'il est si fort...


Françoise Rauzier : Quand t'a-t-il proposé ce titre ?

Michael Jones : Quand je lui ai demandé... Voilà une réponse rapide ! [rires]


Fleur Delorme : Combien de temps a-t-il mis pour l'écrire ?

Michael Jones : 15 jours.


Françoise Rauzier : Concernant "Window", pourquoi n'avoir mis qu'une seule chanson en anglais dans l'album ?

Michael Jones : Elle ne devrait pas être en anglais et ça ne devrait pas être la seule... Je voulais la faire en gallois et le texte que j'ai eu en gallois ne me plaisait pas et c'est la raison pour laquelle j'ai gardé le texte en anglais. J'ai le texte en gallois mais il ne sonne pas ! J'ai fait traduire mon texte anglais par un professeur gallois mais il n'était pas assez artiste. Ça ne sonnait pas : il n'a pas pensé que ça devait faire une chanson, il a pensé que ça devrait faire un poème et ça, ça ne marche pas ! Et il devait y avoir deux chansons en anglais puisqu'il devait y avoir "Say it ain't so"...


Fleur Delorme : On en reparlera...

Françoise Rauzier : Quand une histoire d'amour est finie, rien ne peut plus la faire revivre... Est-ce bien là le message de "Window"?

Michael Jones : Oh non... C'est justement le contraire !


Françoise Rauzier : Ah oui ?

Michael Jones : Oui, c'est-à-dire que c'est une histoire d'amour qui vacille, qui bat de l'aile mais ça peut être aussi une histoire d'amour dans laquelle une des personnes a eu une aventure et donc ne regarde pas la personne en face de la même manière et ce n'est pas parce qu'on a mis un petit coup de canif qu'on ne peut pas retrouver l'autre personne. Il y a un côté positif parce qu'entre le pont et la fin de la chanson, est-ce qu'on ne peut pas se retrouver ?


Françoise Rauzier : Pour "Marcher dans Memphis", Francis Cabrel a fait une adaptation…

Michael Jones : Pour marcher dans Memphis, il faut déjà y aller… [rires].


Françoise Rauzier : Oui, quand tu veux ! Demain [rires]. Donc Francis Cabrel a fait une adaptation française.

Michael Jones : Oui.


Françoise Rauzier : Pourquoi cette chanson précisément ? Est-ce que c'est toi qui lui as demandé ce texte ou c'est lui qui te l'a proposé ?

Michael Jones : Il faut prendre une chanson plus loin, c'est-à-dire qu'il faut parler de la chanson "Des nuits trop longues". C'était à l'époque de l'enregistrement du premier album "Autour du blues", j'avais fait une chanson qui s'appelle "Hesitation blues" et Francis vient me voir et me dit qu'il aimerait bien la chanter avec moi, je lui dis : "Pas de problème, fais-moi un texte". Donc, Francis, au bout de, je ne me rappelle plus, quinze jours ou un mois, me rappelle et me dit qu'il n'y arrive pas. En fait, Francis essaye, en général, quand il fait une adaptation de respecter le texte d'origine et il faut quand même dire que le texte d'origine est à chier. Il faut le dire poliment. Donc j'ai demandé à Frédéric Kocourek, qui lui se base uniquement sur le son et pas le texte d'origine, d'essayer de me faire un texte français cohérent en se basant sur le son et c'est devenu "Des nuits trop longues" qui sonne un petit peu dans le même esprit que la version originale mais qui a un texte cohérent. Francis a regardé le texte et a dit : "On la fait sans problème". Je suis allé enregistrer chez lui le même jour, d'ailleurs, où j'ai enregistré "La demoiselle" avec Sandrine Régot. Nous avons enregistré la chanson et à la fin il m'a dit qu'il n'avait pas pu me faire un texte sur celle-là mais qu'il en avait fait un sur une chanson de Marc Cohn qui s'appelle "Walking in Memphis". Il m'a envoyé la maquette et c'est comme ça que… Parce que c'est un type que j'adorais et c'est un super titre et quand j'ai entendu le texte de Francis,je me suis dit que comme mon album s'appelle "Prises et reprises", je pourrais faire une autre reprise.


Françoise Rauzier : Penses-tu que Memphis soit la ville où un musicien a besoin d'aller au moins une fois pour ressentir quelque chose de particulier ?

Michael Jones : Memphis est une Mecque musicale mais pas plus que… Qu'est-ce que je peux donner comme exemple ? Memphis est une espèce de Mecque de la musique parce que c'est là où ont commencé Elvis et Stacks. Memphis, c'est toute une histoire au niveau de la musique mais pas plus que Chicago pour le blues ou d'autres villes. Mais c'est une espèce de Mecque. Il faut y aller une fois si on est vraiment musicien et qu'on a envie d'y aller mais il y a d'autres villes dans le sud des Etats-Unis où il faut aussi aller.


Françoise Rauzier : Au moment de préparer la question pour "Vole", avec Fleur nous nous sommes rendu compte que nous n'avions pas compris la même chose…

Michael Jones : C'est très bien.


Françoise Rauzier : Moi je pensais que tu parlais d'un homme qui n'a pas su aimer suffisamment pour s'engager et Fleur pensais que tu parlais…

Fleur Delorme :… Que tu avais écrit la chanson pour Sarah, pour ta fille.

Michael Jones : Non, ce n'était pas pour ma fille. J'avais écrit une chanson pour elle mais elle n'est pas sur l'album parce que je n'ai pas terminé à temps. En fait, c'est l'histoire d'un amour impossible mais ce n'est pas forcément parce que l'homme n'aimait pas assez. C'est l'histoire d'un amour impossible, c'est-à-dire que deux personnes qui s'aimaient très fort - en tout cas c'est ce que j'ai eu comme idée dans la tête quand j'ai voulu faire cette chanson - c'étaient deux personnes qui s'aimaient très fort. Cela aurait pu être l'amour parfait sauf que ce n'était pas possible. Pour moi, ce n'était pas possible parce qu'ils habitaient trop loin l'un de l'autre et qu'il était impossible par rapport à leurs cultures propres, de venir trouver un terrain neutre où ils pouvaient habiter ensemble.


Françoise Rauzier : C'est la phrase "au jeu des amours prisonniers j'aurais dû miser plus longtemps" qui m'a fait penser au non- engagement, au mec qui ne s'engage pas.

Michael Jones : Mais justement je voulais que ce soit ambigu. Je voulais que cette chanson, plusieurs personnes puissent l'adapter. Mon idée de départ était ça, après ça aurait pu être aussi l'histoire d'une femme qui a une aventure et qui n'ose pas franchir le pas, ç'aurait pu être plein de choses. Donc je voulais vraiment que ce soit un truc ambigu, mais la base de l'histoire c'est l'histoire d'un amour impossible.


Françoise Rauzier : Quelque part toutes les chansons peuvent être ambiguës…

Michael Jones : J'aime bien que ce soit ambigu, j'aime bien l'ambiguïté. C'est quelque chose que j'adore. Surtout dans les textes. J'adore qu'un texte, même si moi j'ai envie de dire un truc, soit interprété d'une autre façon, par une autre personne, que les autres personnes puissent s'accaparer ces chansons par rapport à ce qu'ils pensent, eux. Pour moi c'est important.


Françoise Rauzier : Donc pour "La demoiselle" que tu interprètes avec Sandrine, on aurait souhaité que tu nous parles de la rencontre avec Sandrine et ce que tu penses d'elle…

Michael Jones : Ah oui mais je ne peux pas trop dire de mal, elle est là ! [rires]


Françoise Rauzier : Oui mais elle n'écoute pas là !

Michael Jones : En fait quand on parle de rencontre, il se trouve que c'était une rencontre puisque ça s'est passé aux "rencontres d'Astaffort". J'étais en train de faire le tour des salles et à un moment je monte à l'étage, parce qu'il y a plein de salles à Astaffort où tous les élèves travaillent un peu, et là Sandrine était en train de chanter une chanson avec un garçon qui s'appelle Philippe Thomas. Ils avaient fait une chanson qui s'appelle "La demoiselle". Mais il n'y avait pas encore la demoiselle. Ils n'avaient pas de refrain, ils avaient le couplet et ils avaient le pont mais il n'y avait pas de refrain. Je leur dis "le sujet est sympa, la chanson est bien", Sandrine la chantait super bien, mais il n'y avait pas de refrain. [il s'adresse à Sandrine] Corrige-moi si je dis des conneries, Sandrine !


Françoise Rauzier : Elle n'écoute pas.

Michael Jones : Mais tu peux écouter, il faut que tu écoutes. Donc je disais qu'il n'y avait pas de refrain. Et Philippe me dit "je trouve pas" et je dis "mais pourtant c'est évident". Et là je prends la guitare, et je chante [il chante] "la demoiselle". Je dis "il faut qu'il y ait cette descente de la tierce au deuxième pour que ça sonne", et je lui ai montré la mélodie et les accords du refrain, pour aller avec le couplet. Après, il a rajouté le texte pour faire le refrain, et le lendemain on avait la chanson. Et suite à une discussion après avec un repas bien arrosé avec Sandrine [rires], je lui ai dit que je pensais prendre cette chanson-là sur mon album et que j'aimerais qu'elle chante avec moi, parce qu'elle a une voix magnifique. Je savais que si je faisais la chanson, elle serait banale, et que si elle, elle intervenait à un moment, ça allait faire la différence entre une chanson banale et un truc génial. On est donc allés à Astaffort le même jour où j'ai enregistré avec Francis, et on a enregistré sa voix à la Voix du Sud. Par contre, si je me souviens bien de la séance, il a fallu quand même que je m'énerve pas mal. J'étais un gros salaud pendant l'enregistrement, c'est-à-dire que j'ai tout fait pour la mettre en colère. Parce que je voulais qu'elle soit en colère pour la chanson. Pendant la séance, elle a bien chanté la chanson. Mais moi j'avais besoin qu'elle soit énervée. J'avais besoin qu'elle soit fâchée, parce que c'est le principe du texte. C'est l'histoire du père salaud qui ne veut pas que sa fille sorte. Quand elle commence à chanter, elle commence doucement, et il y a la colère qui monte. Et je voulais ça. Et je l'ai fait chier jusqu'à ce qu'elle soit en colère. C'est vrai ! Après elle m'a trouvé un peu lourd. [rires] Mais je l'ai fait chier jusqu'à ce qu'elle soit en colère, et le résultat pour moi est magnifique.


Françoise Rauzier : Donc dans cette chanson tu évoques l'autorité du père, bien marquée. Tu es père toi-même. Est-ce que tu estimes que tu es un père protecteur, que tu poses trop d'interdits ? La juste mesure n'est-elle pas difficile à trouver ?

Michael Jones : Je suis un père pas facile, parce que je suis pour une certaine discipline, un certain respect. Mais, comme je l'ai dit à Daniela Lumbroso l'autre jour, quand j'ai fait la chanson pour le Sidaction : "la première chose que j'ai appris à mes filles quand elles étaient en âge d'avoir des rapports sexuels, c'est que c'étaient à elles d'avoir des préservatifs". C'est-à-dire que je suis un père qui estime que les enfants doivent un certain respect vis-à-vis des parents. Quand on demande quelque chose à un enfant, ça doit être fait. C'est : "Tu vas faire tes devoirs, tu ne vas pas jouer avec les Barbie". A ce niveau-là, je suis dur. Par contre, je suis contre les parents qui interdisent que leurs enfants sortent de peur qu'ils rencontrent un garçon et qu'ils aient des rapports sexuels parce que de toute façon, c'est la pire des choses à faire. Si une fille a décidé de coucher avec un mec, elle couchera avec le mec de toute façon en nous racontant des bobards. Donc je préfère qu'elle me dise la vérité puis que ça se passe comme ça.


Françoise Rauzier : Pour "Dans la fumée", tu évoques les événements du 11 septembre 2001, mais moi, il me semble que tu as préféré sous- entendre que d'être précis dans tes textes.

Michael Jones : Oui, parce que je n'avais pas envie qu'on croit que je profite de la situation. Je ne voulais pas profiter de cela. Je voulais juste marquer le fait que… En fait, il faut que je raconte l'histoire de plus loin. J'étais en studio avec Jean-Jacques pour l'enregistrement de "The Quo's in town tonite". En partant du studio, j'ai pris le RER et je me suis fait agresser par une bande de jeunes. Donc, j'ai passé une nuit terrible parce que je suis allé à l'hosto, j'ai passé la nuit aux urgences… Le lendemain, j'arrive au studio pour finir la chanson. Là, on a les images du premier avion qui rentre dans la première tour. Et on vit la journée : on voit le deuxième avion qui rentre dans la tour et après on voit la première tour qui s'écroule puis la deuxième tour qui s'écroule, avec ces gens qui sautent de la fenêtre et tout. Et là, je me dis que ce qui m'est arrivé hier, c'est rien. En général, quoi qu'il puisse nous arriver, il peut y avoir pire. Et donc, tout ce qu'on a de bon dans la vie, il faut le saisir. Il faut en profiter. Il ne faut pas remettre au lendemain ce qu'on a aujourd'hui, il faut le prendre. Il faut croquer la vie à pleines dents.


Françoise Rauzier : C'est ton avocat qui a écrit : "Dans la fumée". Ça lui arrive souvent de te proposer des textes ou ça a été l'occasion ?

Michael Jones : C'est mon avocat qui a écrit la musique.


Fleur Delorme : Ah, c'est la musique !

Michael Jones : Oui, et le texte a été écrit par un copain guitariste qui est aussi patron dans un magasin de guitares à Lyon chez qui j'achète tous mes trucs. En fait, ils sont trois à avoir écrit la chanson. Il y en a un qui n'a pas de pot, il s'appelle Bruel [rires]. Mais c'est Gaël. En fait, ce sont des potes avec qui je joue quand je suis à Lyon. C'est comme ça que ça s'est fait.


Françoise Rauzier : Ton avocat, le compositeur c'est Philippe heu…

Michael Jones : Philippe Brémant. En fait, ce sont Philippe Brémant et Gaël Bruel les compositeurs et c'est Patrick Tanzilli qui a écrit le texte.


Françoise Rauzier : Alors, pour "Il croyait", tu n'es donc pas d'accord si on te dit que tout est écrit d'avance et que l'on ne peut rien changer au cours des choses. Enfin moi, c'est ce que j'ai ressenti…

Michael Jones : En fait ce que je voulais exprimer dans la chanson "Il croyait", c'est que la différence entre ceux qui réussissent et ceux qui ne réussissent pas, c'est le fait de saisir les chances quand elles viennent. J'ai connu tellement de gens qui sont dans la merde, à qui on avait pourtant proposé les mêmes choses qu'aux autres, mais ils n'ont pas su saisir leur chance. Je connais des tas de gens qui n'ont pas su saisir leur chance.


Françoise Rauzier : Ils ont peut-être eu peur de choisir aussi…..

Michael Jones : Non, ils ont peur du changement, ils ont peur de prendre des risques. Et si on ne prend pas de risques dans la vie, on ne réussit rien. C'est-à-dire qu'on a le choix dans la vie de prendre des risques, soit pour réussir et pour bien vivre, ou on peut devenir fonctionnaire. C'est le choix.


Françoise Rauzier : Donc tu ne t'identifies pas du tout au texte ?

Michael Jones : Non, je ne m'identifie pas du tout. C'est vraiment l'histoire de celui qui choisit de prendre un autre chemin pour avancer. Et c'était l'idée de faire la comparaison entre ceux qui le font et ceux qui ne le font pas. Parce que je me suis rendu compte que tous ceux qui ne réussissent pas, en général , c'est "la faute des autres".


Françoise Rauzier : Pour eux, c'est toujours la faute des autres.

Fleur Delorme : Pour eux oui, mais pas pour tout le monde…

Michael Jones : Voilà ! C'est eux qui n'ont pas voulu. Et j'en ai connu plein ! A l'époque de Gulf Stream, quand je chantais "Song for Daniel", il y avait un bassiste qui était avec nous et qui était fabuleux. Quand on a monté le groupe de Jean-Jacques avec Lance Dixon et Jean-François Gautier, on lui a proposé de venir avec nous. Il s'appelait Jean-Pierre Pichon. Il a dit : "Goldman, c'est pas connu, je prends un risque. Je suis au Crazy Horse, j'ai un boulot sûr". Maintenant le Crazy Horse n'utilise que des bandes. C'est de ça que je voulais parler.


Françoise Rauzier : Tu as repris "P'tit blues peinard" en duo avec Jean-Jacques, pourquoi celle-là et pas une autre ? Est-ce qu'elle représente quelque chose de spécial pour vous ?

Michael Jones : C'est ma chanson préférée et c'est une des rares chansons que j'ai travaillées depuis le début avec Jean-Jacques. C'est la première chanson qu'on a bossée ensemble avant "Je te donne". C'est vraiment notre première collaboration musicale, et pour moi, cette chanson est importante.


Françoise Rauzier : Et pourquoi as-tu attendu aussi longtemps pour la reprendre ?

Michael Jones : Je n'ai pas attendu si longtemps en fait. Mon album de reprises, je voulais le faire il y a plus de dix ans, mais ça n'intéressait personne. Donc il a fallu que j'attende de pouvoir l'imposer.


Françoise Rauzier : "J'aime les autres" évoque le manque de communication. Crois-tu que de nos jours elle est plus en danger que ce qu'elle a été il y a quelques années en arrière ?

Michael Jones : Ce n'est pas une question de manque de communication parce que j'ai déjà une chanson qui s'appelle "Hey Mister" qui parle de ça. C'est que, aujourd'hui, c'est la fausse communication. Par exemple, je me rends compte que moi, quand j'étais môme et que j'allais à l'école, je n'avais aucun problème pour retrouver mes copains après. Les mômes d'aujourd'hui doivent passer vingt textos et dix coups de fil pour se fixer un rendez vous. C'est incroyable ! Je me rends compte aussi aujourd'hui, qu'il y a des tas de gens qui restent chez eux devant leur ordinateur à communiquer avec le monde entier et qui ne regardent jamais personne dans les yeux. Il n'y a plus de contact physique. Et c'est le contact physique, le contact réel qui crée des liens, pas les contacts virtuels. Parce que le web, c'est bien gentil, on peut communiquer avec quelqu'un qui est à 2 000 km, mais il n'y a pas de contact réel.


Françoise Rauzier : On ne le connaîtra jamais…

Michael Jones : Voila ! Il y en a qui arrivent à se rencontrer et peuvent même former des couples, mais ce sont des exceptions. Je me rends compte que ce sont des rencontres éphémères.


Michael Jones : Et moi je me dis qu'il n'y a rien de mieux. Je suis resté gallois dans l'âme : nous, quand on voulait aller rencontrer des gens, on allait au pub, on se prenait une bière et on parlait. Et ça, il n'y en a plus. Mais en France ça fait longtemps qu'il n'y a plus de ça.


Françoise Rauzier : Pour "Boogie man", lorsque tu interprètes ce texte, tu penses à toi ou pas du tout ? Est-ce que tu t'identifies… ?

Michael Jones : Non, "Boogie man", c'est un deuxième hommage au café- concert. Pour moi, le café-concert c'est le lieu de rencontres par excellence. Il était important de mettre celui-là après "Il croyait", parce que c'est justement la réponse à la question que je me pose avant : tu vas dans un endroit comme ça, tu vas rencontrer des gens, ils sont là pour écouter de la musique, s'amuser, et se rencontrer, voilà.


Françoise Rauzier : Le goût d'être ensemble, comme tu dis dans le texte.

Michael Jones : Voilà, ce n'est que ça, ça ne va plus loin. C'est la réponse à la question que je pose avant.


Françoise Rauzier : Est-ce qu'il n'y a pas un double emploi entre "Un dernier blues pour toi", en hommage à Carole sur ton album et "Ce qui nous manque de toi", interprété par toi-même, Jean-Jacques, Lââm, et Veneruso ?

Michael Jones : C'est une chanson de Lââm. C'est un autre hommage à Carole que Lââm a voulu faire. Mais moi je ne pouvais pas faire un album sans parler de ça. Je ne pouvais pas, voilà. Il était important pour moi, sur mon album, qu'il y ait un hommage à Carole, que je dise quelque chose. Pour moi, l'autre chanson, c'est une chanson de Lââm qui est sur l'album de Lââm. J'ai participé parce que Lââm est une amie et qu'elle m'a demandé de le faire. Ça ne va pas plus loin. Lââm avait envie de parler de Carole : c'est son droit, c'était son amie. Voilà ! Et moi, de mon côté, j'avais envie de parler de Carole aussi, c'est tout.


Françoise Rauzier : On en a terminé avec les titres de "Prises et Reprises"… J'ai juste une question sur "Et puis la terre", une question plus générale sur la solidarité que l'on voit de plus en plus chez les artistes qui se mobilisent pour diverses causes. Suite au tsunami, la mobilisation a été grande tant dans le public que dans le milieu artistique. L'idée de "Et puis la terre", elle vient de qui au départ ?

Michael Jones : C'est une idée de Patrick Bruel. Il est arrivé à point nommé : on était en train de répéter pour les Enfoirés, tout le monde était là. Et pendant les répétitions des Enfoirés, on est allés faire le disque. Il a profité du fait que tout le monde soit disponible. Il savait qu'il pouvait avoir tout le monde à ce moment-là, même certains qui n'étaient pas aux Enfoirés. Mais par contre il y a un truc dont j'ai parlé dès le départ quand il y a eu cette histoire : comment va- t-on utiliser cet argent ? Et je me rends compte qu'encore une fois, les banques en profitent pour investir l'argent, le faire travailler et que pour le moment, ceux qui en ont besoin, ils ne l'ont pas. C'est systématiquement comme ça et ça me fait chier.


Françoise Rauzier : La soirée supplémentaire à Bercy au profit de l'Asie, elle est à l'initiative de tous ou c'est l'idée d'un seul ?

Michael Jones : C'est l'initiative des Restos. Nous, on ne se pose pas la question car de toute façon, qu'on le fasse pour les Restos du Cœur ou que les Restos du Cœur décident de donner un concert là-dessus, c'est la responsabilité des Restos du Cœur.


Fleur Delorme : Mais ils ont ajouté une date.

Michael Jones : Mais elle aurait été rajoutée de toute façon !


Fleur Delorme : Par rapport aux demandes, par rapport aux capacités…

Michael Jones : Voilà, par rapport aux demandes, par rapport aux capacités, c'est un concert qui aurait été rajouté de toute façon. Il se trouve que c'est les Restos du Cœur qui ont décidé de donner cet argent par solidarité. Mais bon, on aurait fait un concert de toute façon.


Françoise Rauzier : Dernière question : sur le single, qui a orchestré les voix, a attribué les demi-phrases ?

Michael Jones : Ouh !! Je n'en ai aucune idée ! Nous, on arrive, on chante, et il y a un prompteur, et quand il est marqué "Michaël" je chante [rire] et je ne me pose pas la question, personne ne se pose de question, on y va. Quelque chose est marqué sur le prompteur et bien on te dit : "tiens, tu chante ça, toi tu chantes ça, toi tu chantes ça". Nous quand on va aux Restos du Cœur, on n'y va pas pour faire un show, ni pour faire sa promo. On fait les restos pour faire les Restos donc à partir du moment où on me dit : "Michaël, tu chantes ça", on dit oui et s'il faut se déguiser en clown on le fait.


Fleur Delorme : Après la tournée 2002 avec Jean-Jacques, tu as enchaîné ta propre tournée, les concours, Ouveillan, la star'ac, la promo de ton album, les Enfoirés, est-ce que tu as encore un peu le temps de souffler avec tout ça ?

Michael Jones : Non, cela fait depuis un an et demi que je n'ai pas le temps de souffler, ça me plait beaucoup ! En fait, ce qui m'a bouffé c'est même pas la Star Academy, ni mon album, c'étaient les Francofolies et Ouveillan, c'était en trop mais je ne pouvais pas dire non.


Fleur Delorme : Quelle est ta journée type quand tu n'as pas de concert le soir, ni d'obligations professionnelles ?

Mickaël Jones : Cela n'existe pas !


Fleur Delorme : Cela n'existe pas ? Et cela a existé, avant ?

Michael Jones : Oui, à l'époque de Fredericks-Goldman-Jones, j'avais plein de loisirs, j'avais du temps. Maintenant, je me lève à 7h30 du matin, j'emmène ma fille à l'école et à partir du moment où je rentre à la maison, c'est boulot.


Fleur Delorme : On va quand même parler de tes hobbies, des sports que tu pratiques.

Michael Jones : Aujourd'hui, le seul sport que je pratique, c'est le golf, mais je n'ai pas le temps, quoi que je fasse. En fait je joue au golf pendant mes vacances : je m'impose des vacances tous les ans et je joue au golf pendant les vacances sinon je n'ai pas le temps.


Fleur Delorme : Que fais-tu durant la journée avant le concert ?

Michael Jones : En général, on voyage.

Fleur Delorme : La route ?

Michael Jones : Oui, on fait de la route.


Fleur Delorme : Que préfères tu dans la vie de tournée ?

Michael Jones : Le moment le plus fort, ce que je préfère dans la vie de tournée, c'est à la fin du concert quand les gens me rappellent, c'est-à-dire qu'il y a cette espèce de remerciement pour ce que l'on a donné, quand les gens nous le renvoient. C'est ça qui est le plus fort.


Fleur Delorme : On va parler de ton nouveau concert. Les répétitions ont commencé quand ? Elles ont duré combien de temps ? Tu es là pour une semaine à peu près ?

Michael Jones : Oui.


Fleur Delorme : Est-ce que tous tes musiciens sont là pour travailler avec toi ?

Michael Jones : Oui.


Fleur Delorme : Y aura-t-il toujours encore une partie acoustique et électrique ?

Michael Jones : Non, les parties acoustiques et électriques, c'est fini.


Fleur Delorme : Tu rentreras sur scène avec quelle chanson ?

Michael Jones : Surprise ! Non, ce sera "Des nuits trop longues".


Fleur Delorme : "Des nuits trop longues" comme tu as fait lors des derniers concerts ?

Michael Jones : Je voulais essayer pour voir et je trouve que ça marche donc… Cette fois-ci, il n'y aura pas de partie acoustique ou électrique mais en tout cas il y aura toujours cette notion de présentation au fur et à mesure, voilà.


Fleur Delorme : D'accord. Quelles chansons de l'ancien tour de chant vont être supprimées ?

Michael Jones : Si je les prends dans l'ordre : "Le temps fait mentir", "Le grand frère" dehors, "Dust my blues" dehors.


Fleur Delorme : "Tobacco road ?"

Michael Jones : "Tobacco road" en rappel, et toutes les reprises des rappels sont dehors.


Fleur Delorme : Mais tu gardes "L'Irlandaise" ?

Michael Jones : De l'ancien album, je garde deux titres.


Fleur Delorme : Dis-moi ce que tu gardes, ça sera plus vite fait !

Michael Jones : Je ne garde que deux titres de l'ancien album. Il n'y a que "Va t'en" et "L'Irlandaise"… Ces deux titres là sont des titres phare pour moi.


Fleur Delorme : Tu penses mettre des plus vieilles chansons qui étaient sur les vinyles ?

Michael Jones : Cette fois-ci, il y a "Hey Mister". J'ai de très belles chansons sur mon album vinyle, que j'ai réécouté, et, le problème, c'est que ce ne sont que des slows, et moi je ne pouvais pas me permettre donc il y en a une qu'on va peut-être rajouter parce que, pour le moment, tout ce qui est autour du blues, on l'a gardé en rappel, mais je ne suis pas sûr que "Modjo" fasse l'affaire, et qu'il va falloir que je le remplace avec autre chose, donc il se peut que…


Fleur Delorme : Tu pourrais mettre "Guitar man" aussi, je veux dire, ça bouge quand même ?

Michael Jones : Non, "Guitar man", non.


Fleur Delorme : Tu n'y arriverais pas ?

Michael Jones : Elle est injouable, elle est trop vieille, elle n'est pas… Elle a vieilli.


Fleur Delorme : Et "Cherry" ? C'est une chanson qui est magnifique…

Michael Jones : Oui, mais j'ai trop de slows déjà, donc il faut que j'aie des rapides, donc ça pourrait être "Promises".


Fleur Delorme : Oui, elle aussi.

Michael Jones : Voilà, parce que "Promises", c'est un titre qui commence doucement, ça pourrait être une belle chanson de reprise de rappel mais on n'a pas le temps de le faire pour le moment donc on va voir.


Fleur Delorme : Gardes-tu "Say it ain't so" ?

Michael Jones : Oui, on garde "Say it ain't so" parce qu'il est fort possible que toutes nos histoires de contrat soient réglées, puisque Murray vient de signer dans la même maison de disques que moi.


Fleur Delorme : Ça va accorder les violons !

Michael Jones : On est en train de voir si on peut régler l'histoire et si on ne peut pas modifier la version du disque que j'avais.


Fleur Delorme : Faire un bonus track ?

Michael Jones : Non, le sortir en single.


Fleur Delorme : Oui, c'est une bonne idée. C'est toi qui apportes tes idées à tes concerts pour la déco, les chansons, tout ça, ou vous en parlez à plusieurs ?

Michael Jones : J'impose des règles de base, et après je laisse à tout et à chacun la possibilité d'apporter leurs idées.


Fleur Delorme : D'accord.

Michael Jones : C'est-à-dire que là par exemple, cet après-midi on va bosser la lumière. Pierre-François fait une conduite, des choses que j'exige, et après c'est à lui d'apporter aussi son truc, voilà. C'est comme pour les musiciens, pour Claude et Jacky, je mets des trucs que j'impose.


Fleur Delorme : Après, ils ont un peu de liberté ?

Michael Jones : Et après, ils peuvent apporter des choses aussi, sinon je ne prendrais pas des musiciens comme ça.


Fleur Delorme : Justement, dans le DVD 2002 (tournée "Chansons pour les pieds"), sur certaines chansons, tu disais que Jean-Jacques t'avait serré, à vouloir aller, genre sur le solo de guitare…

Michael Jones : Mais la chanson où ça a été le pire, c'est…


Fleur Delorme : "En passant" ?

Michael Jones : Non, "En passant", Jean-Jacques m'a imposé une chose, voilà.


Fleur Delorme : Et ça t'énervait un peu ? Parce que tu disais que tu n'avais aucune liberté, que tu avais tes partitions et…

Michael Jones : Voilà, c'était écrit. Ceci dit, je me suis quand même pris des libertés à la fin.


Fleur Delorme : A la fin ?

Michael Jones : Oui mais parce que, une fois que j'étais bien dedans, je me suis rendu compte que je pouvais prendre des libertés sans le trahir. Non, celle qui était la plus dure pour moi, c'était "Veiller tard", Jean-Jacques voulait que je fasse un truc, mais il ne savait pas comment m'expliquer ce qu'il voulait, et donc ça a été en tâtonnement pendant longtemps. Au début, il voulait que je fasse un peu l'esprit de Patrice Tison, et après il trouvait que ça faisait contre… Au début on répétait, il trouvait ça bien, et après il a trouvé que ça faisait double emploi avec ce que faisait Jacky, donc après j'ai refait un truc au sly, donc ça a été vraiment très difficile.


Fleur Delorme : Pourquoi ne fais-tu plus de concerts dans les bars ?

Michael Jones : Parce que maintenant, je fais des concerts avec plus de matériel et plus de monde, et maintenant j'ai un coût de rentabilité qui fait que je suis trop cher.


Fleur Delorme : Et toi, tout seul, faire quelques concerts, en solo, sans musiciens ?

Michael Jones : Non. Pour la simple raison que j'ai une responsabilité. C'est-à-dire que j'ai engagé une équipe qui bosse avec moi maintenant, et le jour où je ne bosse pas, c'est que je les mets au chômage, et je n'en ai pas le droit. A partir du moment où l'on monte une équipe, on a une responsabilité, et il faut respecter cette responsabilité.


Fleur Delorme : D'accord. Y aura-t-il des surprises durant cette tournée au niveau de la mise en scène ou est-ce qu'elle sera aussi sobre que celle de la dernière ?

Michael Jones : Elle restera toujours aussi sobre pour la simple raison que je n'ai pas les moyens financiers ni techniques pour créer des grosses surprises, mais bon, je pense qu'on va se surprendre nous- mêmes déjà, donc je pense que les surprises viendront au fur et à mesure. C'est vrai que là, pour le moment, on n'a fait que répéter les chansons. On va enregistrer ce que l'on va faire là… Le premier concert de la tournée qui commence la semaine prochaine à Courchevelles sera enregistré et à partir de cet enregistrement, je vais faire faire écrire des dialogues.


Fleur Delorme : Et là tu te fais faire écrire des dialogues par qui ?

Michael Jones : Par Sellig. Donc il peut y avoir des surprises quand même.


Fleur Delorme : D'accord. Comment choisis-tu les morceaux que tu joues sur scène ?

Michael Jones : Je choisis collégialement, c'est-à-dire je pose des questions à droite et à gauche à des gens, je demande "qu'est-ce que vous pensez que je devrais faire ?", etc. Et après je pèse le pour et le contre. Toi, tu vas me dire "Father Earl", des titres comme ça qui sont vraiment des super titres. Et je suis entièrement d'accord mais après j'ai un problème, c'est qu'il faut que le spectacle soit cohérent, c'est-à-dire que je ne peux pas non plus faire que des slows, car les gens, au bout d'un moment, vont s'emmerder, donc il faut que je trouve un moyen de faire un choix de titres qui permet de garder les gens en haleine et que ça monte, que ça tourne, que ça remonte et que ça retourne et ça c'est des jours de réflexion tout seul dans un coin.


Fleur Delorme : Quelle est ta chanson préférée que tu chantes en concert ?

Michael Jones : Joker ! Non, franchement. Il y a plein de chansons pour un tas de raisons mais dans le spectacle je pense que ma chanson préférée c'est "La demoiselle" parce que tout d'un coup…


Fleur Delorme : La scène s'illumine…

Michael Jones : Voilà, et là il y a Sandrine qui arrive et ça, ça me plait.


Fleur Delorme : Ça remet du baume au cœur… Est-ce que tu vas avoir des premières parties pour tes prochains concerts, ou ça dépend ?

Michael Jones : Alors, moi, je suis ouvert aux premières parties à partir du moment où ça ne dénote pas trop avec mon spectacle, mais ce n'est pas moi qui décide: ce sont les organisateurs sur place qui décident si oui ou non ils mettent quelqu'un en première partie ou non. Moi, en tout cas, je ne refuse pas. D'ailleurs, j'ai dit à tous les organisateurs : "Si vous voulez mettre une première partie, vous pouvez mais il ne faut pas me mettre un groupe de hard-rock avant moi".


Fleur Delorme : Alors on va parler de l'album. Si tu devais définir ton dernier album, tu en dirais quoi ?

Michael Jones : [longue hésitation] C'est mon dernier album.


Fleur Delorme : Merci… [rires]

Michael Jones : C'est-à-dire que je pense que c'est le dernier que je ferai…


Fleur Delorme : Mais pourquoi ce serait le dernier ?

Michael Jones : Parce que je pense que quand je serai prêt pour faire le prochain, les albums n'existeront plus… Je pense qu'on est en train de vivre en ce moment la fin de l'album…


Fleur Delorme : Il y aura des singles ?

Michael Jones : Après on va sortir des chansons, les gens vont choisir les chansons qu'il veulent. Malheureusement je pense que l'époque de l'album est révolue et c'est dommage parce que, pour le moment, les systèmes de téléchargement sont de très mauvaise qualité.


Fleur Delorme : Oui, le MP3, c'est une qualité médiocre, mais bon…

Michael Jones : Voilà… Donc c'est dommage, mais je pense que l'album deviendra quelque chose de confidentiel, comme c'est le cas pour moi déjà. Mais je pense que les albums qui vont se vendre à des centaines de millions d'exemplaires, c'est fini.


Fleur Delorme : Oui, mais ça fait quelques années que ça existe, il y a encore une marge, encore quelques années…

Michael Jones : Non, ça va aller très vite pour la bonne raison que les maisons de disques persistent dans leur connerie… Je pense sincèrement qu'aujourd'hui, les majors sont en train de faire tout ce qu'il faut pour tuer le disque. C'est-à-dire qu'ils se sont tellement enfoncés dans leur connerie qu'ils ne peuvent plus faire marche arrière.


Fleur Delorme : C'est dommage quand même.

Michael Jones : Comment un patron de multinationale de disque peut dire "oui, j'ai été un gros con, j'ai eu tort", on en est là. C'est-à- dire que, quand on voit un patron de maison de disque dire que c'est à cause du téléchargement que le marché baisse et que c'est le premier à sortir des merdes, c'est-à-dire que c'est le premier à sortir des compils de merde de karaoké... Il y a un moment, il faut arrêter. Je veux dire qu'on est rentrés dans le mass marketing à tout prix, c'est- à-dire vendre n'importe quoi à n'importe qui en prenant tous les gens pour des cons. A partir du moment où on est rentrés là-dedans, on est morts. Pour moi, toutes les multinationales du disque sont mortes. Comme pour mon album, ils ont mis un truc qui s'appelle le "copy control". C'est une grosse daube, j'ai dit que je ne voulais pas mais c'est une obligation, je n'ai pas le choix. Le "copy control", c'est pénaliser ceux qui ont acheté le disque pour essayer de se protéger contre ceux qui le téléchargent et qui le téléchargent de toute façon. Je reste persuadé que les gens qui mettent des disques sur le web ne sont pas des gens qui les ont achetés. Et c'est ça que les maisons de disques doivent réaliser : le mec qui s'est donné du mal pour aller chez un disquaire acheter un disque ne va pas le mettre gratos sur le web pour un autre. Les gens qui mettent le disque sur le web sont les gens qui l'ont eu gratos, soit par la maison de disque, soit par les radios.


Fleur Delorme : C'est vite fait, ça dépend du logiciel…

Michael Jones : Oui, c'est vite fait mais les gens ne sont pas aussi partageurs que ça. La personne qui s'est donné du mal pour acheter un disque, cher, ne va pas le mettre sur le web. A partir du moment où les gens qui sont à la tête des industries sont assez cons pour croire ça, ils vont mourir et c'est bien. Qu'ils meurent, parce qu'on n'a pas besoin d'eux. C'est pour ça que j'ai signé la charte pour le téléchargement.


Fleur Delorme : Il n'y en a pas beaucoup qui le font…

Michael Jones : Non.


Fleur Delorme : Quelle est la chanson dont tu es le plus fier sur l'album ?

Michael Jones : Franchement, il n'y a aucune chanson dont je suis le plus fier… Par contre, il y en a une qui pour moi est le plus beau qu'on m'ait jamais fait, c'est "Le frère que j'ai choisi".


Fleur Delorme : Sais-tu à ce jour combien d'exemplaires de "Prises et Reprises" ont été vendus ?

Michael Jones : Je suis à peu près à 30 000.


Fleur Delorme : Ça correspond à peu près à tes attentes ?

Michael Jones : Non.


Fleur Delorme : C'est plutôt moins ?

Michael Jones : Il me manque 20 000 par rapport à mes attentes.


Fleur Delorme : Tu penses que la promo a été suffisante ?

Michael Jones : En fait, je crois que j'ai été victime de ma popularité à la Star Ac'. C'est-à-dire que la Star Ac' m'a ouvert certaines portes au niveau de la presse et de la promo, mais ça m'en a fermé autant. C'est-à-dire qu'une fois qu'on a un label TF1, ça veut dire qu'on est interdit partout ailleurs. C'est dommage, mais bon tant pis !


Fleur Delorme : Je vois, sur TF1 par exemple, quand tu faisais la Star Ac', on voyait encore les pubs de ton album à la télé mais après dès que tu as arrêté la Star Ac', on ne voyait plus rien.

Michael Jones : C'était une campagne sur une durée. Il y avait dix pubs de prévues.

Fleur Delorme : Oui, c'était une courte durée.

Michael Jones : Parce que ça coûte extrêmement cher. Donc il y a un moment où il faut prendre une décision. Je pense que les pubs étaient inutiles au départ. Je ne pense pas que ça ait servi à grand chose. Je pense que c'était maintenant qu'il fallait les pubs. Mais bon, j'ai eu une discussion avec la maison de disques, le disque va bientôt sortir en tarif réduit, donc avec une campagne de pub.


Fleur Delorme : Pourquoi certaines radios ne diffusent pas "Le frère que j'ai choisi" ?

Michael Jones : Toujours le même problème, toujours le problème Star Ac'. Je vais te dire qu'il y a des problèmes avec certains groupes. Il y a certains groupes qui ne diffusent pas des chansons de gens qui sont à la Star Ac'.


Fleur Delorme : Pourtant, certaines radios que j'écoute, à Lyon puisqu'on est de Lyon, diffusent le titre de Greg, alors que je n'ai jamais entendu ton titre. Radio Scoop, par exemple…

Michael Jones : Alors là, Scoop, je ne comprends pas. Scoop, c'est incompréhensible pour moi, je ne comprends pas. Je ne peux pas expliquer Scoop, je ne peux pas l'expliquer !


Fleur Delorme : Tu y es allé pourtant ? Je t'ai entendu à l'antenne mais après on n'entend pas le titre.

Michael Jones : Est-ce que c'est parce qu'il y a un partenariat France Bleu ? Je ne sais pas. Il y a ça aussi, la maison de disques a décidé que moi j'étais adulte, le meilleur partenariat pour moi c'était France Bleu. Ils n'ont pas tout à fait tort, attention ! France Bleu est une radio, quand ils développent un artiste, ils le développent à long terme, c'est jamais à court terme. Et moi j'ai effectivement un produit qui se développe à long terme. Il se trouve que mon disque se vend toujours autant aujourd'hui. Il n'a jamais vendu énormément, mais il se vend régulièrement. D'ailleurs, c'est le constat qu'a fait la maison de disques dernièrement. On a eu une réunion et ils ont dit : "Ton disque se vend toujours". Ah, et bien oui ! Il m'a manqué effectivement, sur mon disque, un RTL ou un RTL2. Parce que j'aurais eu un Chérie FM un RTL 2, c'était gagné.


Fleur Delorme : Chérie FM, j'écoute et jamais je ne t'ai entendu !

Michael Jones : Ah, mais à partir du moment où j'ai fait la Star Ac', tu peux oublier le groupe NRJ.


Fleur Delorme : Donc la Star Ac', pour la promo, ça a été à double tranchant.

Michael Jones : Le fait que j'ai fait TF1 fait que je suis tricard à NRJ. Et NRJ, c'est le groupe, c'est-à-dire Nostalgie, Chérie FM, NRJ, je suis tricard.


Fleur Delorme : Comment choisis-tu les musiciens qui vont travailler avec toi en studio ?

Michael Jones : Par rapport à mes envies. J'avais deux exigences sur mon album, c'était efficacité et rentabilité. C'est-à-dire que je le produisais moi-même, avec mes propres petits sous. Donc il fallait que je trouve le moyen le plus rentable de faire mon album. Donc j'ai choisi mes musiciens en fonction d'un résultat que je voulais le plus rapidement possible. Et parfois, je me suis trompé, mais bon… ! [rires]


Fleur Delorme : Des noms ?

Michael Jones : Par exemple sur le "Petit blues peinard", j'avais essayé un bassiste en studio, à Paris, et ça le faisait pas. Donc j'ai été obligé de choisir un deuxième bassiste. Il y a eu un ou deux coups où je me suis trompé. C'est pareil, j'avais pris un percussionniste irlandais en Bretagne pour "Windows", cela ne le faisait pas alors j'en ai pris un deuxième.


Fleur Delorme : Y a-t-il un projet de clip pour "Le frère que j'ai choisi" ?

Michael Jones : Non.


Fleur Delorme : On attendra toujours que tu aies envie de faire un clip.

Michael Jones : Ce n'est pas pour moi, ça. Non, je ne peux pas, ce n'est pas pour moi, ça, de toute façon.


Fleur Delorme : A part Cabrel, avec qui tu aurais aimé faire un duo qui ne figure pas sur l'album ?

Michael Jones : Eh bien, je l'ai fait il y a trois semaines.


Fleur Delorme : Avec ?

Michael Jones : J'ai fait un duo avec Phil Collins.


Fleur Delorme : Où ça ?

Michael Jones : A Lausanne.


Fleur Delorme : Vous avez chanté quoi ?

Michael Jones : La chanson c'était "A groovy kind of love", une chanson de Phil. On a chanté tous les deux, d'ailleurs il nous a présentés comme des "elderly brothers" [NDJMF : "frères âgés"] à la place des "everly brothers". On a fait un truc style "everly brothers", il disait bonjour nous sommes des "elderly brothers" et effectivement je me suis rendu compte d'un truc, c'est que en dehors de nos comptes en banque, on se ressemble un peu.


Fleur Delorme : Le compte en banque a une importance.

Michael Jones : Eh bien, c'est simple, moi je pense dans ma carrière avoir vendu une dizaine de millions d'albums et Phil Collins a vendu deux cent cinquante millions d'albums, voilà… La différence, elle est là.


Fleur Delorme : Phil, tu l'avais rencontré à la Star Ac'….

Michael Jones : Oui, mais je le connaissais avant. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup parce que c'est quelqu'un qui reste vrai.


Fleur Delorme : Vrai et simple.

Michael Jones : Mais vrai.


Fleur Delorme : On le voit.

Michael Jones : C'est vraiment quelqu'un qui reste vrai. Par exemple là il est en train de faire une tournée d'adieu et tous les bénéfices vont sur l'association de sa femme. Tout.


Fleur Delorme : Bon alors là on va revenir au foot concert. Tu peux nous expliquer comment le projet de foot concert est venu ?

Michael Jones : Eh bien c'est simple. J'ai eu un coup de fil de Joël Bats : "Bonjour je suis Joël Bats, l'ancien gardien du PSG et de l'équipe de France", comme si j'avais besoin de savoir. Donc, avec beaucoup de difficultés, j'ai réussi à le joindre, parce qu'un jour il m'a laissé un message mais avec un numéro anonyme, je ne pouvais donc pas le rappeler et comme je connais Paul Le Guen, c'est par Paul et par Patrick le kiné que j'ai réussi à entrer en contact avec Jo. On a mangé avec une partie de pétanque et on a parlé de la sauce. Après, je suis allé à l'ouverture du centre à Charvieux, j'ai rencontré les malades voilà. Une fois qu'on les a rencontrés, c'est trop tard.


Fleur Delorme : Oui, c'est clair. Moi, j'ai rencontré Christian et tout de suite tu ne dors plus.

Michael Jones : Voilà.


Fleur Delorme : Organiser un tel événement avec autant de personnalités, c'est dur ?

Michael Jones : Non.


Fleur Delorme : Long ?

Michael Jones : Il se trouve que j'ai eu à faire avec des gens fabuleux que ce soit Yannick Noah, que ce soit Patrick Fiori, Julie Zenatti, Claire Keim. Ce sont des gens qui ont dit oui tout de suite. Il n'y en a qu'un qui a dit oui tout de suite c'est MC Solaar.


Fleur Delorme : Et il n'est pas venu.

Michael Jones : Ce n'est pas qu'il n'est pas venu, on ne sait plus où il est. [rires] Il m'a dit, "oui oui je viens" et tout. Il s'était mis d'accord pour le train, avec Gérald Passi qui est son copain. Gérald Passi qui a joué et qui est son copain et Gérald il dit, "je trouve plus Claude. On ne sait plus où il est".


Fleur Delorme : Vous avez su après ?

Michael Jones : Non ! On n'a plus de nouvelles. Je ne sais pas, il a dû partir, il a peut-être été emporté par un tsunami en Jamaïque, je ne sais pas ! Je ne sais pas mais en tout cas on ne sait pas où il est, voilà.


Fleur Delorme : Parce que nous on l'attendait tous.

Michael Jones : Oui oui, tous. Nous aussi !!!


Fleur Delorme : Je voulais te poser la question justement, savoir pourquoi il y en a qui ont été annoncés et qui ne sont pas venus. Bon, vous les perdez en route apparemment ! [rires]

Michael Jones : En fait, Lorie devait venir aussi.


Fleur Delorme : Oui, mais bon elle avait d'autres obligations, c'est ça ?

Michael Jones : En fait, quand elle m'avait dit oui, elle n'avait pas demandé à son papa si elle était libre. [rires] C'est tout bête ce genre de truc. Aujourd'hui, c'est Sylvain qui gère mes affaires. Et parfois on me demande si je suis libre… Je ne sais pas toujours. Mais Lorie est venue chanter avec moi à Lausanne.


Fleur Delorme : Alexa m'a dit qu'il y aurait un deuxième concert l'année prochaine, normalement.

Michael Jones : Alors ça, c'est Alexa qui s'avance…


Fleur Delorme : Elle l'a dit…

Michael Jones : Normalement oui ! C'est parce qu'on essaye de créer un évènement. Bon après, maintenant, il faut voir si ça peut continuer, et dans quelles conditions. On aimerait bien… Le problème c'est qu'on est obligés de faire ça par rapport au calendrier du foot. Et le problème du calendrier du foot, c'est que très souvent ça tombe mal pour le reste. Et heureusement qu'il n'y avait pas un match quand on a fait le Palais des Congrès, parce qu'il y avait quand même Laura Pausini qui a fait 10 000 personnes. Faire 4 700 avec 10 000 personnes en face, c'était déjà inespéré. On s'attendait à 4 000. Disons qu'il nous fallait 4 000, et on a fait 4 700.


Fleur Delorme : Le 20 mai prochain tu participes à un concert avec Equinoxe. Est-ce que tu peux nous parler de l'association Equipage ?

Michael Jones : En fait l'association d'Equipage, ce sont deux sœurs qui s'appellent Anne et Sophie Perrotez qui m'ont demandé si je pouvais leur donner un coup de main. Et moi j'ai dit que je ne pouvais pas, parce que j'étais trop sollicité ailleurs. Mais par contre, si elles faisaient ça avec le groupe Equinoxe, je voulais bien participer. Donc pour moi, c'est un concert du groupe Equinoxe auquel je participe. En fait, c'est un renvoi d'ascenseur par rapport à ce qu'ils ont fait pour mes concerts. Parce qu'il faut savoir que quand Equinoxe vient, ils viennent gratuitement. On participe aux frais, on ne paye même pas la totalité. Voilà, c'est un renvoi d'ascenseur.


Fleur Delorme : Pareil pour les concerts caritatifs. Est-ce que tu penses participer au concert de Yannick Noah des Enfants de la Terre, de Paris et de Marseille ?

Michael Jones : Il n'y a pas longtemps, j'en ai parlé avec Yannick… Je suis disponible.


Fleur Delorme : Arrives-tu à cerner ton public, à savoir à peu près de qui il se compose.

Michael Jones : Non.


Fleur Delorme : Qu'est-ce que ça veut dire ?

Michael Jones : Ça veut dire : parfois, j'ai un public et qui est un public de connaisseurs, des gens qui connaissent l'album et tout. Et parfois, non. Ça dépend du public… Ils sont totalement surpris par ce que je fais. Donc non, je ne peux pas le cerner.


Françoise Rauzier : Tu dis avoir accepté le rôle de répétiteur à la Star'ac pour le défi. Et pour faire en sorte que les élèves soient moins formatés.

Michael Jones : Oui.


Françoise Rauzier : Est-ce que tu penses avoir réussi à rendre la promo 2004 plus intéressante ?

Michael Jones : Je pense qu'on a réussi un peu. C'est-à-dire qu'on a réussi quand même à donner assez de liberté aux élèves pour qu'ils apportent quelque chose. Quand je vois Greg qui chante "SOS d'un terrien en détresse" et qui arrive à faire pleurer Plamondon, c'est qu'il a amené quelque chose. Quand je vois les élèves qui écrivent une chanson sur les profs en secret et qui nous la chantent sur un prime, c'est un succès.


Françoise Rauzier : Vous ne saviez pas ?

Michael Jones : Non, nous n'étions pas au courant. Ça nous est tombé dessus. C'était une surprise totale. On a quand même réussi à faire deux chansons originales sur une saison de Star Ac. Ce qui n'avait jamais été fait. Nous avons aussi fait du live. C'est la première fois qu'il y avait un groupe, des musiciens. On a même joué avec un orchestre classique. Donc, il y a vraiment une révolution par rapport à avant. Il y a eu des moments très émouvants, des moments forts, beaucoup plus que pour les autres.


Françoise Rauzier : Pour toi, quel est le meilleur aspect de ton métier ?

Michael Jones : Il n'y en a pas. Je ne pense pas. Le pire, j'ai connu. Le pire aspect de ce métier est d'être obligé de faire n'importe quoi pour gagner de l'argent. Ça, c'est le pire.


Françoise Rauzier : N'as-tu pas parfois l'impression que "Je te donne" t'a joué un mauvais tour avec le temps ? Quand certains animateurs télé y font systématiquement référence, il n'y a pas des fois où ça t'agace ?

Michael Jones : Non, je suis victime d'un énorme tube. D'ailleurs, je souhaite à tout le monde d'être victime de cela.


Fleur Delorme : Maintenant, ça va être des questions d'internautes. Ceux qui t'ont vu en concert te trouvent généralement très proche de ton public. T'arrive-t-il d'être marqué par des visages ?

Michael Jones : Bien sûr.


Fleur Delorme : Qu'y a-t-il de plus fort : remarquer que les gens du premier rang connaissent tes chansons ou faire réagir un public pas toujours acquis d'avance ?

Michael Jones : Faire réagir un public pas toujours acquis d'avance, évidemment.


Fleur Delorme : Quelle est ta guitare préférée ou, avec laquelle as-tu un souvenir particulier en concert, tournée, album ?

Michael Jones : Question trop difficile pour mes petits neurones. J'ai plein de guitares préférées mais celle que j'utilise le plus c'est celle que je me suis fabriqué.


Fleur Delorme : Y aura-t-il un concert à Bordeaux ou alentours ?

Michael Jones : Le 4 mai.


Fleur Delorme : Mais, tu es tout seul ou avec…

Michael Jones : Avec les gars.


Fleur Delorme : Quels sont les derniers albums, les derniers CD que tu as achetés et appréciés ?

Michael Jones : Le dernier, c'est Daniel Powter. Je trouve ça génial.


Fleur Delorme : Te sers-tu de l'informatique pour travailler ? Si oui, comment ?

Michael Jones : Oui, avec ProTools. C'est un logiciel d'enregistrement qui remplace le magnétophone.


Fleur Delorme : Te sers-tu d'Internet et si oui pour quoi faire ?

Michael Jones : Répondre aux mails et télécharger les updates de mes logiciels. Basta.


Fleur Delorme : Joues-tu d'un instrument autre que la guitare ?

Michael Jones : Oui. Déjà, sur l'album, je fais des percussions, de la basse et du clavier. Je joue un peu de tout.


Fleur Delorme : Quels sont les meilleurs concerts auxquels tu as assisté?

Michael Jones : Je ne peux pas dire qu'il y en a eu un particulièrement meilleur. Le dernier qui m'a le plus marqué est celui de Phil Collins. Et le seul qui m'ait marqué dans le négatif, c'est Mark Knopfler, le dernier concert.


Fleur Delorme : A Lyon ?

Michael Jones : Oui, j'ai trouvé ça très mauvais. Je suis fan de Mark Knopfler, mais là j'ai trouvé que c'était terriblement mauvais.


Fleur Delorme : C'est ton album ou celui de Bertignac qui marche le mieux ?

Michael Jones : C'est celui de Bertignac, c'est normal.


Fleur Delorme : Il a une promo terrible aussi.

Michael Jones : Bertignac c'est une star, il marche mieux que tout.


Fleur Delorme : Te rappelles-tu de ton premier concert ?

Michael Jones : Non, j'étais trop jeune.


Fleur Delorme : Tu avais quel âge ?

Michael Jones : Sept ans.


Fleur Delorme : Tu chantais ou tu jouais ?

Michael Jones : Je dansais ! [rires] Si Kamel Ouali savait ! Je faisais de la danse folklorique et c'est resté. [démonstration, rires]


Fleur Delorme : Il devait y avoir un costume aussi. Bravo.

Michael Jones : J'avais 7 ans. A 7 ans, on n'a pas peur d'être ridicule devant les filles !


Fleur Delorme : Avec qui aimerais-tu ou aurais tu aimé travailler ?

Michael Jones : Franchement, ce serait extrêmement mal placé de répondre à cette question ! Je pense que j'ai déjà travaillé avec un tas de gens avec lesquels beaucoup aimeraient travailler. Et je ne veux pas sembler être gourmand.


Fleur Delorme : Quelles sont tes préférences concernant le thé, la bière et le whisky ?

Michael Jones : [rires] Le thé, c'est la boisson de la vie. La bière, c'est la boisson de la convivialité. Et le whisky : un verre tous les soirs quand on est dans un pays chaud, ça évite la turista. Et c'est vrai ! Le pastis par contre, on a du mal à le trouver dans le monde entier et c'est très cher dans les pays étrangers !


Fleur Delorme : Depuis quelques mois on a l'impression que tu développes nettement ta carrière solo. Est-ce directement lié au fait que Jean-Jacques ait mis entre parenthèse sa carrière ou est-ce une coïncidence ?

Michael Jones : C'est un énorme concours de circonstances : le jour où Jean-Jacques nous annonce qu'il allait mettre un bémol sur sa carrière, la Star Ac m'appelle. Ce ne sont que des coïncidences.


Fleur Delorme : Si Jean-Jacques n'avait pas dit qu'il arrêtait, tu aurais dit oui quand même ?

Michael Jones : Oui. C'est un concours de circonstances, je sais pas pourquoi !


Fleur Delorme : On sait qu'aujourd'hui Michael aime le foot d'où son énorme prestation vendredi…

Michael Jones [qui devine la fin de la question] : "Quand est-ce qu'il fait un thème pour l'Olympique lyonnais ?" [rires] Je travaille dessus ! Le problème, c'est que pour faire un thème pour l'Olympique lyonnais, ce n'est pas la musique qui va faire le thème. Par exemple, j'ai une demande de Basile Boli pour une émission : il m'a donné le thème et j'ai trouvé tout de suite la musique. Le problème c'est que pour faire un thème pour une équipe de foot, il faut un texte de supporter et pour le moment je ne l'ai pas trouvé. Mais je travaille dessus ! Et j'ai demandé à Fred de se pencher dessus, mais il faut vraiment trouver un texte qui soit un texte de supporters. Il faut que le jour où tu leur amènes ça, tu saches déjà qu'ils vont la chanter, que ça va être facile...


Fleur Delorme : Que tu te voies dans le stade avec ça ?

Michael Jones : Voilà ! Mais c'est le texte qui fait ça, pas la musique...


Fleur Delorme : Il t'arrive parfois d'oublier certaines paroles en concert. C'était moins flagrant quand tu chantais avec Jean-Jacques. Y aurait-il un manque de sérieux de ta part à travailler tes textes ou est-ce le fait que tu as plus de textes à mémoriser, maintenant ?

Michael Jones : Non... En fait, la raison en est extrêmement simple : quand j'étais jeune, j'avais une mémoire visuelle infaillible mais maintenant j'ai 53 balais ! Et maintenant, ça ne marche plus comme avant, c'est-à-dire que j'ai de plus en plus de mal à retenir les textes, avec l'âge. C'est un problème que je n'avais pas avant. On peut faire tout ce qu'on veut, il n'y a rien à faire : il y a des petites cellules grises qui ne fonctionnent plus comme avant parce qu'elles sont mortes ! Et donc, j'ai peut-être un début d'Alzheimer, je ne sais pas, mais, en tout cas, je n'ai plus la mémoire que j'avais avant, tout simplement !


Fleur Delorme : Peux-tu nous parler de Joe Cocker pour finir ?

Michael Jones : Oui, je peux parler de Joe Cocker. En fait, Joe Cocker, c'est un accident. Moi, j'écris une chanson - c'est comme pour Ray Charles, c'est kiff-kiff. En fait, moi, j'étais un petit peu le wagon qui était accroché au train, c'est-à-dire qu'on a demandé à Jean-Jacques d'écrire une chanson pour Joe Cocker et Jean-Jacques m'a dit : "On fait une chanson pour Joe Cocker et c'est toi qui fait le texte !". Voilà, ça se passe comme ça en général. C'est-à-dire que celui à qui on demande d'abord, c'est Jean-Jacques. Mais par contre, comme Jean-Jacques ne pouvait pas aller à Los Angeles enregistrer le titre, c'est moi qui y suis allé avec mon texte. Et là, j'ai dit "Putain, je vais aller voir Joe Cocker chanter ma chanson, quand même !", tu vois ? Et je ne l'ai pas vu parce que Joe est comme moi, c'est-à-dire que maintenant il est censé porter des lunettes, mais il refuse. Donc, il écrit les textes sur une planche qui fait un mètre sur un mètre vingt. Et en fait, le seul truc que j'ai vu, c'étaient ses mains en bas de la planche.


Fleur Delorme : Et il n'est pas venu te saluer ?

Michael Jones : Si, si. On a parlé. C'est un mec super sympa. C'est un mec adorable. On a discuté après. D'ailleurs, je lui ai dit : "Je n'aurais jamais cru écrire une chanson un jour pour un mec que je regardais à Top of the Pops quand j'étais môme", tu vois. Mais celui qui m'a le plus choqué, c'est Ray Charles, parce qu'on avait écrit la chanson pour 'Pacific Palisades'. On a écrit la chanson et on a envoyé la maquette. Et quand il a chanté la chanson, c'est devenu une chanson de Ray Charles. Ce n'était plus la nôtre. Il se l'est accaparée. Joe, il n'a pas vraiment fait ça. Joe a respecté ce que nous avions fait nous et il n'a pas cherché à aller plus loin. Alors que Ray Charles, il a changé la chanson, il a fait une autre chanson.