Ecole de l'Institut Pratique de Journalisme en collaboration avec TGV Magazine
Propos recueillis et retranscrits par Bastien Migault



Complice de toujours de Jean-Jacques Goldman, Michaël Jones repart sur les routes avec ses guitares pour jouer son blues. Le guitariste nous livre ses impressions sur la musique en général. Rencontre...

Bastien Migault : Quel est votre parcours ?

Michaël Jones : Je suis né au Pays de Galles, le pays des chœurs et du chant, donc pour moi la chanson c’était quelque chose de naturel. J’ai fait des études normalement, sauf que j’ai fait des études de musique à l’école, car on en avait la possibilité dans mon pays. Quand je suis venu en France en vacances en 1971, j’ai rencontré des musiciens qui m'ont proposé de venir, l’année d’après, jouer avec eux. Je venais de terminer mes études et j’avais déjà un poste, j’ai donc pris une année sabbatique pour venir jouer en France. Et ça fait 30 ans que cela dure (rires). Mais je n’ai jamais prévu de faire de la musique mon métier.


Bastien Migault : Vous repartez sur les routes pour une série de concerts dans des petites salles, pourquoi ?

Michaël Jones : Je n’ai pas la prétention de remplir des grosses salles. L’avantage des petites salles, c'est que l’on se déplace avec un set très simple : la batterie, les amplis... On n’est pas obligé de prendre du matériel sophistiqué. Dans les petites salles, on n’a pas besoin de faire de compromis avec la lourdeur et les problèmes techniques. Et puis, il faut aussi les remplir, les grandes salles. Ce n’est pas évident ! (rires)


Bastien Migault : Que représente pour vous le contact avec le public ?

Michaël Jones : C’est l’essentiel ! J’ai toujours fait de la musique pour ça. Faire des disques, c’est venu après car c’était un parcours obligatoire pour continuer à faire de la scène.


Bastien Migault : Vous êtes un défenseur des cafés-concerts, pourquoi ?

Michaël Jones : C’est les seuls lieux qui restent pour les jeunes artistes qui veulent débuter. Il n’y a rien d’autre. On critique aujourd’hui les émissions où l’on fabrique des stars, mais aujourd’hui il y a quoi ? Le parcours que l’on a pu faire quand on était jeune n’existe plus, il n’y a plus de lieu. Aujourd’hui, c’est soit café-concert ou rien ! C’est pourquoi je pense qu’il faut les soutenir, sinon la musique disparaîtra. Il paraît qu’il y a des organismes qui subventionnent des spectacles pour que des jeunes artistes puissent monter sur scène et avoir des cachets décents. Le seul problème, c’est que les critères de choix des artistes ne sont pas forcément bons. Subventionner un artiste pour que personne n’aille le voir dans la salle, ça sert à rien !


Bastien Migault : Pourquoi n’entend-on que très rarement vos titres à la radio ?

Michaël Jones : Les radios choisissent un courant. Si tu n’es pas dedans, tu ne les intéresses pas. Aujourd’hui, les radios sont gérées par des gens qui sortent des écoles de commerce, qui ne connaissent rien en musique... comme les maisons de disques d’ailleurs. Aujourd’hui, elles sont encore dans une mouvance de ciblage marketing. Elles pensent que l’on peut vendre n’importe quoi du moment que l’on a une bonne promotion. Le paradoxe, c’est que les grandes entreprises, qui étaient comme ça il y a 4-5 ans, ont changé d’optique. Aujourd’hui, quand on voit leurs publicités, elles tendent plus vers la qualité. Cela prouve que les maisons de disques et les radios ont actuellement 4 à 5 ans de retard par rapport aux autres entreprises.


Bastien Migault : Est-ce que le fait d’avoir travaillé avec Jean-Jacques Goldman vous a aidé dans votre carrière ?

Michaël Jones : Forcément ! Il m’a ouvert d’autres portes. Quasiment toute ma carrière discographique s’est passée avec Jean-Jacques. J’ai découvert les grands studios avec lui à l’époque de Taï Phong. Avant, on enregistrait sur des "quatre pistes". Donc tout ce que j’ai pu apprendre du travail de studio, je l’ai appris avec lui... ou plutôt ensemble d’ailleurs.


Bastien Migault : Quel regard portez-vous sur la nouvelle scène musicale française actuelle ?

Michaël Jones : Je ne vois pas ce qu’il y a de nouveau ! Tous ces artistes sont une suite logique de la chanson française. Ce sont des gens qui ne sont pas forcément influencés par la pop anglo-saxonne ou le rock. Ils sont plutôt influencés par les grands français comme Brassens, Aznavour, Brel ou encore Barbara. Je ressens plus ça là dedans sauf peut-être pour Vincent Delerm où je ressens une énorme influence de Serge Gainsbourg. En tout cas, pour moi, c’est une espèce de nouveau Gainsbourg. Tandis que pour Bénabar, je n’arrive pas à mettre une étiquette, parce qu’on sent des influences de partout. Ce serait un mélange de tous. Il serait un mélange entre Brel et Lama (rires). J’espère qu’il ne va pas se fâcher avec ça ! Dans la nouvelle scène française, je mettrais aussi des gens comme Calogero ou De Palmas, qui par contre, eux, ont des influences anglo-saxonnes.


Bastien Migault : Y a-t-il des artistes que vous admirez plus que d’autres ?

Michaël Jones : Je les admire tous pour des raisons différentes. Moi, j’adore Francis Cabrel, parce que c’est un peintre. Quand on lit ses textes, on écoute ses chansons, on voit les images. Je trouve ça très beau. En général, j’aime les textes qui me choquent. Jean-Jacques en fait des magnifiques. J’adore également ceux de beaucoup d’artistes. Par exemple, je trouve que "Cendrillon" de Louis Bertignac est un chef d’œuvre.


Bastien Migault : Vous êtes intervenu dans les deux dernières éditions de la Star Académy, serez-vous présent pour la sixième ?

Michaël Jones : Je ne pense pas qu’ils vont vouloir de moi (rires), parce que je suis trop à contre-courant. Je suis confronté à une émission où les gens font de la télé. Moi, je fais de la musique. Je pense que cette année, mon apparition est un hasard. La production a fait en sorte que je ne puisse pas intervenir comme je l’ai fait l’année dernière. Ça m’a profondément déçu. L’année dernière, je pouvais être décisionnaire dans le choix des chansons. Cette année, je trouve que le choix était lamentable. J’ai l’impression que l’on a pris les mêmes chansons que l’année précédente, à une ou deux exceptions près, et on a refait exactement la même chose.


Bastien Migault : Avec le recul, bonne ou une mauvaise expérience ?

Michaël Jones : C’est une bonne expérience. J’ai vu l’envers du décor et je sais désormais ce qu’est la télé. Sinon, il ne fallait pas le faire. Au moins maintenant, je peux porter un jugement juste par rapport à ça. Je ne supporte pas les gens qui critiquent bêtement la Star Ac’, sans savoir comment c’est dedans. On peut aimer ou ne pas aimer, mais ça n’empêche qu’il y a un paquet de jeunes qui s’en sont bien sortis et qui n’auraient pas été connus s’ils ne l’avaient pas fait. Sur le nombre de candidats qu’il y a eus, il n’y a pas eu forcément du "tip-top" chaque fois. Sur la Star Ac 1, il y en deux qui s’en sont bien sorties : Jenifer et Olivia Ruiz – et Jenifer monstrueusement bien. Sur la Star Ac 2, ils sont au moins quatre : Nolwenn, Emma Daumas, Jérémy Chatelain et Georges-Alain, qui n’a pas trop mal marché cette année, sans oublier Anne-Laure qui fait son petit bout de chemin. Sur la Star Ac 3, c’est plus difficile, mais pour la 4, il y a Grégory qui marche bien, Mathieu et Lucie pour qui ça marche pas trop mal et enfin Harlem qui cartonne.


Bastien Migault : Y a-t-il une place sur le marché pour les artistes issus de ce genre d’émissions ?

Michaël Jones : La Star Ac’ ne sert qu’à les faire connaître. Ça les met dans la mémoire du public, après c’est à eux de faire leur place. S'ils ont le talent pour le faire, ils le feront. Il faut aussi beaucoup de force, car la Star Ac’ est un avantage autant qu’un handicap. Mais les avantages sont nettement plus larges que les handicaps.


Bastien Migault : Vous êtes très attaché à vos origines galloises, parlez-nous un peu de votre pays ?

Michaël Jones : Je suis plus attaché à la culture celte car c’est grâce à elle que j’ai connu la musique. Donc ce n’est pas que le Pays de Galles, mais tous les pays celtes. Ce ne sont pas que ceux que l’on connaît : Ecosse, Irlande, le Sud-Ouest de l’Angleterre, la Bretagne, l’Espagne, le Portugal aussi... C’est aussi une culture qui n’est pas trop éloignée des Basques. Nos racines sont restées dans la musique, donc dans le sens de la fête. C’est à ça que je suis attaché. Le Pays de Galles en lui-même, non, parce qu’il n’y a pas grand chose d’intéressant. Il y a une partie qui est belle avec des parcs nationaux qui ont été préservés. Par contre, le Sud du Pays de Galles, cela ressemble un peu au Nord de la France avec des corons, des mines... A la seule différence, c’est que les mineurs gallois ont pu exorciser leurs malheurs dans le rugby alors que dans le Nord, c’était plutôt dans l’alcool. C’est ce qui a fait la différence. C’est un pays très pauvre. D’ailleurs, on dit des Gallois que "ce sont les seuls qui peuvent acheter aux Écossais, revendre aux Juifs et gagner de l’argent".


Bastien Migault : Justement, le 18 mars prochain, le XV du Pays de Galles recevra celui de France dans le cadre du tournoi des Six Nations, qui soutiendrez-vous ?

Michaël Jones : Que le meilleur gagne ! Je fais un peu de cinéma autour de ça, parce que je garde mon petit côté chauvin. Comme ma mère est française, je suis forcément divisé. Quand le Pays de Galles joue contre les autres équipes, je suis pour le Pays de Galles, mais en général, je suis pour toutes les équipes qui jouent contre l’Angleterre... sauf en Coupe du Monde lorsque l’hémisphère Nord rencontre l’hémisphère Sud. A ce moment-là, on était tous pour l’Angleterre... Enfin pour Wilkinson puisque c’est lui qui a gagné le match.


Jones-Goldman en 5 dates : 1977 : Première rencontre entre Michael et Jean-Jacques. Michael remplace Jean-Jacques sur une tournée de Taï Phong.

1983 : Michael part en tournée avec Jean-Jacques Goldman. Il les fera toutes.

1985 : "Je te donne". Michael signe les paroles anglaises de la chanson. Celle-ci restera 8 semaines en tête du Top 50.

1990 : Michael et Jean-Jacques forment avec Carole Fredericks, le trio Fredericks-Goldman-Jones. L’aventure durera cinq ans.

2004 : Sortie de l’album de Michael, "Prises et reprises". Sur le disque, figure une chanson écrite par Jean-Jacques : "Le frère que j’ai choisi", et un duo avec lui, "Petit blues peinard".