| José Arthur : Vous êtes un passionné de guitare, je crois que vous êtes un mauvais guitariste ?" Thierry Lamouche : Je suis un guitariste … José Arthur : …modeste, m’avez-vous dit . Est-ce que vous dessinez aussi bien que vous jouez ou le contraire ? Thierry Lamouche : Je crois que ce n’est pas à moi de le dire, mais je pense que je dessine mieux que je ne joue. Du moins, je suis plus à l’aise. José Arthur : Mais je blague parce que vous êtes le seul à ne pas avoir de guitare sur vous, en revanche vous avez un crayon. Donc "Autour de la guitare" est un livre qui sort et que l’on trouve chez tous les disquaires, à la Fnac, chez Virgin …Vous avez dessiné énormément de guitares et vous avez contacté plusieurs grands guitaristes de variétés et autres ou des compositeurs ou simplement des interprètes, ainsi l’idée vous est venue comme ça ? Thierry Lamouche : C’est un travail qui s’est fait par accumulations. Le métier d’illustrateur offre de grandes plages de vacances, donc je me suis mis à faire des images sur la guitare et puis je les ai proposées à des musiciens comme vous venez de le dire, mais en leur demandant un petit plus. Je voulais qu’ils aient une réaction immédiate et je leur demandais à eux, à leur tour de faire un dessin et de prévoir un texte parlant de la guitare. José Arthur : Et puis éventuellement après quand ça s’est fait. On va le savoir, vous avez eu une rencontre avec plusieurs guitaristes et une particulièrement décisive avec un guitariste. Thierry Lamouche : Il y en a un qui s’appelle Michel Haumont qui justement est là avec sa guitare. Thierry Lamouche : On ne se quitte plus . José Arthur : [à Michel Haumont] Vous avez été séduit par son idée ? Michel Haumont : Bien plus que par l’idée, par les dessins. En fait, comme chacun de nous, c’est grâce à Thierry qui est un peu trop modeste, mordu de guitare et qui en joue vraiment bien. José Arthur : C’est lui qui est bête, pourquoi dit-il qu’il est modeste ? Michel Haumont : Il ne l’ose pas José Arthur : Mais il en joue bien ? Michel Haumont : Il a l’amour de la guitare qui nous touche, nous les guitaristes et qui touche tout le monde, ce que partage chacun d’entre nous. Chacun de nous a plus ou moins joué de la guitare à un moment ou à un autre, certains ont continué, d’autres moins. Il a fait des dessins qui illustrent la guitare, qui la célèbrent, il nous les a montrés, proposés à nous les guitaristes, les chanteurs, en demandant à chacun une réaction. C’est ce qui a produit ce bouquin : c’est réellement un livre … José Arthur : …Avec deux CD. Michel Haumont : On a eu justement l’idée de prolonger le travail de Thierry, l’idée de Thierry - n’appelons pas ça "travail" [rires] - par un double CD qui est justement le témoignage des guitaristes et des chanteurs. Alors les guitaristes jouent des standards de la guitare . José Arthur :Ils ont choisi eux-mêmes ce qu’ils préféraient ? Michel Haumont : On a vu tout cela ensemble. Avec les guitaristes, on se connaît quand même tous assez bien, on partage tous les mêmes appétits pour l’instrument, donc c’était assez facile de savoir qui allait jouer tel ou tel morceau. L’idée était de retrouver nos premières impressions sur la guitare. Cela va de "Jeux interdits" à "Hesitation Blues", à "Europa" de Santana. José Arthur : "Jeux interdits", on peut le jouer sur une guitare acoustique de six cordes ? Michel Haumont : C’est possible [ rires]. C’est ce qui est formidable justement… José Arthur : … C’est pas péjoratif ce que je dis, j’en ai connu qui en ont douze… Michel Haumont : …Justement, cela se joue sur une six cordes. L’autre jour, quelqu’un me demandait "qu’est-ce qu’un standard de la guitare ?". Un standard de la guitare, c’est finalement un morceau, une pièce de guitare qui reste jolie, même mal jouée. José Arthur : Mais mal jouée, la guitare, c’est pénible. Michel Haumont : Moi "jeux interdits", je peux mal le jouer [rires]. José Arthur : L’instrument, le pire mal joué, c’est le violon. Le violon mal joué est à mourir. Michel Haumont : C’est de la musique, c’est autre chose. José Arthur : La guitare peut être jouée plus ou moins bien, mais c’est très agréable lorsque c’est très bien joué. Michel Haumont : Justement "Jeux interdits" est un très bon exemple : "Jeux interdits" mal joué… José Arthur : …On peut le fredonner … Michel Haumont : …Exactement, et en même temps ça fait plaisir à tout le monde. C’est cela qu’on a essayé de rechercher dans le CD. Retrouver ces émotions du début. Nous avons tous été étonnés. On a tous mal joué "Jeux interdits". Certains l’ont mieux joué après. On commence la guitare tous au moment de l’adolescence. José Arthur : La guitare, c’est vraiment l’instrument de l’adolescent. Michel Haumont : Exactement. José Arthur : C’est un mot des plus beaux de la langue française, d’ailleurs, "adolescent". Mais c’est vrai que c’est l’instrument que le tonton, le parrain, offre. Michel Haumont : C’est drôle ce que vous dites parce qu’on parlait de ça avec Thierry l’autre jour. On a tous commencé comme ça. J’ai commencé avec mes frères qui avaient des copains qui jouaient bien de la guitare. C’était l’époque de la guitare folk et j’ai eu la chance de rencontrer Marcel Dadi qui m’a appris beaucoup. Chacun de nous, nous avons tous un parcours avec la guitare. En effet, il y a le moment des études de troisième cycle. José Arthur : On abandonne un peu ? Michel Haumont: On abandonne un peu. Ceux qui ratent les études deviennent guitaristes… [rires] José Arthur : ...Ceux qui réussissent deviennent énarques et patrons de guitaristes… Michel Haumont : …Ceux qui ratent et les études et la guitare deviennent journalistes [rires]. Quand on a la chance de continuer dans la guitare, c’est un grand bonheur. Ce qu’on essayait de rechercher dans le CD, c’est le syndrome de la madeleine de Proust, comme passer devant sa maison d’enfance… José Arthur : …Ou ouvrir un cahier d’écolier et respirer le papier et l’encre, je comprends bien. Michel Haumont parle admirablement bien, je ne sais pas s’il va rester quelque chose pour Michael Jones. [A Michael Jones] Vous vous êtes rencontrés comment tous les deux ? Michael Jones : On se connaît depuis longtemps. Je crois que la première fois que nous nous sommes rencontrés, c’était lors de l’hommage à Marcel Dadi à L’Olympia. Michel Haumont : Absolument. Michael Jones : Marcel Dadi est quelqu’un qui a marqué beaucoup de gens en France. C’est lui qui a popularisé la guitare en France, en fait. Je ne connaissais pas très bien Marcel Dadi, mais j’étais allé là-bas parce qu’il était une figure importante et qu’il fallait lui rendre hommage. José Arthur :Vous travaillez avec Jean-Jacques Goldman ? Michael Jones : Oui. José Arthur : Vous travaillez beaucoup, vous composez pour lui, vous faites des arrangements, vous l’accompagnez ? Michael Jones : Je fais un peu de tout. Je n’ai jamais composé pour Jean- Jacques parce qu’il garde la composition pour lui, on a co-écrit des chansons, j’ai co-écrit des textes avec lui. Je travaille sur les arrangements avec lui. C’était surtout à l’époque de Fredericks-Goldman- Jones, où j’ai beaucoup travaillé sur les arrangements. En revanche, sur le dernier album, il a tout fait tout seul. José Arthur : Parlez-moi un peu de lui deux minutes, il est formidable ? Michael Jones : C’est quelqu’un de normal, je ne sais pas, je le connais depuis très longtemps. José Arthur : Il est très attachant ? Michael Jones : Oui, c’est quelqu’un de très attachant, c’est un vrai copain… José Arthur : …Voilà pourquoi il est difficile d’en parler ? Michael Jones : C’est quelqu’un que je connais depuis plus de vingt ans, on a commencé ensemble, évolué ensemble, même si pour beaucoup de gens, c’est quelqu’un de très grand, pour moi, c’est toujours le même. José Arthur : [à Michel Haumont] Vous avez accompagné beaucoup de chanteurs, Julien Clerc, des gens comme ça ? Michel Haumont : Les gens avec lesquels je travaille ponctuellement de la manière la plus proche sont Philippe Châtel durant longtemps et Gilbert Laffaille en ce moment qui est un merveilleux artiste. José Arthur : Il est remarquable. En voilà un qui n’a pas la situation qu’il mérite vis-à-vis du grand public, mais ça marche très bien pour lui. Michel Haumont : Heureusement qu’il a son public. Ce qu’il fait est magnifique. C’est quelqu’un à la fois d’intègre et de vraiment artistique. C’est un vrai artiste. C’est un grand bonheur de jouer avec lui. Mais je repensais à ce que disait Michael justement à propos de la guitare, ce qui m’a beaucoup touché au sujet de la guitare, de Marcel et de cet état d’esprit qui règne chez les guitaristes et heureusement, ce qui m’a donc beaucoup touché au moment de la réalisation du double CD : c’est la manière dont chacun, guitaristes ou chanteurs, s’est rendu disponible. Je pense que cela tient beaucoup aux illustrations de Thierry Lamouche qui a été le vecteur, le révélateur en quelque sorte. Je n’y connais rien en photo, mais je pense que cela se passe comme cela. José Arthur : Mais il n’y a pas eu de difficultés de la part des maisons de disques, des droits, des choses comme ça. C’est ce qui est effrayant, pour les interprètes, les compositeurs, les auteurs, leurs chansons, leur travail, leur talent ne leur appartiennent pas totalement. Il y a de temps en temps un monsieur avec un gros cigare qui peut dire : "Moi je ne veux pas prêter ce mec pour faire un disque général" ? Michel Haumont : Dans ce cas-là, non, réellement non. José Arthur : C’est formidable. Michel Haumont : Quand on les a appelés, tout le monde a dit oui grâce aux dessins. Même au moment de l’enregistrement, ce fut un moteur puisque certains de ceux qui participaient connaissaient moins bien les dessins en venant, mais leur contact a été une vraie source d’inspiration . José Arthur : Cela donne un résultat superbe. Je ne pourrais pas citer tout le monde parce que ce n’est pas possible. Il y a deux CD, un dans chaque page de garde et il y a les meilleurs, ils sont tous là : Perret, Cabrel, Châtel, Lalanne, Mayereau, Dyens. [à Michael Jones] La guitare, Michael, vous l’avez touchée à quel âge pour la première fois, à l’adolescence aussi ? Michael Jones : Je crois que j’avais onze ans. José Arthur : C’est la guitare pré-ado pour lui. Michael Jones : Je devais avoir onze ans la première fois que j’ai vu les Beatles et j’ai vu que ça marchait très bien avec les filles… Michel Haumont : …Mais tu es allé voir un médecin…[rires] José Arthur : La guitare a d’ailleurs un peu un corps féminin. Michael Jones : De plus, c’est la première chose que j’ai pu bien prononcer en français sans me tromper de genre parce que le masculin et le féminin ont toujours été un problème pour moi. Michel Haumont : Il faut dire qu’en anglais cela se prononce sensiblement de la même manière. Michael Jones : Oui, mais c’est "it". José Arthur : Alors il y a un avantage avec cet instrument, on peut voyager en avion avec. On n'a pas besoin de le mettre dans la soute et de l’abîmer. Michel Haumont :Je crois que cela fait beaucoup partie du succès de la guitare. José Arthur : Cela se met partout et puis c’est chic accrochée au mur même si on ne sait pas bien en jouer, c’est comme une paire de ski… Michel Haumont : …Ça a sa place. [rires] José Arthur : …Ça fait chic dans une maison de jeunes [rires], je vais arrêter mes bêtises. Puisque vous avez eu la gentillesse de venir avec les instruments et d’être tous les deux. On va vous faire le pied, on le fait d’une manière admirable, on vous tient les micros. Vous avez besoin de deux micros, vous allez chanter en plus ? Michael Jones : Oui, mais bon… José Arthur : …Vous faites ce que vous voulez. Qu’est-ce vous nous interprétez ? Michel Haumont : Michael et moi allons donner une pièce d’un guitariste qui s’appelle J. Kaukonnen du groupe Hot Tuna. La pièce s’appelle "Hesitation Blues". Michael Jones : En revanche, c’est une traditionnelle, je crois au départ. Michel Haumont : Probablement. Michael Jones : On ne sait pas qui est-ce qui l’a composée. José Arthur : Tradition orale, n’est-ce pas. ["Hesitation Blues"] José Arthur : Ces blancs, ils ont vraiment ça dans la peau. Michel Haumont : N’est-ce pas ? José Arthur : C’est vrai, c’est ce qu’on dit à Harlem. C’est formidable. Vous jouez avec les dix doigts chacun. Je dis cela parce que j’ai connu des guitaristes qui jouaient avec deux… Michel Haumont : …Deux, trois doigts… Michael Jones : [au loin]… et aussi avec un seul. [rires] José Arthur : Il a beaucoup souffert celui-là… Non, mais je croyais que vous aviez un pansement. Michael Jones : Non, non, c’est un bottleneck, un goulot de bouteille de Bordeaux. Michel Haumont : [à Michael Jones] Est-ce que je peux révéler une anecdote ? Michael arrive de Lyon. Je peux ? [Acquiescement de Michael Jones] Il est arrivé avec un peu de retard parce qu’il y avait des problèmes sur le TGV aujourd’hui et de fait, on n'a absolument pas répété et ce qui est vachement bien avec la guitare, c’est que c’est instrumentalement facile à jouer. José Arthur : On se retrouve au point d’orgue ? Michel Haumont : C’est ce qui fait le plaisir et le succès de la guitare. C’est la raison pour laquelle l’instrument est partagé par beaucoup d’entre nous. C’est ce qu’on disait tout à l’heure, même mal jouée… Attention, je ne dis pas ça pour nous ! [rires] José Arthur : Je peux vous dire que ce n’est pas le cas. La répétition ne sert à rien. Vous n’aviez pas vu le sketch de Coluche, vous étiez trop jeune, dans Ginette Lacaze. IL jouait dans un orchestre de rock, il y avait une réplique absolument géniale où le mec faisait avant de passer l’audition : "Mais on n’a pas répété" et il répondait dans la foulée : "Mais ça fait rien, on répétera après l’audition". [rires] Michel Haumont : C’est exactement ce que l’on va faire. José Arthur : C’est exactement ça qui est formidable. Michael Jones : Il y a, parmi les musiciens, une expression que j’ai découverte en France. Quand on fait un bœuf, on dit "rendez-vous au tas de sable". Michel Haumont : C’est tout à fait ça. José Arthur : Vous, vous jouez à peu près toutes les notes parce que beaucoup ne choisissent que les meilleures Michel Haumont : Mais je n’ai pas joué toutes les notes. Michael Jones : Certains ne jouent que les meilleures notes parce qu’ils les ont trouvées. [rires] José Arthur : Oui, c’est ça. Et puis ça sert à rien de toutes les jouer, c’est vieux jeu. Vous avez des rendez-vous à donner indépendamment de ce livre "Autour de la guitare" qui est vraiment superbe, qui se trouvent chez les marchands de musiques. C’est une production Sony, je crois ? Ça se vend cher avec les deux CD ? [silence général] Michael Jones : Je ne sais pas puisqu’on ne l’a pas payé. [rires] José Arthur : Quel silence ! On dirait Sellière annonçant son salaire, un temps énorme et puis "sept millions deux." "Par jour ? Non, par an, mais sans compter les stocks options et le reste". Alors vous, je vous ai laissé le temps de mentir. Michel Haumont : Sony a fait un gros et bel effort. Ce livre-disque ne coûte pas très cher. José Arthur : Mais qu’est-ce qui coûte cher alors ? Michel Haumont : Rien du tout, cela coûte moins de deux cent francs. José Arthur : C’est formidable parce que c’est un bel objet qu’on a dans la main et puis il y a deux CD avec tous les noms… Michel Haumont : …C’est vraiment un bel objet. On a essayé de faire un objet de poésie. José Arthur : On a envie de le caresser et de l’écouter. Michael Jones : Il y a de très belles interprétations vraiment magnifiques, notamment "Lili" interprétée par Dan Ar Braz qui est vraiment fabuleuse. Il y a également la version d’"Apaches" par Slim Pezin qui est vraiment géniale. Il y a vraiment de beaux trucs. José Arthur : (à Michael Jones) Vous, comme dessinateur, vous êtes intéressant. Michael Jones : Ah oui, effectivement. [rires] José Arthur : Ça veut dire quoi ? Il y a une sorte de chinois ou de joueur de rugby avec un bandeau sur la tête et la bulle indique : "Le blues ! ! c’est français ??". Michael Jones : Il s’agit d’un mauvais jeu de mots de la part d’un britannique. Comprenez "blues" bleu, donc les bleus .J’ai fait ce dessin le lendemain de la défaite des "all blacks" lors du championnat du monde contre la France. C’est censé représenter Lomu, le fameux joueur . José Arthur : Un conseil : Continuez de dessiner le dimanche et faites de la guitare en semaine. [rires]. On fait ça comme ça. Je vous remercie. |