| Karen Cheryl : On le définit comme le plus français des musiciens gallois, il est aujourd'hui l'invité d'SLC. Il s'agit de Michael Jones avec qui on va se promener en musique pendant une heure. Mais toute suite rendons hommage aux petites Anglaises avec Banarama. [Coupure musicale] Karen Cheryl : Bonjour Michael ! Michael Jones : Bonjour ! Karen Cheryl : Michael, il y a 45 ans de ça, un militaire britannique est tombé amoureuse d'une charmante petite Normande. Résultat : Michael Jones. Un Gallois presque gaulois. Michael, vous portez autant la culture française que la culture anglaise. Michael Jones : Oh oui ! Plutôt la culture celte. Karen Cheryl : La culture celte carrément ! Michael Jones : Culture celte et culture normande. Ça se mélange très bien parce que ma mère était normande donc de Normandie et mon père gallois donc. Et je trouve que la musique normande pure et la musique celte, c'est très proche. Karen Cheryl : C'est vrai ! Mais selon vous quel sont les traits de caractères qui distinguent fondement un Anglais d'un Français ? Michael Jones : La discipline, je pense. Karen Cheryl : Juste ça. Alors la discipline de quel côté. Côté anglais ? Michael Jones : Ce sont des gens qui sont beaucoup plus respectueux d'autrui parce qu'on nous l'apprend très tôt à l'école. Je crois, avec un avant-gardisme qui nous permet des fois d'aller aux extrêmes. Y'a qu'a regarder les match de foot ! Karen Cheryl : Donc il y a un côté très antinomique, très respectueus des traditions d'un côté et de l'autre côté il y a une audace folle. Michael Jones : Surtout chez les autres. Et c'est malheureusement comme ça. Karen Cheryl : Et la fantaisie, par exemple ? Michael Jones : Bah oui ! Karen Cheryl : Elle est plus présente de quelque coté ? Michael Jones : Encore plus présente, je pense, la fantaisie chez les Britanniques que les Français, les Français sont des faux avant-gardistes. Karen Cheryl : C'est Cocteau qui disait que les Français étaient des Italiens tristes. Michael Jones : Ouais, c'est un peu ça, les Français sont très conformistes. Karen Cheryl : Très conformistes ? Michael Jones : Très peur d'aller, j'ai remarqué, on a peur d'aller en avant, très souvent à l'aventure. Karen Cheryl : Même dans l'expression artistique, dans toutes les formes d'expressions artistiques, notamment la musique. Vous les trouvez un peu moins aventuriers. Michael Jones : Pas les artistes mais le show-bizness oui. Je trouve qu'ils ont beaucoup plus tendance à monter sur le wagon une fois qu'il est en marche. Il y a beaucoup d'artistes français quand il y avait quelque chose de nouveau qui arrivaient, qui réussissaient d'abord à l'étranger soit en Belgique soit en Italie. En France, non. Karen Cheryl : Alors Michael Jones quand on a un papa militaire dans l'armée britannique, est-ce qu'il est difficile de faire admettre qu'on va opter pour l'un des métiers les plus aventureux qu'il soit, musicien ? Michael Jones : En fait, c'est d'abord mon père qui m'a donné le virus de la musique au départ car dans toute ma famille du côté de mon père jouait un instrument de musique, mon père jouait du violon, ma grand-mère joue du piano, ma tante jouait de l'orgue donc je baignais un peu dedans. Karen Cheryl : Ils vous ont initié à quelle sorte de musique ? Plutôt classique ? Plutôt rock ? Plutôt blues ? Plutôt jazz ? Michael Jones : C'est un mélange, on apprend du classique et beaucoup de folklore, beaucoup de musique celte. Et le classique est beaucoup plus tiré chez nous, vers les chansons d'églises. Beaucoup de Hendel, de Bach, des chansons comme ça. Et même à l'école, on est obligé de chanter tous les matins. parce que l'église en Angleterre n'est pas laïque - pardon - l'église est anglicane donc il y a un service religieux tous les matins. Et donc la musique vient du côté de mon père. Moi, quand je suis venu en France, j'avais terminé mes études donc j'étais majeur, je faisais ce que je voulais en fait. Karen Cheryl : Le choix consiste à se dire bon, je vais me consacrer intégralement à la musique, s'est opéré à quel âge ? On va dire 18 - 19 ans ? Michael Jones : Même pas. J'avais terminé mes études et cette année là, j'étais venu en vacances en Normandie parce que fallait de temps en temps visiter la famille du côté de ma mère et franchement je m'ennuyais, et j'ai rencontré un orchestre qui jouait dans le village où j'étais, il faisait que du rhythm'n blues et ils m'ont dit "L'année prochaine, on cherche quelqu'un de plus, venez avec nous". Karen Cheryl : Pour les prochaines vacances ? Michael Jones : C'était même pour le début de l'année, je venais te terminer mes études, je suis rentré chez moi et dis "qu'est-que je risque ?", je vais faire ça pendant un an. Je prends une anné sabbatique entre mes études et le moment où je vais travailler. Et en fait, l'année sabbatique, ça fait 25 ans que ça dure. Karen Cheryl : Toujours se méfier des années sabbatiques qui orientent la vie d'une façon bien différente de ce qu'on pourrait soupçonner. [Coupure musicale : "Merde in France", Jacques Dutronc] Karen Cheryl : Voilà une envolée très très lyrique que nous as offert Jacques Dutronc. Ça a été enregistré en 1984 - "Merde in france" [Rires] Michael Jones : Très beau son de guitare. Je crois que c'est lui qui le faisait en plus. Karen Cheryl : C'est vrai, il a appris cette guitare sur ce titre. Si Michael Jones le dit, c'est forcément vrai. Michael Jones : Je sais pas mais à l'époque il était un assez bon guitariste. Le son, là, il est magnifique. Ça me rappelle les Shadows un peu. C'était cette époque - c'est bien. Karen Cheryl : Alors Michael au delà de la collaboration professionnelle. Il existe une amitié indéfectible. Ça y est, il sait de qui je vais parler. Avec Jean-Jacques Goldman qui vous lie depuis plus de 20 ans. Comment s'est faite la rencontre ? Michael Jones : En fait c'est bizarre, je suis rentré dans Tai Phong pour remplacer Jean-Jacques sur scène car il ne voulait pas faire de scène. Karen Cheryl : Là, c'est bien son côté introverti. Michael Jones : Oui, lui, il bossait, il avait son magasin de sports, il avait pas envie d'aller sur la route défendre les chansons de Tai Phong. Moi, j'ai passé une audition parmi je ne sais combien de personnes. Karen Cheryl : Il s'agissait de chanter ? Michael Jones : Voilà, chanter et jouer de la guitare à la place de Jean-Jacques sauf que Jean-Jacques était resté dans le groupe pour les compositions et les disques. Et donc, ma première rencontre a eu lieu à Sceaux avec le producteur Jean-Mareska, et donc c'est la première fois que j'ai rencontré Jean-Jacques : on a écouté nos chansons et ça a fait tilt tout de suite. Le lendemain j'étais chez lui et on ne s'est jamais quitté depuis. Karen Cheryl : Michael, votre statut de musicien, parce que là on parlait de Tai Phong, de la rencontre avec Jean-Jacques Goldman. Mais je crois que vous avez déjà fait de la scène avant ? Michael Jones : Bah, en fait, ma première expérience musicale c'est à l'école, je faisais partie d'un groupe folkorique celte. Quand, je sais pas,12 ans, déjà on chantait et j'ai fait partie de la chorale au Pays de Galle jusqu'à..., non en fait j'avais 12 ans, je devais avoir 7-8 ans, pardon. Et jusqu'à l'âge de 13 ans j'étais alto avec le London Symphony Orchestral et le chant a toujours fait parti de ma culture. Quand j'ai entendu les Beatles la première fois, je me suis dit « ah, je vais faire ça », je voulais faire un petit peu de batterie au départ et en fait j'ai remarqué que la guitare marche beaucoup mieux avec les filles donc j'ai opté pour la guitare. Karen Cheryl : Bien évidemment, c'est la vrai raison ? Michael Jones : C'est la vraie raison, Donc quand je sais arrivé en France, j'ai rencontré un groupe qui tournait en Normandie qui s'appelait "Travers et Compagnie" et en fait j'ai passé mes vacances avec eux. et ils m'ont demandé de revenir donc je suis revenu jouer avec eux. Et après j'ai rencontré Jean-Jacques en 76-77, je me rappelle plus. Karen Cheryl : En fait, il y a eu l'aventure Tai Phong de 76 à 79. On peut dire que depuis 20 ans Goldman et vous, vous passez votre temps à vous retrouvez parce que 3 ans après la séparation de Tai Phong, si je me trompe pas, vous rappelle pour une gigantesque tournée puis alors les années passent, s'additionnent, au fil des ans, au fil des concert, vous enregistrez le fameux duo "Je te donne". Bref, vous êtes nécesaire l'un à l'autre, vous pouvez expliquer cette extraordinaire complicité qui résiste autant alors que vous avez des tempéraments si différents. Michael Jones : Je crois que c'est la raison pour laquelle ça continue. Karen Cheryl : L'attirance des contraires. Michael Jones : Ouais, on est complémentaires, moi j'arrive à faire des choses que Jean-Jacques n'aime pas faire ou ne l'intéresse pas. Karen Cheryl : Comme ? Michael Jones : Bon, je donne un exemple, moi je passe un temps fou à trouver les guitares que je peux, qui sonnent comme je veux, etc... Jean-Jacques, il dit "moi je veux une guitare". Karen Cheryl : C'est parce qu'il vous fait confiance totalement. Michael Jones : Maintenant. Au début, pas trop, c'est des choses qui viennent avec le temps. Pour travailler avec Jean-Jacques, il faut être sans cesse à la hauteur de ce qu'il veut. Je sais que si un jour je ne suis pas à la hauteur, il se séparera de moi comme n'importe quel autre collaborateur. Ça n'empêchera pas de rester très amis. Karen Cheryl : C'est ce que j'allais dire, là, ce sont des propos très tranchés mais en même temps, au delà de ça, il y a une extraordinaire amitié extrêmement forte. En ce moment vous traverserez chacun, tous les deux, une période d'album en solo, Goldman nous a passé il y a quelques temps, l'album "En passant". Vous Michael, c'est l'album baptisé "A consommer sans modération" et j'imagine que vous continuez de vous voir, que vous continuez à voir les mêmes paysages. Michael Jones : Même avec Carole, Jean-Jacques vient de travailler sur le single qui vient de sortir. On reste très très liés avec tous le petit cocon qui travaillait autour de Fredericks - Goldman – Jones. C'est toujours le même. C'est toujours les mêmes personnes avec Erick Benzi. C'est toujours la même équipe qui est en tournée avec nous depuis des années, pratiquement rien n'a changé et voilà. Bon, le dernier album de Jean-Jacques, il l'a fait seul mais sur scène c'est comme avant, ça ne change rien. Karen Cheryl : Si je vous propose Sheryl Crow… Michael Jones : Oh yes ! [Coupure musicale] Karen Cheryl : Michael Jones est aujourd'hui notre invité dans SLC. Michael, c'est magnifiquement produit ? Le son parfait ? Michael Jones : C'était déjà merveilleux dans le dernier album. Les sons sont très purs, c'est comme utiliser les sons de dans le temps, car en fait il y a les vrais sons de guitares et que ça faisait moderne en même temps. C'est fabuleux. Karen Cheryl : Michael, parlons de votre album baptisé "A consommer sans modération". Pourquoi l'avoir pratiquement consacré, même si sur la pochette il y a écrit "12% de blues", presque entièrement au blues et pas au rock. Michael Jones : A cause des textes, les textes étaient surtout sur des chansons d'amour, des problèmes de spleen, de blues donc pratiquement tous les textes basés là dessus donc pour moi, la musique allait d'elle-même. Karen Cheryl : Et ce sont vraiment ces thèmes là qui vous intéressaient, que vous aviez furtivement envie de défendre cette fois-ci ? Michael Jones : C'est ceux que j'avais à l'époque. [rires] Karen Cheryl : En fait l'anglais, c'est votre première langue or vous avez décidé d'enregistrer cet album-là en français. Pourquoi ? Michael Jones : Parce que je pouvais. Enfin ! En 1984, j'avais essayé d'enregistrer en français et à la fin de la séance, Jean-Jacques m'avait dit « c'est pas mal mais maintenant si tu la chantais en français !», parce que c'était incompréhensible. Et après l'expérience Fredericks - Goldman – Jones, je me suis rendu compte que le gens me comprenaient. [Plusieurs coupures musicales auxquelles Michael réagit] Karen Cheryl : Alors ton dernier album est baptisé "A consommer sans modération" et sur cet album, par exemple on retrouve, aux percussions Christophe Deschamps qui s'est aussi occupé avec vous de la réalisation artistique. On retrouve, Jean-Yves d'Angelo aux pianos. Guy Delacroix à la basse mais la basse vous vous en êtes emparé aussi. Enfin, bref des pointures, les meilleurs parmi les meilleurs. D'ailleurs comment s'est opéré le choix des musiciens qui vous entourent ? Michael Jones : C'est des gens avec qui je travaille depuis des années. En fait, moi quand je rentre en studio, je sais pratiquement qui je veux pour chaque chose parce que je les connais. Je me trompe peut-être parce qu'il y a peut-être quelqu'un qui le fait mieux, mais ceux-là je les connais, je sais qu'on n'a pas besoin de se parler, ça va marcher toute suite. Guy, ça fait depuis le premier album. de Jean-Jacques qu'on se connaît, Jean-Yves ça fait depuis la première tournée avec Jean-Jacques, Christophe était sur les premiers albums. de Jean-Jacques mais maintenant on tourne ensemble depuis 6 ans. Karen Cheryl : Donc tous se retrouver en studio pour un album, c'est un moment de pur plaisir, quoi ? Michael Jones : Oui, surtout qu'on se retrouvait dans un endroit fabuleux, on était au Manoir à coté de Biarritz et donc on est dans les Landes, il fait beau et on mange très bien. Karen Cheryl : Elle est pas belle la vie ? Michael, avec cet album, je crois que vous avez imaginé la scène d'une façon différente. N'est ce pas ? Michael Jones : Oui, il y avait une chanson sur l'album qui termine l'album qui s'appelle "Le blues du piano bar" et j'avais décidé de faire une tournée en France que dans les cafés concerts. Pour 2 raisons : j'avais envie de redécouvrir ce public. Aujourd'hui c'est les seuls endroits où les gens, les débutants peuvent jouer et ces gens-là ont du mal et si moi, je pouvais mettre la cerise sur le gâteau qui fait qu'il y ait plus de gens qui viennent ou qui découvrent ces lieux, j'étais content de le faire. Karen Cheryl : Justement, on va en profiter pour repartir en musique avec un extrait de ton dernier album "A consommer sans modération. Michael Jones, "Va t'en". Non, nous on reste ! [Michael Jones : Va t'en] Karen Cheryl : Oh non ! "Va t'en", extrait de l'album de Michael Jones "A consommer sans modération" au sens propre et figuré. Alors Michael, est-ce que votre goût pour la composition, vous aimeriez la prolonger, en composant des musiques de film ? Michael Jones : J'ai déjà participé à des musiques de films avec Jean-Jacques, pour « L'Union Sacrée » et « Pacific Palisades ». Karen Cheryl : Patrick Bruel et Sophie Marceau pour l'autre film. C'est un travail très différent ? Michael Jones : Moi, ça me plait assez. Moi, c'est plutôt faire des chansons. Et j'ai fait aussi « Un amour de sorcière » avec Jean-Félix Lalanne. Karen Cheryl : Et Vanessa Paradis. Michael Jones : Moi, c'est plutôt faire des chansons au sein des musiques de film. Mais faire de la musique de film pure, c'est vraiment beaucoup beaucoup. C'est beaucoup de travail, c'est une spécialité très très dure. Karen Cheryl : Quels sont les albums qui sont les piliers de votre discothèque ? Michael Jones : Moi, c'est n'importe quel album des Beatles ou de Jeff Beck. C'est très vaste. Dernièrement, il y a un petit blues, chanteur de blues qui s'appelle Johnny Lan que j'adore. Que j'ai découvert il y a pas très longtemps. Karen Cheryl : Question sérieuse : comme ça : pour que le marché du disque marche mieux, si vous aviez un poste au ministère de la culture, quelles sont les mesures que vous prendriez immédiatement ? Michael Jones : Ma première mesure serait de baisser la TVA. Karen Cheryl : La TVA sur le disque est bien trop élevée. Michael Jones : Oui parce que ça devrait être comme le livre. J'essaierais de faire en sorte que les petits disquaires existent encore parce que à l'époque, on allait chez le disquaire acheter un disque, ils nous conseillaient. Maintenant, on va dans des grandes surfaces, il y a des poteaux avec les disques dessus, il faut écouter, il n'y a que ça à acheter. On peut pas découvrir des nouveaux artistes. Johnny Lan, je l'ai découvert comme ça, chez un petit disquaire sinon je ne l'aurais jamais entendu. Karen Cheryl : Les projets, j'imagine qu'ils sont nombreux, alors dans les mois qui viennent ? Michael Jones : J'ai un nouveau single qui va sortir, qu'on va enregistrer là maintenant qui sortira fin septembre grosso modo. Et je repars en tournée avec Jean-Jacques, jusqu'à la fin de l'année. Karen Cheryl : En tournée avec Jean-Jacques, jusqu'à la fin de l'année ! Michael Jones, c'était un plaisir de vous recevoir. Michael Jones : C'était un plaisir de venir. Merci ! Karen Cheryl : Excellente tournée. On attend donc le prochain album. |