| Remarquable chanteur et brillant guitariste, le Gallois Michael Jones a révélé son talent dans l'Hexagone au côté de Jean-Jacques Goldman. Pas convaincu par ses trois années de juré à la Star Ac', il défend cet été les compositions de son nouvel album, «Celtic blues». Escales ce soir à Bénodet et demain à Binic. Votre nouvel album n'est ni complètement celtique, ni complètement blues. Alors pourquoi l'avoir baptisé «Celtic blues» ? Tout dépend de ce que l'on met derrière les mots. Pour moi, la musique celtique ne se résume pas à la cornemuse. Il y a beaucoup d'instruments que les Celtes utilisent en musique traditionnelle dans mon album, comme la flûte, le bouzouki, la mandoline... Les rythmes y sont très celtiques aussi, dans «Never forget» ou «Silent sleep», par exemple. Mais c'est vrai que le son est plus proche de U2,-qui fait aussi de la musique celte -, que des Dubliners ! Le côté celte vient aussi des thèmes : il y a par exemple une chanson qui parle de l'exode des Irlandais vers le Nouveau Monde. «Never forget», où vous chantez vos racines galloises, développe aussi une thématique chère aux Celtes... Quand je cite «The land of my father», la terre de mon père, c'est en référence à notre hymne gallois, qui est aussi votre hymne breton. D'ailleurs, si vous écoutez bien le solo de guitare, vous l'entendrez. Et le côté blues ? Il s'exprime dans les textes. Il y a une chanson inédite sur l'album qui n'existe qu'en vidéo et qui s'appelle «Tout seul mais». Quand je la joue en concert, j'explique que le blues, au départ, raconte une histoire où la fille est partie et où le mec est triste. Mais dans le «Celtic blues», quand la fille le quitte, le mec est content parce qu'il peut aller faire la fête (rires) ! Votre album et vos concerts sont en anglais. Mais il existe également une version française de chacune de vos chansons. Comment y accéder ? Je fais la version anglaise en concert - parce que je trouve que ça sonne mieux - mais je peux interpréter les chansons en français si le public le demande. Les gens qui achètent la version anglaise de l'album peuvent télécharger la française gratuitement. C'est également possible de le faire directement sans passer par l'album, mais cette fois en téléchargement légal payant. Quel rapport entretenez-vous avec la culture celtique ? Je suis comme Obélix, je suis tombé dedans quand j'étais tout petit. Au Pays de Galles, de toute façon, on n'a pas le choix, on baigne dedans dès l'école maternelle et ça se poursuit ensuite, avec tout le travail des chorales notamment. Dès sept ans, j'étais dans une troupe de spectacle celte. La musique est en nous ! Mais je ne pensais pas en faire mon métier. Seulement j'aimais ça, et j'ai l'habitude de dire que c'est elle qui m'a choisi. Je conserve une relation forte avec la musique celtique, entretenue d'ailleurs avec mes amis bretons. Soïg Sibéril, - un guitariste que j'adore ! - joue sur mon album précédent. J'ai fait des concerts de l'Héritage des Celtes avec Dan Ar Braz à Bercy. J'ai aussi bossé avec Tri Yann. Et Bruno Le Rouzic est présent à la cornemuse et à la flûte dans «Celtic blues». Quand on évoque Michael Jones, les plus jeunes pensent au juré de Star Academy tandis que leurs parents se souviennent plus volontiers du trio Goldman-Fredericks-Jones. Avez-vous le sentiment de ne pas être reconnu pour les bonnes raisons ? Je suis connu pour ce que les gens ont vu, c'est normal. Bon, j'ai joué récemment avec Francis Cabrel à Dax où la presse m'a présenté comme «Michael Jones, guitariste», ce que je trouve limitatif... Mon premier instrument, c'est la voix, je suis chanteur avant tout ! Seulement, j'ai toujours été référencé comme guitariste parce que j'étais celui de Jean-Jacques Goldman. Les gens ont oublié que c'est moi qui chantais «Je te donne» avec lui, et que Fredericks-Goldman-Jones était un trio vocal. Qu'est-ce que Jean-Jacques Goldman vous a apporté de plus marquant ? Il m'a apporté énormément musicalement. J'ai fait mes premières expériences en studio avec lui, dans le groupe Taï Phong. Nous avons progressé ensemble. Jean-Jacques m'a appris à faire la part des choses. Parce que j'aurais tendance à être «monotâche»... C'est-à-dire que lorsqu'un incident technique survenait dans un concert, je ne pensais plus qu'à ça... Il m'a aidé à relativiser. Et à faire encore plus attention au public. J'en avais déjà pris conscience en faisant des bals, mais Jean-Jacques insiste sur le fait que nous sommes là pour les spectateurs et que ce sont eux qui décident. Si une chanson ne marche pas, il faut la remplacer. Quels sont vos meilleurs souvenirs de ces années Goldman ? Tout a été du bonheur. Nous avons fait trois fois le tour du monde, joué dans des pays incroyables où je n'aurais jamais mis les pieds autrement. Ce sont les moments difficiles les plus marquants, parce qu'ils sont rares. Et le plus terrible fut évidemment la mort de Carole (NDLR : Fredericks). Et quel bilan tirez-vous de votre expérience à la Star Academy ? Elle m'a rapporté beaucoup d'ennuis, en fait (rires)! J'y suis allé la fleur au fusil. J'ai toujours essayé d'aider les jeunes : depuis quinze ans, je travaille avec Francis Cabrel aux Rencontres Voix du Sud, et je n'ai jamais cessé d'animer des master-classes... Avec la Star Ac', j'ai d'abord été surpris qu'on me fasse passer un entretien d'embauche alors qu'on était venu me chercher ! Je n'ai pas trop compris, mais passons. J'y étais allé avec la conviction d'aider ces gens à faire de la musique. En fait, non. Ça s'appelle Star Academy parce qu'on veut leur apprendre à être star, pas à être artiste. J'y ai cru la première année. Les deux suivantes, je n'ai été que membre du jury, parce que je ne voyais pas ce que je pouvais apporter de plus aux candidats. Êtes-vous resté en contact avec d'anciens élèves ? Je viens de faire des guitares sur un album de Laurent, qui avait participé à la Star Ac' 5. Je crois d'ailleurs qu'il avait été le premier viré alors que c'était sûrement le mec qui avait le plus de talent! Mais on recherchait des stars, pas du talent... Il écrit des super chansons. Malheureusement, elles ressemblent un petit peu trop à du De Palmas. Il ne le fait pas exprès, c'est sa façon d'être ! Mais bon, il est en train de s'en guérir. Comment voyez-vous l'avenir pour les jeunes musiciens ? Je suis très inquiet. Surtout quand je vois les maisons de disques acheter les grosses boîtes de tournées. Ils ne vendent plus d'albums parce qu'ils ont refusé de comprendre que leurs prix étaient trop chers et que c'est pour cela que les mômes ont commencé à télécharger. Et ils sont en train de reproduire les mêmes conneries avec les concerts en vendant des places à 45, 50 et même 70 EUR ! C'est inabordable pour les gens ! Cela traduit une incroyable incapacité à voir l'avenir. Mais il y a encore pire : une loi interdisant de dépasser 70 décibels devant un endroit où l'on joue de la musique ! Alors que les conversations des gens sortis fumer peuvent atteindre 90 décibels ! Ça veut dire que pour ces «défenseurs de l'environnement», la musique est plus nocive que le tabac ! Cela va conduire à la fermeture de tous les cafés-concerts de France. Les jeunes n'auront plus de scènes pour apprendre à jouer. J'essaie de tirer la sonnette d'alarme. C'est dramatique, mais j'ai l'impression que personne ne s'en rend compte. |